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Malgré une coupe à la Fellaini, c'est à Témé Tan qu'on s'intéresse ici © PIAS

Le Belge qui a failli refuser d'apparaître sur FIFA 18

InterviewProgramme chargé pour Tanguy Haesevoets, alias Témé Tan: un premier album éponyme disponible dès ce vendredi 6 octobre, avant ça une release party avec tournoi de basket organisée ce mercredi, de nouveaux concerts à suivre, et accessoirement une chanson reprise sur la bande-son du fameux jeu de foot FIFA 18 fraîchement sorti. Autant de bonnes raisons pour nous de rencontrer le chanteur multi-instrumentiste bruxellois, qui nous a parlé musique, voyages et langues, sport et jeux vidéo.

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Témé Tan, premier album "Témé Tan", sortie ce 6 octobre © PIAS
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"J'ai enregistré un peu partout. Il y a des trucs que j'ai enregi­strés dans la rue, au vol, parce que l'inspira­ti­on me venait à ce moment-là et j'ai gardé les pistes."

Tanguy Haesevoets, alias Témé Tan
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© Miko/Miko Studio
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"Je suis un passionné de basket, je suis un ancien joueur (...) J'adore regarder des interviews de joueurs ou des analyses de jeu, parce que ça me motive de voir comme certains athlètes font un maximum pour rester en forme (...) J'apparen­te la carrière de chanteur à une carrière d'athlète. Il faut vraiment être en forme."

Témé Tan
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"C'est EA Sports qui a pisté le morceau, je pense, et qui est remonté jusqu'à mon éditeur, et puis mon éditeur m'a proposé. J'ai quand même pesé le pour et le contre, vu que je n'ai pas vraiment de lien avec le foot. Et puis, je me suis dit... Franche­ment, je me suis dit que c'était un cadeau qui ne se refusait pas."

Témé Tan
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© Miko/Miko Studio
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"Il y a vraiment deux choses qui me passion­nent dans la vie: le fait de créer des choses, que ce soit vidéo, textes ou musique, et le fait de découvrir des nouvelles choses, que ce soit rencontrer des nouvelles personnes, vivre d'autres expérien­ces, voir d'autres pays, goûter des nouvelles choses. Et en fait, l'une ne va pas sans l'autre, c'est-à-di­re que pour être inspiré, j'aime bien faire des nouvelles choses, vivre des nouvelles expérien­ces, pour avoir de quoi raconter."

Témé Tan
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"Un voyage comme Sao Paulo, je reviens en Belgique, en cinq phrases, j'ai résumé ce que j'ai fait parce que je ne me vois pas commencer à m'étaler, mais par contre, je reviens avec un clip, je reviens avec un morceau. C'est ma manière à moi de raconter."

Témé Tan
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"J'aimerais vraiment voir le monde, mais c'est vrai que j'adore aussi approfon­dir: je suis allé deux fois au Japon, deux fois au Brésil, plusieurs fois au Congo, ... Je ne suis pas un adepte de ces mappemon­des où tu dois gratter pour voir où tu es allé. Ca ne m'intéres­se pas spéciale­ment. J'aime bien approfon­dir et vraiment mieux comprendre la culture, mieux comprendre la langue d'un pays que j'affecti­on­ne."

Témé Tan
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"Pour moi, le voyage, ce n'est pas une question de kilomètres. J'ai l'impressi­on de vivre des expérien­ces incroya­bles en changeant de quartier, ou en allant dans une soirée où je ne connais personne, j'ai l'impressi­on de voyager aussi (...) Je découvre des choses tout le temps quand je bouge en Belgique, et même à Bruxelles."

Témé Tan
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"Pour moi, c'était logique de chanter en français, parce que c'est le plus naturel et le plus sincère possible. C'est aussi la langue que je maîtrise le mieux (...) J'ai envie de pouvoir refléter mon époque, et musicale­ment et dans le texte. Puis, j'aime que les gens compren­nent ce que je raconte (...) Mon territoire de prédilecti­on, ça reste quand même la Francopho­nie (...) Je ne suis pas sûr que je vais encore écrire des morceaux en anglais."

Témé Tan
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"J'ai l'impressi­on que j'ai commencé à devenir vraiment parolier à l'époque où j'ai rencontré mes amis dans le rap: Veence Hanao, Noza. On passait des soirées à écouter des instrus, à écrire du rap. C'est là que j'ai pris goût aux textes."

