Plein écran
© Olivier Donnet

Le défi fou de Blondy Brownie

interview + écouteLe duo belge Blondy Brownie, composé des multi-instrumentistes Catherine De Biasio et Aurélie Muller, sort ce vendredi son premier album, le tant attendu "Almanach", rassemblant leurs collaborations régulièrement publiées avec des invités masculins, d'Adamo à Katerine, en passant par John McEntire (Tortoise), Antoine Wielemans (Girls In Hawaii) ou Carl Roosens (Carl et les hommes-boîtes). Nous avons rencontré les deux musiciennes à l'Area 42, à Schaerbeek, lieu où elles répètent (de même que BRNS et Endz) et où a été déplacée la release party de samedi soir, qui sera agrémentée notamment par une expo des photos de leurs collaborateurs immortalisés par Olivier Donnet, imprimées aussi sur les pages d'un calendrier perpétuel accompagnant le disque. Elles nous ont parlé de ce challenge et de l'avenir, de l'évidence du français pour leurs textes et de l'évolution de la place des femmes dans un monde musical peuplé d'hommes.

Plein écran
Blondy Brownie, premier album "Almanach", sortie ce 24 novembre, release party ce 25 novembre à l'Area 42 © Luik Records
Plein écran
© Olivier Donnet
Plein écran
© Olivier Donnet
Plein écran
© Olivier Donnet
Plein écran
© Olivier Donnet


Comment est venue l'idée de ces collaborations masculines?

- Aurélie Muller: On a commencé notre duo, Catherine et moi, d'abord en se disant qu'on allait faire ça à deux, et puis on a quand même eu envie et besoin d'élargir un peu le personnel. En fait, on s'est dit "Ce serait génial d'inviter des artistes dont on est fans", donc on s'est dit qu'on allait essayer ça. Et voilà, c'est parti comme ça. On a commencé à composer des morceaux en "fantasmant" sur des invités possibles, et on a réalisé pas mal de collaborations suite à ça.

Si on peut facilement comprendre des accointances avec des musiciens de la scène pop-rock belge vu vos CV chargés, d'autres collaborations sont plus étonnantes. Comment sont nées celles avec John McEntire (batteur de Tortoise), Katerine et Adamo, par exemple?

- Catherine De Biasio: Disons que Katerine, on est fans depuis le début, donc pour nous, c'était assez évident. En chanson française, c'est quand même une référence.
- Aurélie: Et puis, on parlait avec une amie des Vedettes, qui avait travaillé avec lui et qui nous avait dit "Moi, j'ai son contact, je lui propose", voilà. C'est vrai que pour ces collaborations, quand c'est des "stars", ou des gens qu'on connaît moins, évidemment, il nous faut un contact. Et le contact classique ne fonctionne pas forcément: si c'est un mail, un mail d'un groupe au manager d'un artiste, ça ne fonctionne pas forcément, évidemment. John McEntire, moi, j'étais allée enregistrer dans son studio, pour un autre groupe qui s'appelle V.O. (avec Boris Gronemberger, notamment, ndlr). Donc, je l'avais rencontré. En plus, j'avais toujours été fan de son jeu de batterie. Pour le morceau "Vilain Tigre", on avait envie de lui proposer. Et il l'a fait. Du coup, il a enregistré chez lui, avec les bandes. Il nous a proposé son enregistrement. On a fait ça à distance. Et Salvatore (Adamo), ça, c'est plus du côté "italien", plus du côté de Cath.
- Catherine: Par sa "manageuse", en fait... Par sa soeur, on a eu le contact de sa manageuse. Il a aimé le projet, on s'est rencontrés. Et puis, lui, il nous a proposé plusieurs morceaux, alors on a pris un morceau sur lequel on avait un peu flashé ("Ping Pong") et sur lequel on a plutôt bossé tout ce qui était arrangements, univers sonore et tout ça.

Vous dites "pour le côté italien"... Ca veut dire que la chanson "Dieu et les amants" avec Katerine, c'est vous Catherine qui avez écrit les textes?

