Plein écran
Shana Grice et son meurtrier, Michael Lane © Facebook/Police of Sussex

Verbalisée pour ses trop nombreuses plaintes contre son ex, elle se fait tuer

Trois agents de police britanniques risquent des sanctions pour n'avoir pas traité adéquatement les plaintes de Shana, une jeune fille de 19 ans, alors qu'elle s'était rendue à cinq reprises au commissariat pour faire état du harcèlement qu'elle subissait de la part de son ex-compagnon. Pour seule réponse des agents, la jeune femme terrifiée a reçu une amende pour "avoir gaspillé le temps précieux de la police". Peu de temps plus tard, elle se faisait tuer.

Shana Grice et Michael Lane, 29 ans, s'étaient rencontrés sur leur lieu de travail à Brighton, au sud de Londres, durant l'été 2015. Dès l'automne, les deux collègues avaient commencé à se fréquenter. Mais l'idylle fut loin d'être parfaite: rapidement, Michael a révélé son caractère excessivement autoritaire, ce qui a fait freiner sa petite amie. Elle a alors mis un terme à leur relation, ce qui n'a pas été du goût du jeune homme.

Terrorisée et traquée
En février 2016, Shana Grice se rend une première fois à la police et dépose plainte pour harcèlement contre son ex. Furieux de leur séparation, Michael Lane avait en effet vandalisé sa voiture. Durant les mois qui ont suivi, la jeune femme harcelée, poursuivie et menacée retourne quatre fois à la police. Elle fait alors état de faits graves: une fois parce que Michael Lane l'avait suivie et agressée physiquement, une seconde parce qu'il avait subtilisé les clés de son domicile et s'était introduit dans sa chambre à coucher, une troisième fois parce qu'elle avait soudain remarqué sa respiration forte dans la pièce alors qu'elle était sous ses draps et enfin parce que l'homme l'avait intimidée en l'appelant depuis un numéro inconnu à sept reprises en une seule journée et qu'au bout du fil, elle l'entendait respirer lourdement. 

"Gaspiller le temps de la police"
Comprenant que son ex risquait de passer à l'acte, la victime terrifiée s'en remet au professionnalisme de la police. Mais celle-ci se fend uniquement d'un vague avertissement envers Michael Lane, le priant de laisser son ex tranquille, puis les agents, visiblement irrités de voir la jeune femme "constamment" revenir se plaindre, finissent par se retourner contre Shana Grice et lui infligent une amende pour avoir "gaspillé le temps précieux de la police".

Le 23 août 2016, la victime a décidé de renouer avec son compagnon précédent, un certain Ashley Cooke. Michael n'a pas supporté cet "affront" et, loin d'être calmé par leur relation, il est littéralement devenu obsédé par Shana Grice. Deux jours plus tard, la situation a dégénéré. Le matin du 25 août en effet, Shana embrasse son nouveau petit ami qui partait au travail à 7 heures du matin. Elle lui fait signe au revoir. C'est la dernière fois qu'elle sera aperçue vivante. 

Égorgée
Voyant qu'elle n'arrivait pas au travail, ses collègues ont immédiatement appelé la police, craignant le pire. Et en effet, à leur arrivée, les agents ont découvert le corps de Shana gisant dans sa chambre à coucher. Elle avait été égorgée et était étendue, le visage contre son matelas. La pièce était enfumée, le meurtrier avait tenté de mettre le feu après son geste. 

L'enquête a rapidement désigné Michael Lane comme suspect principal. Les enquêteurs finiront par trouver un traceur sous le véhicule de Shana et, un peu plus tard, l'emballage de celui-ci lors d'une perquisition chez Michael Lane. Ce dernier a fini par avouer avoir placé le mouchard sous la voiture de son ex et l'avoir rechargé tous les dix jours durant des mois afin de connaître ses moindres faits et gestes. À cette fin, il attendait que la nuit tombe pour aller prendre l'objet, le recharger puis le remettre à son poste plus tard dans la nuit.

13 autres victimes
En mars 2017, Michael Lane, confondu pour le meurtre de Shana, a été reconnu coupable et condamné à la perpétuité. Au cours de l'enquête, il a été révélé que l'homme avait en réalité harcelé 13 femmes avant Shana. Ce qui a posé question sur la manière dont la police avait appréhendé l'affaire: personne n'était allé voir dans le casier judiciaire de l'homme s'il s'était rendu coupable de faits similaires précédemment. Une enquête interne a été menée par l'organe britannique de contrôle des services de police. 

Le rapport a été rendu public hier et les deux agents incriminés pour négligence coupable devront se présenter devant le juge le mois prochain. Ils encourent une sanction disciplinaire. Un troisème agent devra également répondre de l'affaire, mais en interne, tandis que six autres policiers concernés ont reçu une formation supplémentaire spécifique afin qu'un tel drame ne se produise plus. 

"Nous n'avons peut-être pas fait tout ce que nous aurions pu"
Le rapport relève que la police du Sussex a procédé à des améliorations dans sa manière de traiter les plaintes pour harcèlement mais qu'elle est encore loin d'être satisfaisante en la matière. Le corps de police a reçu un délai de trois mois pour se réinventer.

"Nous n'avons peut-être pas fait tout ce que nous aurions pu pour éviter la mort de Shana", a reconnu le chef-adjoint Nick May dans une déclaration officielle. "Nous nous sommes depuis lors rendus dans la famille de Shana pour présenter nos excuses".

Mais les parents de la victime estiment que la police ne mérite pas de félicitations pour ses plates excuses et ses quelques efforts. "Notre fille avait peur et s'est rendue à la police. En lieu et place de la protéger, la police l'a traitée comme une criminelle. Elle a payé le prix du manque de formation de la police, de son manque d'intérêt et de son absence d'inquiétude pour elle. Que des mesures soient prises, c'est bien normal. Mais pour Shana, elles arrivent trop tard", ont-ils regretté.