Témé Tan
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"J'aimerais écrire en flamand. J'aimerais bien, un jour, faire un EP sous mon vrai nom, Tanguy Haesevoets, en flamand. Mais ce n'est pas pour tout de suite, j'ai encore beaucoup de choses à écrire en français."

Témé Tan
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Beaucoup de gens vous ont découvert avec le morceau "Améthys", il y a trois ans déjà. Comment expliquer ce laps de temps relativement long avant l'arrivée de l'album?
- Tanguy Haesevoets / Témé Tan: Le morceau, je l'ai sorti moi-même. Je n'avais pas de label. Quand j'ai sorti le morceau en 45 tours et sur Internet, j'avais dans l'idée de faire comme ça, en fait, de continuer à sortir un morceau sur un 45 tours tous les X et continuer à jouer. Et puis, il se trouve que j'ai été contacté par plein de labels. Du coup, ça a mis du temps pour discuter avec tous ces labels. Puis, quand je me suis décidé à aller plus en profondeur avec PIAS, ça a mis le temps de discuter avec eux. Puis, il s'est passé une sortie belge, française, et une sortie internationale. Tout ça, ça a pris du temps. Et surtout, j'ai beaucoup tourné, en fait. J'ai beaucoup tourné: je me suis retrouvé à jouer en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, France, Italie. Et tout ça, ça prend beaucoup de temps. Et puis, en plus, le temps passe et donc du coup, il y a des morceaux avec lesquels tu connectes moins, donc tu élimines des morceaux d'un album potentiel, et puis tu en fais des nouveaux. Voilà, ça c'est fait naturellement.

Vous êtes en contact avec beaucoup d'autres musiciens de la scène belge. Avec qui avez-vous collaboré pour cet album?
- Témé Tan: En fait, à la base, j'avais tout écrit moi-même, et tout pré-produit moi-même, même très avancé. Il se trouve qu'un de mes meilleurs amis s'appelle Noza, il est producteur, il a déjà produit pour Veence Hanao, pour Baloji, pour Grems. Là, maintenant, il travaille pour Antoine Chance. Et donc, c'était tout naturellement, on passe du temps ensemble, donc on fait des morceaux ensemble: un morceau comme "Coups De Griffe", "Sè Zwa Zo", même l'instrumental d'"Améthys", et "Ouvrir La Cage", c'était en passant du temps ensemble et en écrivant. Il y a Le Motel aussi, qui est le producteur qui produit Roméo Elvis. Lui, pareil, c'est un ami, on a fait un morceau comme ça, en l'espace d'une journée, en se voyant comme ça. Et puis alors, les autres musiciens qui sont sur le disque, c'est des musiciens que j'avais invités à m'accompagner sur scène, pendant plus ou moins un an, j'ai fait le test de voir ce que ça donnait d'avoir l'interprétation d'autres musiciens de ma musique. Et en fait, j'avais envie de marquer le coup, j'avais envie de les inviter sur le disque -parce que maintenant, je tourne tout seul- mais j'avais envie d'avoir ce souvenir-là, qu'on partage ce souvenir-là. Il y a Maï Ogawa d'Alek et Les Japonaises, Pablo Casella de Little Dots, qui est un groupe sur Gand, il y a Youri Botterman, qui a produit un titre de l'album de Damso, il y a Esinam Dogbatse, qu'on retrouve surtout dans la scène jazz, qui a son projet perso, qui a joué avec Cassandre, il y a Amaury Ranger, de Frànçois and The Atlas Mountains, qui a habité pendant tout un temps à Bruxelles, qui est un très bon ami à moi... Qui est-ce qu'on retrouve d'autre? J'espère que je n'oublie personne... Il y a Eric Chardon aussi, c'est le violoncelliste d'Annie Cordy, il y a Gérard Dubru, qui est un batteur avec qui j'ai tourné aussi beaucoup... Voilà, j'espère n'avoir oublié personne. Ah oui, pardon! Il y a Julie Michel qui, elle, est Suisse.