- Catherine: Celle-là, oui. En général, on écrit tout en manière justement de "ping-pong", c'est-à-dire qu'on s'envoie des idées de texte, de musique, et puis, on fait tout à deux. Là, comme je suis d'origine italienne, il y a toujours eu l'idée de faire un jour un morceau en italien, et voilà.
- Aurélie: Et Philippe Katerine était content de le chanter, manifestement, parce que c'était la première fois qu'il chantait en italien, donc on était contentes. Il s'appliquait bien, pour l'accent, tout.

Il y a aussi un morceau avec votre père, Yvano de Biasio. A-t-il aussi un parcours musical?

- Catherine: Non, pas du tout. A la base, "Enfin" est un morceau fictionnel qui parle d'une relation entre un père et sa fille. On ne savait pas trop à qui demander. On a essayé plusieurs pistes, ça n'a pas vraiment marché. Et puis, à un moment donné, on s'est dit "Pourquoi pas, carrément, prendre quelqu'un qui ne soit pas musicien?"
- Aurélie: En fait, moi, j'ai un peu dû convaincre Cath, quand même, hein. Parce que c'est quand même SON papa. L'écriture, c'est une fiction, mais là, ça devenait Catherine et son papa. Moi, je trouvais ça génial. De dire "Tiens, en fait, voilà, il y a quelqu'un qui n'est pas dans le milieu musical qui va participer à cet album", et ça a du sens. Ton papa a accepté quand même assez vite, hein?
- Catherine: Oui.
- Aurélie: C'était chouette.

Assembler un album entier de collaborations, en s'imposant en plus un rythme mensuel avec clip, ce n'est pas un défi trop compliqué, ne fut-ce que d'un point de vue pratique?

(Elles éclatent de rire en surenchérissant)
- Aurélie: Si.
- Catherine: Je confirme.
- Aurélie: C'est un beau défi.
- Catherine: Un gros, gros, gros challenge.
- Aurélie: C'est un challenge de tous les jours.
- Catherine: Du coup, ça a pris vraiment beaucoup plus de temps que ce qu'on pensait. Parce qu'il n'y a rien à faire, après le moment où tu envoies les pistes, ils t'envoient, enfin...
- Aurélie: Enregistrer, mixer, ... On a aussi eu la grande idée de faire un clip par morceau.
- Catherine: Oui, ce qui prend beaucoup de temps. Et puis, c'est vrai qu'à un moment donné, le disque était plus ou moins fini, mais on avait quand même envoyé le truc à Adamo, donc on s'est dit "Ah oui, beh, on va encore attendre et on va faire ce dernier truc", parce qu'on y tenait vraiment. Donc c'est sûr que c'était un peu compliqué au niveau timing, agenda, mixage, voilà.
- Aurélie: Après, et c'est ça aussi qui est chouette dans ce projet, c'est qu'il y a aussi toujours des idées ou des collaborations assez incroyables qui naissent de cette urgence, en fait. Donc, chaque fois qu'on se retrouve dans un rush... Enfin, "chaque fois", quasi chaque fois... il y a quelque chose de vraiment super qui en émane. Et donc, ça, vraiment, c'est chouette. On a du coup créé un chouette tissu... On ne va pas dire "social", parce que ce n'est pas social, mais... d'amis et de créativité. Ca, c'est vraiment quelque chose qui est chouette.
- Catherine: Oui.
- Aurélie: Donc, dans l'urgence, quand même, on a chaque fois réussi à avoir de belles surprises. Ca, c'est cool.

Après avoir publié mensuellement en 2016, pourquoi l'album arrive-t-il seulement fin 2017? C'est notamment pour Adamo?

- Aurélie: Voilà, c'est ça. Et puis, on était quand même vraiment dans le rush pour les deux derniers mois, donc on s'est dit qu'on ne voulait pas les bâcler. Il se fait aussi que notre album comporte un calendrier perpétuel, et ça, c'est hyper important pour nous, parce que chaque artiste a été photographié par Olivier Donnet, il a fait des portraits de chaque artiste, et notre idée a très vite été de faire un calendrier perpétuel dans lequel on peut noter les anniversaires, et on peut le garder toute sa vie. Mais avec des belles photos D'HOMMES, parce que c'est vrai que c'est souvent des belles photos de femmes ou de chats. Ou de paysages, ou... Voilà. Et nous, ça nous faisait plaisir de faire ça avec des musiciens. C'était aussi chouette pour nous de sortir ce calendrier un peu au moment des fêtes, parce que même si on peut l'utiliser n'importe quand vu qu'il dure toute la vie, c'était aussi quelque chose d'assez important pour nous de le sortir plutôt dans cette période de fêtes: avoir un petit calendrier pour commencer janvier en notant l'anniversaire de -je ne sais pas- son amoureuse, son amoureux (rires).

