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Un rapport irlandais dénonce la maltraitance des enfants par l'Église

Une commission d'enquête irlandaise publie mercredi un rapport très attendu sur des violences physiques ou sexuelles subies depuis les années 1930 par des milliers d'enfants placés dans des institutions dirigées par la toute-puissante Eglise catholique.

Neuf ans de travaux pour des milliers de victimes
Après neuf ans de travaux et plusieurs milliers de victimes interrogées, la Commission d'enquête spécialement créée par le gouvernement doit publier mercredi à 13h30 GMT (15h30, heure de Bruxelles) un rapport de plus de 2.500 pages. Ce pavé de cinq volumes devrait critiquer les autorités religieuses, pour la façon dont elles géraient certains de leurs établissements, mais également les services de l'Etat pour n'avoir pas su empêcher les dérives.

Un organisme mis sur pied par le gouvernement parallèlement à la commission d'enquête, a déjà versé près d'un milliard d'euros de dédommagements à 12.500 des quelque 14.500 victimes qui se sont manifestées. De nombreuses victimes avaient dénoncé ces abus lorsqu'elles étaient enfants mais personne ne les avait crues. Une série de documentaires télévisés et d'enquêtes de police dans les années 1990 avaient finalement révélé l'ampleur du scandale, et poussé le Premier ministre de l'époque, Bertie Ahern, à créer cette commission d'enquête.

"Échec collectif du pays"
En 1999, M. Ahern avait présenté ses excuses aux victimes, dénonçant "l'échec collectif (du pays) à intervenir, à déceler leurs souffrances, à leur venir en aide". La plupart des victimes étaient des jeunes gens en situation difficile, souvent orphelins ou délinquants, placés dans des maisons de redressement, des orphelinats ou d'autres institutions pour enfants dirigées par l'église catholique.

Un rapport intérimaire publié en 2003 avait stigmatisé l'une de ces écoles, située à Baltimore dans le sud-ouest de l'Irlande, et placée sous l'autorité de l'évêque local. Une vingtaine d'anciens élèves avaient raconté leurs conditions de vie épouvantables lors de leur séjour dans les années 30 et 40, "si dures et si éloignées du confort moderne que c'en est presque incroyable".

Conditions de vie incroyables, châtiments physiques et viols
Quinze d'entre eux ont dit avoir subi des violences sexuelles si graves qu'ils ont longtemps refusé d'en parler, même à leur conjoint. De nombreux surveillants ou des élèves plus âgés infligeaient aux plus jeunes des châtiments physiques durs ou des violences sexuelles allant jusqu'au viol.

Les jeunes élèves étaient affamés, passaient le plus clair de l'année pieds nus et vivaient dans des bâtiments froids et sales, avait conclu la commission. La plupart d'entre eux ne recevaient jamais de courrier ni de visites, et ne partaient pas en vacances.

Le document publié mercredi sera suivi le mois prochain d'un autre rapport accablant pour l'Eglise catholique, sur des violences physiques et sexuelles de la part de prêtres oeuvrant dans la région de Dublin. L'archevêque de Dublin, Diarmuid Martin, avait prévenu le mois dernier que les conclusions du rapport allaient "choquer tout le monde". (belga/th)