L'enregistrement proprement dit s'est passé en studio?
- Témé Tan: Non. Enfin, il y a une partie qui s'est faite en studio, vers la fin. Sinon, j'ai enregistré un peu partout. Il y a des trucs que j'ai enregistrés dans la rue, au vol, parce que l'inspiration me venait à ce moment-là et j'ai gardé les pistes. Il y a des trucs que j'ai enregistrés là où je pouvais en Guinée, des choses que j'ai enregistrées là où je pouvais au Congo, des choses que j'ai enregistrées au Japon au vol aussi, beaucoup de choses que j'ai enregistrées chez moi, forcément. Et puis, la mise en boîte, ça s'est vraiment fait dans le studio de mon ingénieur du son. Bon, en France, ils aiment bien le terme "réal", réalisateur, on n'utilise pas trop ça en Belgique. Qui s'appelle Gaethan Dehoux, qui a aussi son groupe, qui s'appelle Alpha 2.1. Qui a aussi bossé pour BRNS, qui a bossé pour Alaska Gold Rush, qui a bossé pour Soldout. Voilà, donc la mise en boîte s'est faite chez lui. On a enregistré quelques voix, même si la plupart des voix étaient faites, et on a mis le tout sur bandes.
Donc si vous avez enregistré à droite et à gauche, comme ça, c'était aussi assez étalé dans le temps?
- Témé Tan: Oui. Ca ne s'est vraiment pas fait en un été. Un morceau comme "Ça Va Pas La Tête?", ça date de 2015, c'était quand j'étais en Guinée. J'ai passé un mois en Guinée-Conakry pour créer la musique d'une pièce de théâtre, qui était mise en scène par une compagnie de théâtre guinéenne, la compagnie Zone de Turbulence, et une compagnie belge, La Maison Ephémère. Le spectacle s'appelle "Un Cadavre dans l'Oeil", de Hakim Bah. Puis là, dernièrement, j'ai enregistré des choses au Brésil, le dernier single "Coups De Griffe", c'est des choses que j'ai enregistrées à Sao Paulo. Les dernières touches, c'était à Sao Paulo. Donc oui, ça a mis vraiment entre "Améthys" et maintenant, ça a bien pris tout ce temps-là. Entre jouer, enregistrer et travailler.

D'où vient l'idée de ce tournoi de basket pour la release party? Vous avez un passé de joueur?
- Témé Tan: J'ai un passé de joueur. Pour l'instant, -bon, il va falloir que je me remette en forme pour la semaine prochaine (l'interview s'est déroulée fin septembre, ndlr)- je ne joue plus trop parce que c'est devenu vraiment hyper dangereux pour mes doigts. Le basket, c'est hyper dangereux pour les doigts. Donc du coup, ça fait un moment que je n'ai plus joué, je fais un peu mon "grand retour", même s'il n'y a pas du tout de grand retour à faire. Mais c'est parce que je suis un passionné de basket, je suis un ancien joueur. J'ai fait une interview avec un autre journaliste où tout était autour du basket, on me demandait ce que ça m'apportait dans la musique. En fait, moi, je ne regarde pas de séries, je ne regarde pas "Game of Thrones" ou des trucs comme ça, mais par contre, je passe beaucoup de temps, quand tu reviens d'un concert et que t'es trop excité pour t'endormir mais que t'es trop fatigué pour faire quelque chose de constructif, j'adore regarder des interviews de joueurs ou des analyses de jeu, parce qu'en fait, ça me motive de voir comme certains athlètes font un maximum pour rester en forme, et dans leur tête et dans leur corps, parce que j'ai vraiment envie de pouvoir faire des concerts de qualité pendant très longtemps, j'espère avoir la chance de faire des grandes tournées, et j'ai vite remarqué que par rapport à la voix, par rapport à l'énergie que tu donnes, il faut absolument être en forme. Donc en fait, moi, j'apparente la vie de... la carrière de chanteur, de musicien à une carrière d'athlète. Il faut vraiment être en forme.
Surtout pour la partie tournée?
- Témé Tan: Oui. La partie tournée, la partie voix, ... Moi, je ne suis pas un grand consommateur d'alcool et je ne fume pas, mais la fatigue, ça joue énormément sur ma voix. Si je suis fatigué, je vais moins pouvoir atteindre les notes que je veux.
Pour la release party, il y a donc le tournoi, puis un petit live?
- Témé Tan: Oui, chez PIAS. Là, j'ai invité (les musiciens) qui pouvaient être présents. Ils ne peuvent pas tous être présents parce qu'ils sont fort occupés. Mais oui, j'ai invité une grande partie des musiciens qui ont participé. Et on va vraiment jouer "à la cool", quoi. Ca va être vraiment ambiance famille-amis... Ca ne va pas être un concert de Témé Tan comme à la release au Botanique. Ca va être vraiment plus acoustique. On va improviser, je crois.