Dans ces photos d'Olivier Donnet qui accompagnent le projet, il y avait une volonté de traduire une mise à nu?

- Catherine: Oui. Un truc par rapport à l'intime. A la base, voilà, c'était quand même aussi parti un peu d'une blague entre nous, en train de se dire "On va inviter plein de mecs, on va faire un calendrier". Donc c'était aussi un rappel par rapport à tout ça.
- Aurélie: Et puis, dans les morceaux qu'on a écrits, il y avait toujours une place pour un invité, mais en fait, une sorte de petite mise en danger aussi pour cet invité. Par exemple, Tim (Philippe), de BRNS, c'était la première fois qu'il allait chanter en français. Philippe Katerine, en italien.
- Catherine: Antoine, aussi.
- Aurélie: Oui, Antoine (Wielemans), des Girls (In Hawaii), c'était aussi son premier enregistrement en français. Et pour nous, cette prise de risque, c'est une forme de... Ils nous donnent une forme de leur intimité. Pour nous, cet album est assez intime, et donc du coup, on avait envie de photos un peu "intimes", ou en tout cas avec un passage à la sensibilité de l'homme photographié. Donc pas une belle photo plastique dans un beau décor, par exemple. Ce qui peut être très chouette. Mais vraiment essayer de trouver un peu d'intimité, un peu de leur personnalité. Et bien sûr, une forme de mise à nu, ça crée des positions, des airs plus intimes aussi, parce qu'il y a cette première gêne de se dire "Tiens, je suis torse nu, je ne vais pas du coup prendre ma pose habituelle", donc voilà.

Il y avait une mise en danger de la part des invités, mais est-ce qu'ils avaient aussi une liberté? Quelle était leur marge de manoeuvre dans vos compositions?

- Aurélie: Oui, tout à fait. On avait toujours une idée de base, mais c'était vraiment très libre.
- Catherine: On leur donnait un peu des pistes, mais en général, ils faisaient un peu leur vie aussi. Ils proposaient de nouvelles idées. Par exemple, avec Olivier Marguerit (entendu au sein de Syd Matters, ndlr), on voulait juste une voix à la base, et puis, finalement, il a fait tout un solo à la fin, un peu fou. Donc c'est chouette aussi, ça amène des trucs différents. Blick Bassy, aussi.
- Aurélie: Oui, oui. Et puis, il y a aussi par exemple Jesse Vernon, du groupe Morning Star, lui, il a proposé des choses dans les arrangements. Nous, ça nous intéressait, parce que les morceaux, finalement, ont grandi, chaque fois. Enfin, ils se sont transformés, en fait. Et pour nous, c'était ça qui était chouette, c'était de ne pas rester fixées sur nos idées spécialement, mais d'en faire une sorte de monstre à deux têtes, ou à trois têtes, enfin... C'est chouette de voir qu'un morceau qu'on a écrit peut toucher un autre musicien et qu'il peut avoir des idées dessus pour en faire une version qui convient aux deux. C'est vraiment super gai, ça.

Au sujet des textes, pourquoi cette préférence récurrente pour le français dans vos parcours? C'est une question d'aisance?

- Aurélie: Parce qu'on parle français.
- Catherine: Vu qu'on est nulles... Moi, je suis nulle en anglais. Enfin, je ne peux pas écrire une chanson en anglais. J'aurais vraiment du mal à exprimer des choses un peu vraies, je crois. Je pense que ce serait toujours un peu superficiel.
- Aurélie: En fait, pour nous, ça a toujours été super naturel. C'est vrai qu'au début de nos "carrières"... Je pense que toi aussi, Cath, on te demandait: "Pourquoi vous écrivez en français?" Mais maintenant, il y a vraiment un renouveau de la chanson française. Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de gens dans des groupes qu'on connaît autour de nous qui décident de se mettre au français. Et moi, je me dis: "Eh bien, il était temps!", "Eh bien, dis donc!" (rires) Voilà, je pense que les gens, ici, les francophones belges, avaient sans doute aussi cette petite peur de ne pas être exportables, avec le français. Moi, ça ne m'a jamais vraiment...
- Catherine: Moi non plus.
- Aurélie: Ca ne m'a vraiment jamais ennuyée comme idée. Franchement, je ne sais pas écrire en anglais. Voilà.
- Catherine: Moi non plus (rires).
- Aurélie: Et puis, j'aime bien le français. Toi aussi?!
- Catherine: Vaguement en italien. Une chanson (rires).

