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© Yann Orhan

“Je me lève le matin en étant droit dans mes bottes”

InterviewLes deux dernières années ont été éprouvantes. Après le chagrin est venu la colère et puis le temps de la bataille judiciaire. On ne refera pas le film des événements, ils ont été détaillés en long et en large dans la presse, de la plus sérieuse aux derniers des magazines à scandales. Au milieu de la tempête, qui semble s’apaiser puisque c’est finalement la France, favorable aux enfants Hallyday, qui va trancher dans l'affaire de l’héritage de Johnny Hallyday, son fils, David, a dit ce qu’il avait dire en chansons. L'album “J'ai quelque chose à vous dire” est sorti en décembre dernier, un an après la mort de Johnny. Il défendra ces nouvelles chansons sur scène, le 8 janvier au Cirque Royal de Bruxelles (Tickets : 070/660.601 et mbpresents.be.) Interview. 

Votre tournée s’appelle Éternel Tour, en référence à la chanson du même nom sur votre album J’ai quelque chose à vous dire. C’est une chanson importante…

Éternel, c’est le premier titre que j’ai composé pour l’album. C’est une réaction à tout ce que j’ai vécu avant, pendant et après. On va dire que c’est cette chanson qui a déclenché le reste. C’est une chanson d’amour qui dit que rien n’est éternel mais que les sentiments peuvent l’être. Que même si on essaie de m’en empêcher... L’amour c’est un sentiment qui nous envahit et qui peut rester toute la vie. Je parle de ce que j’ai vécu et de la force qu’il faut pour continuer, pour franchir les montagnes et aller plus loin.

Cet album sorti l’année passée faisait suite à la disparition de votre père. C’est un album plein d’émotions très intenses : on sent de la colère, du chagrin... Près d’un an après sa sortie et deux ans après la mort de votre père, vous êtes apaisé ?

Le temps apaise les choses. Mon métier me permet, depuis toujours, d’évacuer les choses. Toutes les formes artistiques ont un côté thérapeutique. On dit des choses qu’on n’ose pas dire dans la vie par pudeur ou par peur de blesser. Qu’on écrive un livre, qu’on fasse de la musique ou de la peinture, c’est pareil. Moi, la musique, c’est mon langage. J’ai toujours fait passer mes émotions à travers mes chansons. Le thème que j’ai abordé dans cet album… C’est un thème universel. On est tous liés par certaines choses : la naissance, la mort, la disparition. C’est intéressant d’en parler. Comme c’est intéressant de parler de reconstruction, de comment on avance, ce qu’on devient après...

Faire un album pour sortir les émotions qu’on a en nous, c’est une chose. Chanter les chansons de cet album sur scène en est une autre. Ce n’est pas trop douloureux?

Il y a autant d’émotions mais elles sont décuplées. Le public vous renvoie quelque chose de très intense. On peut penser qu’on prend l’habitude, qu’on les a tellement chantées qu’il y a un côté mécanique mais pas du tout. Parfois je me dis que tout va bien se passer et puis l’émotion prend le dessus. On ne contrôle rien. Sur scène, je suis ramené à l’émotion que j’ai ressentie au moment où j’ai composé ces chansons. Ça fait mal. C’est fort pour moi. Et voir comme les gens réagissent, ça me touche encore plus. C’est dur de s’abandonner parce qu’on a toujours une réserve, une pudeur, mais il n’y a que là, sur scène, qu’on peut vraiment le faire.

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Comment vous sentez-vous avant de monter sur scène, quand vous entendez déjà le public dans la salle, que l’adrénaline monte ?

Depuis que je suis petit, je suis beaucoup plus à l’aise quand je dois “performer”, monter sur scène, que quand je suis seul avec mes doutes et mes anxiétés. Tout disparaît quand je monte sur scène et que je dois faire ce que je dois faire. Je me sens protégé. C’est étrange mais c’est comme ça que je le vis. C’est comme ça que je suis fait. Quand on vient m’équiper, me mettre les oreillettes et que je me chauffe la voix, je rentre dans ma bulle. Je m’imagine alors sur scène, je visualise ce qui va se passer, je me mets en condition psychologiquement et émotionnellement. Ça donne le vertige mais je suis attiré par ça. Je n’ai pas cette hantise du moment clé où il faut y aller. Quand ça s’arrête, mes angoisses, mes contrariétés, celles que tout le monde a dans la vie, reviennent. Ce sont des moments incroyables. Peu de gens ont l’occasion de le faire, je me sens privilégié.