Pour un fan de sport, qu'est-ce que ça fait de se retrouver dans la bande-son du jeu FIFA 18?
- Témé Tan: Ca me fait quelque chose de spécial, parce que quand j'étais gamin, j'aimais bien les jeux vidéo, et en plus, je me souviens d'avoir beaucoup joué à FIFA, à l'époque de ma Sega. Et dernièrement, c'était hier en fait, j'ai reçu un message du petit frère de mon pote chez qui on allait jouer à FIFA qui me disait "Ouais, j'ai vu que t'étais dans FIFA, j'en profite pour te dire que j'aime vraiment beaucoup ta musique" et tout, "On t'écoute", ... C'est spécial pour moi dans ce sens-là, ce n'est pas dans le sens où je suis un fan de foot, parce que je suis un fan de basket avant tout, mais c'est dans le sens où il y a comme une boucle qui se complète, après avoir joué. Enfin, à l'époque où je jouais à la Sega, je n'imaginais pas du tout de faire de la musique ma carrière, j'étais plus dans le dessin, dans le basket. Donc du coup, c'est marrant.
J'imagine que c'est aussi une belle opportunité de toucher d'autres publics. Que ce soit en Belgique ou à l'étranger.
- Témé Tan: Exactement. Tout à fait. En fait, je reçois des tonnes de commentaires sur le clip -c'est écrit en anglais, je ne sais pas si c'est des anglophones, mais plutôt écrit en anglais- de gens qui ont découvert le morceau et qui adorent. Il y a eu un papier dans le NME, ce journal anglais: dans les dix meilleurs morceaux, ils me mettent quand même en troisième, devant The xx, donc ça fait plaisir, quoi. C'est très agréable. C'est tout à fait inattendu. Je suis hyper reconnaissant.
Ca s'est fait via le label?
- Témé Tan: C'est EA Sports qui a pisté le morceau, je pense, et qui est remonté jusqu'à mon éditeur, et puis mon éditeur m'a proposé. J'ai quand même pesé le pour et le contre, vu que je n'ai pas vraiment de lien avec le foot. Et puis, je me suis dit... Franchement, je me suis dit que c'était un cadeau qui ne se refusait pas. Et puis, comme je disais, j'ai vraiment repensé à cette époque où je jouais à ce jeu sur ma Sega, et j'ai trouvé ça marrant.

Vous avez pas mal voyagé. Est-ce qu'il y a un lien entre vos voyages et l'écriture ou la composition de vos morceaux?
- Témé Tan: Je pense qu'il y a vraiment deux choses qui me passionnent dans la vie: le fait de créer des choses, que ce soit vidéo, textes ou musique, et le fait de découvrir des nouvelles choses, que ce soit rencontrer des nouvelles personnes, vivre d'autres expériences, voir d'autres pays, goûter des nouvelles choses. Et en fait, l'une ne va pas sans l'autre, c'est-à-dire que pour être inspiré, j'aime bien faire des nouvelles choses, vivre des nouvelles expériences, pour avoir de quoi raconter. En fait, pour raconter mes voyages, j'ai besoin de les mettre en musique ou en images. Du côté de ma maman, donc ma famille belgo-congolaise, il y a beaucoup d'excellents conteurs. J'ai des oncles, et des cousins, et des cousines qui, quand ils racontent une histoire, on les écoute comme si on était au théâtre. Ils ont vraiment ce don-là, que moi, je ne me suis jamais approprié, je pense. Je ne me suis jamais considéré comme un bon conteur, mais par contre, je suis bon pour raconter en musique. Par exemple, un voyage comme Sao Paulo, je reviens en Belgique, en fait, en cinq phrases, j'ai résumé ce que j'ai fait parce que je ne me vois pas commencer à m'étaler sur trop de choses par rapport au voyage, mais par contre, je reviens avec un clip, je reviens avec un morceau. C'est ma manière à moi de raconter. Donc je dirais qu'en fait, l'un et l'autre sont indissociables. Voilà, c'est très ambitieux, mais moi, j'ai vraiment envie de voir le monde, j'ai vraiment envie de voir un maximum de pays. En fait, j'aimerais vraiment voir le monde, mais c'est vrai que j'adore aussi approfondir: je suis allé deux fois au Japon, je suis allé deux fois au Brésil, forcément je suis allé plusieurs fois au Congo, ... Je ne suis pas spécialement un adepte de ces mappemondes où tu dois gratter pour voir où t'es allé. Ca ne m'intéresse pas spécialement. J'aime bien approfondir et vraiment mieux comprendre la culture, et mieux comprendre la langue d'un pays que j'affectionne.
Vous associez vraiment le voyage à l'écriture ou vous pourriez vous dire "Demain, je fais un album en restant en Belgique"?
- Témé Tan: Oh, moi, j'adorerais faire un album en étant dans une maison dans les Ardennes. Ou en étant dans une maison à la mer. A la côte belge, je veux dire. Pour moi, le voyage, ce n'est pas une question de kilomètres, en fait. J'ai l'impression de vivre des expériences incroyables en changeant de quartier, ou en allant dans une soirée où je ne connais personne, j'ai l'impression de voyager aussi. C'est vrai que c'est plus facile de dire que mes deux passions, c'est le voyage et la musique, mais en fait, comme je disais au début de cet échange, moi, c'est découvrir des nouvelles choses, et bien sûr, ça va souvent avec les voyages, tu découvres de nouvelles choses en voyage, mais ce n'est vraiment pas une question de kilomètres. Je découvre des choses tout le temps quand je bouge en Belgique, et même à Bruxelles.