Pour les scènes à venir, comment est-ce que ça va se passer, notamment pour la release? Vous allez faire venir des invités qui étaient déjà sur l'album? Et pour la suite? Vous allez réinventer les chansons?

- Catherine: Pour la suite, on a un musicien en plus, donc il va un peu prendre la place de certains invités par rapport à la voix, des choses comme ça. On espère aller faire quelques dates en France et, là, eh bien, avoir l'occasion d'inviter ceux du disque sur place. Parce que là, c'était un peu compliqué de les faire venir, et puis au niveau agenda, ce n'était pas possible non plus. Et puis on espère encore décliner ça dans le futur.
- Aurélie: Oui! Je pense qu'il y aura souvent un invité, ou deux. C'est important. Après, qu'on les ait tous, je pense qu'alors, il faut déjà booker la date pour (ensemble:) 2020. Sinon, ça ne va pas être possible (rires). Mais ce n'est pas grave, parce qu'on est déjà aussi en train de penser à d'autres collaborations. Enfin, voilà, c'est un projet...
- Catherine: Infini. C'est chouette.

Et ce samedi, pour la release party, il y aura plus d'invités?

- Aurélie: Alors, ce samedi, il faut savoir qu'on va jouer ici, à l'Area 42, donc ce n'est plus au Bota, c'est ici. Et ça va être un showcase, avec des bières qui ont été brassées spécialement pour Blondy Brownie...
- Catherine: La Blondy et la Brownie.
- Aurélie: Voilà. Une bière blonde, une bière brune. Une fausse brune, en fait. Avec aussi la participation du restaurant Les Filles, qui va faire un gâteau qui s'appelle le Blondy Brownie. Avec une expo d'Olivier Donnet. Donc ça va être vraiment une chouette release. Et effectivement, on a, euh... On a combien d'invités? On en a cinq?
- Catherine: Oui. On a Vinz, chanteur flamand qui est sur le disque aussi, on a Tim des BRNS, Castus-Carl et...
- Aurélie: Et Philippe Manche.
- Catherine: Et Philippe Manche, qui va remplacer mon papa, parce que mon papa a un peu peur de chanter en public.
- Aurélie: Mais ce qui est chouette avec Philippe Manche, c'est que, lui, c'était un journaliste musical, qui a décidé d'arrêter de faire ça, mais qui maintenant se retrouve sur scène, et ça l'angoissait un petit peu, au début, il se disait "Mais non, mais les filles, enfin, je n'ai jamais fait ça", et puis il est venu répéter avec nous, et ça va être vraiment chouette. Donc on est vraiment contentes aussi de ça; Blondy Brownie, c'est chouette aussi pour ça: là, on a demandé à quelqu'un qui n'aurait pas pensé monter sur une scène, il va le faire, c'est génial de voir que ça peut donner des plaisirs comme ça aussi. A d'autres gens.

Vos bières artisanales seront disponibles au-delà de la release?

- Aurélie: Aaah...
- Catherine: A priori non, mais... Disons qu'à la release, les 50 premiers vinyles vendus auront droit à une bière gratuite. Et puis, on réfléchira pour l'avenir. Peut-être qu'on va refaire l'expérience.
- Aurélie: On en refera sûrement.
- Catherine: Oui, peut-être pour la prochaine date du Bota ("au printemps", ndlr). Mais c'est quand même des collectors, donc on ne va pas non plus en produire des millions (rires). En tout cas, elle sera là samedi.
- Aurélie: Peut-être qu'on pourrait penser à en faire "des millions", et alors mettre un code de téléchargement. Mais il faudra vendre la bière vachement plus cher (rires).

Par qui sont-elles brassées?

