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Clara Luciani © Fiona Torre


Clara Luciani: “Je me fais larguer très régulièrement”

InterviewAvant de s’atteler à l’écriture de son deuxième album, et prendre un break bien mérité, Clara Luciani (27 ans) publie une super-édition de “Sainte-Victoire” sur lesquels figurent des titres inédits (“Ma sœur”, “Allô”,...) qui soulignent, une fois n’est pas coutume, sa voix singulière et ses talents d’auteur-compositeur. Rencontre avec une chanteuse à la plume ciselée.

Pourquoi une super-édition et pas directement un deuxième album?

“Même si j’ai été très occupée, j’ai beaucoup écrit durant ces deux années de tournée. Des chansons que j’aime, dont je suis fière. Je voulais qu’elles existent maintenant, pas sur un deuxième disque.”

Votre sœur, pour qui vous avez écrit votre dernier single, est aussi musicienne. Vous n’avez jamais pensé à chanter ensemble?

“Jamais. Petites, on chantait ensemble sur la banquette arrière de la voiture. À l’adolescence, on a évolué vers des styles musicaux différents. Elle était attirée par le funk, le rap, le RnB, alors que je préférais le rock et la chanson française. Donc, on n’a jamais collaboré. Mais, je lui fais écouter chacune de mes nouvelles chansons et vice-versa. Je lui fais entièrement confiance. On est complètement fusionnelles. On a des cœurs siamois, ça ne s’explique pas. Ma sœur, c’est ma meilleure amie, la personne la plus importante de ma vie. J’avais envie de lui offrir cette chanson pour lui rappeler que, même quand je ne suis pas là, je pense à elle. Quand je ne peux pas la serrer dans mes bras, quand elle se réveille et qu’elle a le cafard, quand la vie est dure, j’espère qu’elle pourra écouter cette chanson et qu’elle saura que je l’aime.”

Citation

On a tous déjà vécu ce truc où, lors d’une soirée trop arrosée, on se dit que ce serait une excellente idée de rappeler son ex

Sur “Allô”, vous essayez de recoller les morceaux avec quelqu’un qui a tourné la page. C’est autobiographique?

“On a tous déjà vécu ce truc où, lors d’une soirée trop arrosée, on se dit que ce serait une excellente idée de rappeler son ex. On va recoller les morceaux, se remettre ensemble. C’est génal cet optimisme après trois verres de trop... mais ça se solde souvent par un échec.”

Ce premier album s’inspirait, entre autres, d’une rupture amoureuse. Qu’est-ce qui vous donne envie d’écrire aujourd’hui?

“Je ne me fais pas de soucis pour la suite. Je me fais larguer très régulièrement. Je suis sur un bon petit rythme là: une rupture tous les 3, 4 mois (rires). On dirait que c’est un exercice que je m’impose pour écrire. Je suis très sensible aux ruptures mais j’ai réalisé qu’on pouvait se remettre de tout. Et puis, pour l’instant, je bouge tout le temps. Ce n’est pas le moment idéal pour le mariage et les enfants. Ce sera pour plus tard.”

Vos ex ont un avis sur vos chansons?

“J’ai envoyé l’album au garçon qui a inspiré certains morceaux de “Sainte-Victoire” mais, bizarrement, je n’ai pas eu de réponse (sourire).”

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© Fiona Torre

Que retiendrez-vous de 2019?

“J’espère que je retiendrai tout. C’était incroyable. Même si je n’ai pas eu de vie sociale, familiale ou amoureuse. J’ai vécu ce que je devais vivre, intensément et ça n’a pas de prix. Je pourrais continuer à faire de la scène pendant dix ans.”

Vous pensez déjà à la suite?

“Oui. Même si je me mets plus de pression. Le premier album, je l’ai écrit pour moi. Personne ne me connaissait. Je ne savais pas si quelqu’un allait l’écouter. C’était une compilation des 25 premières années de ma vie, une accumulation de tellement de souvenirs, de sensations. Je ne pense pas être capable d’attendre à nouveau 25 ans avant de publier un nouveau disque. Et, en même temps, j’ai besoin d’être à la maison. Même si ça me terrifie. J’ai l’impression de n’appartenir à aucun endroit. J’ai vécu une vie d’oiseau pendant deux ans. J’ai envie de revenir à des choses plus terriennes, d’être chez moi, de cuisiner, d’écrire.”

Avec du recul, vous réalisez tout ce qui vous arrive?

“Je n’y ai jamais cru. Je n’y crois toujours pas et je n’y croirai peut-être jamais vraiment. Mais, si demain deux personnes achètent mon disque, je continuerai quand même à écrire des chansons. La musique, ce n’est pas juste un métier ou une vocation, c’est une pulsion, une nécessité.”

La célébrité, vous la vivez bien?

“L’amour du public, c’est quelque chose qui me porte, qui me soigne. J’aime moins la surmédiatisation, le fait de se voir en photos, de se trouver moche, de s’entendre parler et de se trouver ridicule. Je me suis toujours sentie fragile. J’ai toujours manqué de confiance en moi. La musique, ça a été curatif. Sur scène, les doutes s’évanouissent, en partie, sont camouflés pendant une heure. Mes chansons parlent de ma vulnérabilité, de ma sensibilité mais elles me protègent et elles m’endurcissent aussi.”

“Sainte-Victoire”, la super-édition, par Clara Luciani, est déjà disponible.