Votre musique repose sur des sonorités métissées et "venues d'ailleurs", mais la grande majorité de vos chansons restent en français. Pourquoi ce choix? C'est lié à une vraie affinité avec la langue?
- Témé Tan: Je considère que l'instrument que je travaille le plus, c'est la voix. Malheureusement, je n'ai plus mon niveau d'antan à la guitare, parce que je me concentre sur d'autres choses. Et en fait, j'ai toujours envie de chanter avec plus de naturel. Et même si j'aime bien mes envolées dans les aigus et des trucs un petit peu plus lyriques, j'aspire à chanter toujours plus comme je parle. Je ne suis pas grand fan des chanteurs ou des chanteuses qui métamorphosent complètement leur voix quand ils chantent. J'aime bien les trucs hyper naturels, en fait. Et donc, pour moi, c'était logique de chanter en français, parce que c'est le plus naturel et le plus sincère possible. C'est aussi la langue que je maîtrise le mieux -parce que j'en parle plusieurs, mais c'est la langue que je maîtrise le mieux- et donc du coup, j'ai l'impression de pouvoir mieux refléter l'état où elle est, parce que la langue, elle évolue tout le temps: t'as tout le temps des nouveaux argots, des nouvelles expressions, ... Donc, j'ai envie de pouvoir refléter mon époque, et musicalement et dans le texte. Puis, j'aime que les gens comprennent ce que je raconte. Bon, c'est clair qu'en Italie, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, les gens ne vont pas forcément comprendre, mais apparemment, ça les touche quand même, donc tant mieux. Mais c'est vrai que mon territoire de prédilection, ça reste quand même la Francophonie. Et puis aussi, pour moi, c'est un vrai défi d'écrire en français. Je ne dis pas que c'est facile d'écrire en anglais, mais je pense que quelqu'un qui n'est peut-être pas spécialement un grand parolier ou qui n'est pas spécialement parfait bilingue peut écrire de la musique en anglais. Donc ça m'intéresse moins. J'ai écrit deux morceaux en anglais, mais... Pour le morceau "Hospital", c'est parce que c'était dans un contexte où j'avais repris contact avec une personne que j'avais perdue de vue, à mon grand malheur, mais j'avais repris contact avec cette personne parce qu'elle s'était retrouvée dans un hôpital en Inde, et tous les échanges se faisaient en anglais, donc du coup, j'ai écrit le morceau en anglais. Et le morceau "Champion", c'est parce que voilà, "Champion" (prononcé avec l'accent anglais, ndlr)... Enfin, je ne sais pas, ça sonne bien, quoi. "Champion" plutôt que "Champion" (en français cette fois, ndlr) ou "Kampioen". C'était dans le thème, en fait. C'était dans le thème du morceau. Ca sonnait en anglais. Je ne suis pas sûr que je vais encore écrire des morceaux en anglais. Limite, j'écris des morceaux en anglais que je voudrais traduire en français. J'ai l'impression que j'ai commencé à devenir vraiment parolier à l'époque où j'ai rencontré mes amis dans le rap: Veence Hanao, Noza. On passait des soirées à écouter des instrus, à écrire du rap. C'est là que j'ai pris goût aux textes. Ce n'était pas spécialement quand j'écrivais en anglais que j'aimais ça. Quand j'écrivais en anglais, je crois que c'était plus... Il fallait un peu trouver un texte parce que je ne voulais pas faire de l'instrumental. Le goût du texte est venu plus tard, et c'est venu via le français.