- Aurélie: Notre mixeur.
- Catherine: Notre mixeur, qui s'appelle Lucas Chauvière, qui est un gros, gros "beer-geek". Il est très, très, très, très, très content de sa bière. Il paraît qu'elle est vraiment délicieuse (rires). On verra samedi.

Quels sont les prochains projets sur le calendrier de Blondy Brownie? Essentiellement des dates de concerts, en 2018?

- Catherine: Oui, on va essayer de tourner un peu.
- Aurélie: Là, on invite Rémi Parson à venir faire la première partie samedi, et on a déjà prévu de faire une collaboration avec lui. Il ne le sait pas encore, mais ça va se faire (rires).
- Catherine: Oui, puis, l'idée, c'est un peu de décliner ce concept.
- Aurélie: Donc ça va être des concerts, mais on va continuer à enregistrer des morceaux. On ne va plus faire spécialement un calendrier et imposer un morceau par mois, mais on a déjà plein d'idées pour continuer ce projet un peu fou (rires).

Ce serait encore orienté vers des collaborations ou pas forcément?

Ensemble: Oui!
- Aurélie: Mais oui, c'est trop chouette. Ca nous fait chaque fois plaisir, et en fait, finalement, on se rend compte que les invités sont chaque fois contents aussi.
- Catherine: Et puis, tu rencontres des gens, aussi. C'est ça qui est chouette. Tu n'es pas juste enfermée. Ca t'amène aussi pas mal d'ouvertures.
- Aurélie: On ne fait pas vraiment une musique narcissique, en fait. On n'est pas vraiment hyper attachées à ce que notre musique soit exactement finalisée comme on l'a dans la tête à la base. Il y a vraiment une envie de découvrir ce qu'elle peut générer chez d'autres gens. Donc oui, on va continuer.

Et dans vos agendas individuels, on va vous revoir dans d'autres projets musicaux à l'avenir?

- Aurélie: Ah, oui!
- Catherine: Bah, oui!
- Aurélie: Ah, oui! Allez, vas-y, commence!
- Catherine: Moi, je fais de la musique pour enfants aussi (avec Samir Barris, ndlr), ça s'appelle Ici Baba, qui tourne pas mal. Je prépare le prochain album de Mièle. Voilà.

Album qui arriverait en 2018?

- Catherine: Ouh, non! (rires)
- Aurélie: Et moi, j'ai un groupe avec Daniel Offermann, de Girls In Hawaii, qui s'appelle TRESOR. Bon, qui n'avance... Enfin, si, ce n'est pas que ça n'avance pas, mais ils partent quand même beaucoup en tournée. Mais c'est chouette, c'est un projet plutôt aussi d'enregistrement. Voilà. Et puis, il y a V.O. aussi. V.O., qui est un groupe dans lequel je suis depuis des années, et on a repris la composition... C'est parti!
- Catherine: Des concerts, d'ailleurs, aussi, bientôt!
- Aurélie: Oui, il y a des concerts en juin. Voilà. Mais on est toujours dans plein d'autres projets aussi, comme musiciennes additionnelles et des choses comme ça. Oui, c'est bien rempli. Ca va.
- Catherine: On ne chôme pas (rires).

Pour terminer, être musiciennes, être un duo féminin, dans un monde musical de tendance plutôt masculine, est-ce que c'est difficile? Ou finalement, c'est plus une image qu'on se fait et qui ne correspond pas à la réalité?

