Un Sarkozy new-look et moins "bling bling" après les municipales

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Quelle que soit l'ampleur de la défaite annoncée de la droite aux municipales en France, Nicolas Sarkozy semble décidé à changer de style pour remonter la pente des sondages et faire taire les critiques sur un début de mandat présidentiel jugé trop dispersé et clinquant.

Nicolas Sarkozy a voté pour le second tour des élections municipales, dimanche après midi, dans une école du VIIIe arrondissement de Paris. Le chef de l'Etat, qui n'a pas fait de déclaration, n'était pas accompagné de son épouse Carla, lorsqu'il a glissé son bulletin dans l'urne, à l'école élémentaire de la rue de Suresnes. Le président français a assuré qu'il tiendrait "naturellement compte" des résultats du vote, un premier test après dix mois au pouvoir. M. Sarkozy a reconnu que la dégringolade de popularité, outre le point crucial du manque de résultats ressentis sur le pouvoir d'achat, était liée à l'affichage de sa vie privée, qui, avec sa manière de présider, a fini par heurter une opinion au départ séduite.

M. Sarkozy estime que le désamour actuel des Français ne remet pas en cause ses orientations de fond. Le remaniement prévu de son gouvernement après le scrutin ne sera que cosmétique. Le but affiché est donc pour l'heure de garder le cap en accélérant les réformes: loi sur la modernisation de l'économie, retraites, assurance-maladie. A défaut de virage politique, Nicolas Sarkozy veut apparaître comme moins "glamour" et plus "présidentiel". Un tournant obligé pour ce fils d'immigré hongrois de 53 ans, qui avait coutume de dire qu'il se moquait des remarques de "l'establishment" sur son style extraverti. Mais l'avalanche des critiques et le malaise suscité jusqu'au coeur de son propre électorat ont fini par peser.

Ses détracteurs l'ont accusé d'être un chef de l'Etat "bling bling", "immodeste", de "manquer de sang froid" et de dégrader la fonction présidentielle, comme lorsqu'il lance fin février un méprisant "casse toi alors, pauvre con" à un visiteur indélicat au Salon de l'agriculture. "L'acte I du quinquennat Sarkozien s'achève donc. L'acte II commencera le 17 mars", a écrit l'analyste Alain Duhamel. Mais cette "re-présidentialisation" exige "de la distance, de la constance, de la hauteur. Elle interdit l'agitation, les provocations, les apostrophes viriles et malsonnantes, le reality show au palais de l'Elysée", ajoute-t-il. M. Sarkozy le peut-il ? "Depuis quelques semaines, le style de M. Sarkozy a changé", assure à l'AFP un de ses proches. Il a ouvert une nouvelle séquence "élégance et discrétion", dit un autre.

Terminés les joggings médiatisés, à Paris ou New-York, les vacances sur le yacht d'un riche industriel, lunettes de soleil sur le nez et nuée de photographes aux trousses. Place désormais aux visites de terrain en province, histoire de "faire de la pédagogie", selon un proche, et de recoller à l'opinion, avec des rencontres... à l'abri des caméras. Même son épouse Carla Bruni, l'ex-top model italienne, assure vouloir modestement apprendre son rôle de Première dame. L'éviction programmée du porte-parole présidentiel David Martinon et la suppression de sa fonction sont à ce titre symboliques d'une reprise en main de sa communication par M. Sarkozy.

Sur la scène internationale, Nicolas Sarkozy, parfois surnommé "TsarKozy" ou "Speedy", quand il n'est pas comparé à un monarque, a également entamé sa mue vers plus de consensus. La présidence tournante de l'Union européenne que la France assurera à partir de juillet devrait lui donner l'occasion d'afficher ce style plus classique. Même si certains doutent qu'il puisse s'y conformer très longtemps. (afp)