Vous dites "Kampioen"... Je crois que vous avez un passé lié à la Flandre, n'est-ce pas?
- Témé Tan: Tout à fait. Et même un présent.
C'est-à-dire?
- Témé Tan: Il se trouve que je joue quand même plus en Flandre qu'en Wallonie. J'aimerais beaucoup jouer plus en Wallonie. Mais je joue plus en Flandre qu'en Wallonie. J'ai été en humanités en Flandre, à Landen, c'est le Brabant flamand, tout près du Limbourg. J'ai énormément d'amis flamands. J'aime beaucoup d'artistes qui chantent en flamand: j'aime bien Ertebrekers, j'aime bien Flip Kowlier, Eefje de Visser, Spinvis, ... Ca fait partie de ma personnalité. Du côté 100% belge de ma famille, mon grand-père maternel, il était brugeois, mes grands-parents paternels, c'était des Bruxellois, qui parlaient flamand aussi. Mon père, il m'a parlé français, mais voilà, je m'appelle Haesevoets... Pas que je me sente plus flamand que wallon ou bruxellois, mais je me sens belge, quoi. Avec tout ce que ça englobe.
Au point de penser un jour à écrire un morceau en flamand?
- Témé Tan: Oui, oui! Oui, oui, oui, j'aimerais écrire en flamand. En fait, j'aimerais bien, peut-être, un jour, faire un EP sous mon vrai nom, Tanguy Haesevoets, en flamand. Mais ce n'est pas encore pour tout de suite, j'ai encore beaucoup de choses à écrire en français.
Ce serait une démarche qu'on voit assez peu, un artiste qui passerait du français au néerlandais.
- Témé Tan: Il faut le faire et j'espère que je le ferai bien. Si j'ai l'impression que ça ne sonne pas bien, si mes amis flamands me disent que ce n'est pas hyper correct, eh bien, je ne le ferai pas, mais j'ai envie de le faire du mieux que je peux. Il se trouve que ce sont quand même les deux premières langues que je parle, c'est le français et le néerlandais. Enfin, avec le lingala, mais bon, le lingala, je ne le parle plus du tout... J'aimerais bien chanter en lingala, mais pour ça, il faut que je le réapprenne. Je n'ai jamais eu l'occasion d'apprendre le wallon. Finalement, j'ai parlé flamand avant de parler anglais.

Quelle formule voyez-vous pour les concerts à venir? Systématiquement seul en scène ou à l'occasion accompagné des musiciens qui sont sur l'album?
- Témé Tan: Je vais rester tout seul parce que je trouve ça plus logique de présenter cet album qui est vraiment sorti d'un endroit très personnel. C'est vraiment un album solo. Maintenant, j'espère pouvoir les inviter quand j'ai l'occasion: par exemple, au Botanique, j'aimerais bien inviter qui peut venir, à Paris, j'aimerais bien inviter qui peut venir, le 4 octobre, vont venir ceux qui peuvent aussi. Mais c'est vrai que le jour où je vais me réengager avec des musiciens, je me réengagerai avec des musiciens quand ce sera une tournée un peu fixe. Pour l'instant, il n'y a rien à faire, je prends quand même beaucoup d'avions. Là, la semaine prochaine, je crois que j'ai Paris, Suisse, Angleterre, donc tu dois prendre des trains, des avions et tout, avec une équipe, c'est compliqué. Il y en a quand même deux dans le lot qui sont parents. Ils ont tous leur projet solo. Ils sont tous hyper occupés. Et moi, je n'ai pas envie de monter sur scène avec des musiciens que j'engage. J'ai envie de monter sur scène avec des gens que j'aime. Enfin, je peux me lier d'affection pour des musiciens que j'ai engagés, mais maintenant que je sais ce que c'est que de tourner avec eux, je ne voudrais tourner avec personne d'autre. Et donc, pour ça, il faut que je puisse leur proposer une tournée sur le long terme, pour qu'eux puissent s'engager avec moi sur le long terme, et pour qu'on puisse devenir bons ensemble sur scène. Je me répète: si je dois être accompagné de musiciens sur scène, je voudrais que ce soit eux. J'y suis vraiment attaché.


Parmi les dates belges annoncées, Témé Tan se produira notamment le vendredi 17 novembre au Reflektor, à Liège, et le mercredi 29 novembre à la Rotonde du Botanique, à Bruxelles.