- Aurélie: Ca dépend un peu.
- Catherine: Il n'y a pas des masses de femmes dans ce milieu, mais je pense que c'est quand même un peu en train de changer. J'ai l'impression.
- Aurélie: Oui.
- Catherine: Et puis, c'est vrai que c'est quand même de toute façon agréable de bosser avec une fille dans un groupe.
- Aurélie: On peut quand même citer une petite anecdote.
- Catherine: Oui (rires).
- Aurélie: Une petite anecdote à Namur. Catherine et moi faisons aussi partie d'un groupe un peu fou qui s'appelle Les Juliens (avec Fabrice Detry, Ben Baillieux-Beynon et César Laloux, entre autres, ndlr). C'est des reprises de Julien Clerc, c'est complètement foutraque.
- Catherine: On ne l'a pas dit ça!
- Aurélie: C'est vrai ça! On est dans Les Juliens! (rires) On arrive à Namur. On arrive en premier. Avec -à peu près- la moitié du matériel. On se fait accueillir par des gens qui travaillent là-bas. Et puis, un des techniciens nous accueille, très gentiment, nous fait: "Ah, bonjour! Vous êtes les choristes?" Ah, voilà, bon. Ca, bien sûr que quand il y a deux hommes qui arrivent sur un lieu de concert, on ne va pas leur demander "Hé, bonjour, vous êtes les chanteurs?" La question ne se pose même pas, en fait. "Bonjour, vous faites partie du groupe?" Point, quoi. Voilà. Et ça n'était pas du tout méchant, c'était juste un peu déplacé (rires). "Oui, enfin, on est aussi musiciennes, en fait, hein!" Oui, on chante aussi, mais... Voilà. C'est sûr que ce genre de... On discutait un peu de ça... Ca arrive quand même souvent. Effectivement, Catherine et moi, on a toujours été "une fille dans un groupe". On a toujours été la fille du groupe. Tu étais la fille de Mièle, j'étais la fille de Melon Galia. Quand je suis rentrée dans les Tellers, c'était tout un bazar parce qu'il y avait une fille dans les Tellers, alors, franchement, ça allait vraiment "empêcher le succès". Enfin, il y a quand même toujours cette idée de "Oh, il y a une fille!" Après, bon, effectivement, je crois que c'est en train de changer petit à petit. Il faut... (Elle soupire) Je ne sais pas très bien quoi dire (rires). Je ne sais pas très bien quoi dire parce que plein de fois, ça va être vraiment très bien, et puis parfois, il y a des petits commentaires un peu machistes, un peu sexistes, enfin, un peu "vieux jeu", en fait.
- Catherine: Moi, on m'a déjà dit des trucs du genre "Ouais, on t'a demandé de faire la batterie dans tel groupe parce que t'es une fille".
- Aurélie: Oui. "Parce que t'es une fille et que t'es jolie".
- Catherine: Euh, ouais... Je ne sais pas si c'est vraiment un bon argument. Est-ce que les gens sont débiles à ce point-là? Non, donc ça ne sert à rien de penser ça. Mais il y a des gens qui pensent ça. Donc voilà. Ca, c'est un peu vexant. Mais bon.
- Aurélie: Ca change un peu.
- Catherine: C'est en train de changer, je pense.

Pour les Tellers, ces discussions, ça ne venait pas du groupe, ça venait plutôt de son entourage?

- Aurélie: Non, pas du tout, ça ne venait pas des membres du groupe (rires). Non, absolument pas. Ca venait plutôt des gens qui travaillaient pour le groupe. Qui voyaient un peu d'un mauvais oeil qu'il y ait une "nana" dans le groupe, parce que ça pouvait LEUR faire perdre toute une partie de leur public. Parce qu'avant, c'était un groupe de garçons...
- Catherine: Un peu mignons.
- Aurélie: Et que, peut-être, des femmes, des filles, étaient hyper fans d'eux parce qu'ils étaient un peu mignons et disponibles. Mais alors, le fait qu'il y ait une fille dans le groupe, ça les rendait indisponibles. Je ne sais pas très bien. Moi, ça m'a toujours fort énervée. Et en fait, les membres du groupe ont toujours été fort énervés aussi par ce genre de propos. Parce qu'ils ne m'avaient pas choisie parce que j'étais une fille, mais bien parce que j'étais musicienne et que je convenais. Mais je me demande si maintenant, ce n'est pas en train de devenir un atout. Après, il faudra refaire une balance et comprendre que c'est juste normal, et qu'il n'y a pas de question à se poser par rapport à ça, que ce n'est ni un atout, ni un handicap.
- Catherine: C'est la vie.
- Aurélie: Que voilà... On n'a pas le même sexe, mais on peut faire de la musique ensemble (rires).


La release party de ce samedi 25 novembre, initialement prévue à la Rotonde, aura finalement lieu à l'Area 42, située rue des Palais, soit à trois arrêts de tram du Botanique. La soirée commencera à 20 heures, avec la première partie assurée par le Français Rémi Parson. Blondy Brownie jouera à 21 heures, avec la participation de guests. Le tarif sera libre et les places achetées en prévente seront remboursées. Une nouvelle date au Botanique sera bientôt annoncée.