Dans la chanson J’ai quelque chose à vous dire, vous dites “c’est maintenant à mes enfants auxquels je pense”. Vous êtes résolument tourné vers l’avenir ?

En tout cas je ne vis pas dans le passé et j’essaie de faire mon possible pour apprécier le moment présent. Il y a la famille qui nous a créé et la famille que l’on crée. C’est celle-là qui devient la plus importante. Nos parents nous ont élevé comme ils ont pu. Et nous on essaie de faire pareil avec nos propres enfants… Je parle de la transmission et de l’envie de continuer à écrire l’histoire qui nous représente. Mon fils et mes deux filles me représentent, nous représentent avec leur maman. Ils montrent ce qu’on leur a enseigné, comment traiter les gens, la façon de se conduire dans la vie. J’aime cette notion de transmission et aussi rappeler qu’il faut être dans le moment présent et dire les choses aux gens. C’est finalement le même thème que j’abordais dans Tu ne m’as pas laissé le temps que j’avais écrite pour mon grand-père qui était un artiste dingue, sculpteur, peintre, il était très doué.

Quel est le meilleur conseil de carrière qu’on vous ait donné?

Ce ne sont pas vraiment des conseils qu’on m’a dits. Mais j’ai grandi là-dedans, avec deux icônes comme parents. Ils m’ont montré le bon chemin, j’ai appris très vite beaucoup de choses en les regardant. J’ai vu deux personnes passionnées qui ont beaucoup donné aux autres et qui étaient dévouées. Mon père c’était quelqu’un prêt à y laisser un peu de sa peau quand il montait sur scène. C’est beau et noble. Tout le monde ne le fait pas. Beaucoup d’artistes vivent sur leur acquis et d’autres donnent tout. C’est l’exemple que j’ai eu. C’est ce que j’ai appris.

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On se parle aujourd’hui alors que vient de sortir l’album symphonique de Johnny. Qu’en pensez-vous ?

J’aime l’artiste qu’on représente. Après, je pense qu’un héritage artistique, c’est une question de qualité et pas nécessairement la quantité. J’ai écouté… Ça ne me dérange pas. J’aime beaucoup Yvan Cassar. On l’avait choisi pour le titre Sang pour sang. Il met énormément d’émotions dans ses arrangements symphoniques. Là, ils ont enlevé les bases rythmiques, ils ont remixé, remasterisé. C’est joli mais j’aurais bien aimé, d’un point de vue musical, que ça aille plus loin. Quitte à sortir quelque chose, autant que ça soit différent. Mais ça n’enlève rien à la beauté des arrangements symphoniques d’Yvan Cassar.

Vous êtes récemment monté sur scène avec votre maman, Sylvie Vartan, pour chanter Sang pour sang. Racontez-nous, c’était comment ?

Formidable. J’attendais de voir comment on allait se trouver vocalement. C’est une chanson que j’ai beaucoup chantée avec mon père. Je ne savais pas quelle émotion ça allait me procurer de la chanter avec ma mère. On n’a pas les mêmes rapports. J’ai été un peu bouleversé. C’était tendre, on était dans une autre dimension. C’est une chanson familiale. C’est que j’ai dit sur scène: cette chanson reste en famille, c’est important pour moi. Mes enfants étaient là. C’était beau.

On a l’impression que la disparition de votre père et les derniers événements vous ont rapprochés dans la famille, comme si vous aviez tous besoin de souder les liens ?

Pas vraiment. On a toujours été soudés, on ne l’est pas plus ou pas moins mais on se remémore des souvenirs, on souffre ensemble comme on rit ensemble. On forme une équipe. On gagne ensemble, on perd ensemble.

En deux ans, beaucoup de choses ont été dites à votre sujet. Et parfois, dans l’emballement médiatique, des choses fausses, injustes. Comment on fait pour gérer ça ?

Comme je peux. Je sais où se trouve la vérité et l’injustice fait partie de la vie. Certaines injustices sont plus fortes que d’autres. Je monte au créneau quand on me prête des propos que je n’ai pas dits. On ne m’a pas appris à mentir ou à être faux. J’ai des défauts mais pas des défauts graves. Quand on bafoue mon honneur, je monte au créneau. Les gens ont envie de penser ce qu’ils ont envie de penser. Quand quelqu’un ne m’aime pas par principe, j’ai autre chose à faire que de lui expliquer qu’il a tort. Ces choses-là ne m’atteignent pas. Je n’ai pas de casserole. Je me lève le matin en étant bien dans mes bottes. Mais je n’autorise pas à ce qu’on raconte des choses sur moi qui sont fausses. Le reste, je m’en fous totalement.