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Raphael Esterhazy (Konoba) et Olivier Rugi (R.O) © Lou West

Le voyage ne fait que commencer pour R.O et Konoba

interview + écouteLa paire d'as constituée par les musiciens belges Olivier Rugi (le compositeur et producteur R.O) et Raphael Esterhazy (l'auteur-compositeur-interprète et producteur Konoba) publie ce vendredi l'album "10", fruit du défi fou de composer et enregistrer dix chansons dans dix pays visités en dix mois. R.O x Konoba présenteront ce premier album commun ce dimanche 5 mai à Bruxelles, sous le chapiteau dressé au Botanique, dans le cadre des Nuits. Nous avons rencontré le duo electro pop la semaine passée pour une interview évoquant le voyage, sa méthodologie et sa logistique, ses concerts et autres bons moments.

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R.O x Konoba, premier album commun "10", sortie ce 3 mai © Mouda Music
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© Lou West
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"On peut faire notre travail un peu partout dans le monde avec un petit peu de matos, on l'a prouvé avec ce projet."

Raphael Esterhazy (Konoba)
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© Lou West
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Au Tbilisi Open Air © George Tsopurashvili
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"Si on avait fait ce projet en essayant de s'inspirer de la culture musicale de tous les pays, ça aurait eu du sens de faire des projecti­ons et de remettre le son en contexte avec l'image. Mais ce n'est pas le cas. C'est un peu hors propos."

Raphael Esterhazy (Konoba), à propos du live à venir
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Répétition générale au Botanique © Sébastien Cools
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"Le fait de travailler à deux ne nous empêche pas de continuer seuls."

Olivier Rugi (R.O), au sujet de leur indépendance artistique
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De la collaboration fructueuse initiée en 2015 avec le single "On Our Knees" et d'une première aventure à l'étranger partagée en 2017 pour le Sziget Festival à Budapest est née l'envie de réaliser un album et de monter une tournée ensemble, l'idée de R.O et Konoba se concrétisant à travers ce projet "Ten", soit dix mois de voyage dans dix pays pour revenir avec dix nouvelles chansons, une épopée démarrée en avril 2018 grâce à un crowdfunding ayant dépassé les 30.000 euros escomptés. Les deux jeunes artistes ont parcouru quatre continents, commençant en France pour finir aux Pays-Bas, après être passés par l'Allemagne, la Pologne, la Roumanie, l'Italie, la Géorgie, le Japon, l'Australie et la Colombie (avec des crochets par la Turquie et la Chine, mais aussi par la Belgique). Les destinations ont été choisies d'une part grâce aux statistiques d'écoute sur Internet, donc tels des territoires prometteurs à conquérir, comme la Pologne, la Roumanie et la Géorgie, et d'autre part pour le plaisir et la dimension culturelle, comme le Japon et la Colombie.

À l'arrache
L'album "10" s'est dessiné dans les conditions complexes du voyage, donc en voiture, à l'aéroport, dans des cafés, des chambres d'hôtel, auberges de jeunesse ou Airbnb, avec néanmoins le souci du son et du détail. "Au final, je pense qu'on a un album qui ne sonne pas comme ayant été fait 'à l'arrache', même si en réalité, c'était le cas", nous a expliqué Konoba, provoquant le rire de son complice R.O.

Impro et changements
Une telle aventure devrait idéalement se préparer en amont, mais une large place a été accordée à l'improvisation entre les concerts programmés sur leur chemin, avec par exemple des changements de villes, en fonction des rencontres, voire de pays, en fonction des circonstances. Ainsi, la Grèce a été annulée en raison d'incendies de forêts et du manque de dates sur place alors que trois étaient prévues en Belgique, un mois "tampon" qui a fait du bien, et le Canada a été remplacé par la Colombie, les origines canadiennes de Raphael par son père ayant paradoxalement compliqué la procédure administrative.

Ping-pong
Le duo a consacré quatre ou cinq jours de travail par pays. "Parfois, on s'allouait trois ou quatre jours à la campagne (...) Pas par manque d'inspiration, mais par manque de temps, pour se poser à un bon endroit, pour faire ça sans tentations", expose R.O. "Parfois, je composais dans la voiture, Raph' commençait une idée dans un Airbnb, et ainsi de suite. C'est un agglomérat d'idées qui à un moment forme un morceau", dévoile-t-il, mentionnant un "ping-pong" d'idées.

Business ou tourisme?
Les collègues et amis ont joint l'utile à l'agréable, ne cachant pas la dimension touristique du périple, comme en témoignent leurs réseaux sociaux, clips et vlog. "Quand on s'est retrouvés dans les pays les plus 'exotiques', comme le Japon, l'Australie, la Colombie, on était tellement loin de chez nous, dans une nouvelle culture, qu'on n'avait pas envie de passer tout notre temps enfermés à faire de la musique. Ces mois-là, on a passé beaucoup plus de temps à visiter, à voyager, à faire plein d'autres trucs. On s'est laissé moins de temps pour travailler, parce qu'on voulait en profiter. Ce n'est pas tous les jours qu'on est dans des pays comme ça", confie Konoba.

Question de santé mentale
Le projet ambitieux a dû se délester du vlog entamé, assez vite abandonné car chronophage. Un collaborateur en plus pour prendre des images et faire les montages n'aurait pas été du luxe. "Le fait de le faire nous-mêmes à 100%, ça voulait dire qu'on devait tout le temps avoir une caméra sur nous pour filmer, que dès qu'on avait cinq minutes de libres, même dans la voiture, on était occupés à monter. À l'hôtel, le soir, il y en avait un qui faisait de la compta, l'autre montait le truc... Après trois semaines, on n'en pouvait plus. On s'est dit: 'Allez, tant pis'. Dommage, quand même", retrace Konoba. "C'est très dommage, parce que quand on les regarde, c'est trop chouette. C'est plein de souvenirs. Le fait de 'vloguer' te force à raconter ce que tu fais et à partager avec les gens, ce qu'on a fini par faire de moins en moins. C'est beaucoup plus agréable de voir les détails, les galères", prolonge R.O. "Mais à un moment, ce n'était juste plus possible. L'objectif n'était pas 'dix pays, dix vlogs' mais bien 'dix pays, dix chansons'. Il fallait qu'on garde notre santé mentale pour faire des morceaux. Idéalement, une troisième personne qui nous aurait suivis, ça aurait été parfait. Ça aurait presque pu être un documentaire, mais la logistique nécessaire était trop compliquée", analyse-t-il.

Dix chansons dans les bagages (et quelques excédents)
Les morceaux conçus en route sont plus marqués par l'état d'esprit des deux voyageurs et les événements du voyage que par les destinations elles-mêmes. S'il y a des clins d'oeil, les clichés des pays visités ont été volontairement évités. Olivier et Raphael avaient promis dix chansons mais ont ramené un peu plus de matériel dans leurs bagages, dont "Sounds Of Berlin", morceau annexe assemblé avec des sons captés dans la capitale (la vraie plage allemande de l'album étant "Too Much Too Soon"), ainsi que des petites maquettes, ou des tracks instrumentales et remixes opérés en parallèle par R.O, qui a par ailleurs sorti de son côté un album d'anciens morceaux ("Ardent") pas plus tard qu'en mars, exploitant de façon concertée un moment creux dans l'agenda. "Le fait de travailler à deux ne nous empêche pas de continuer seuls", glisse au passage R.O, pour qui c'est sain. "Mais le focus de ces prochains mois, c'est la sortie de cet album '10', le défendre", précise-t-il.

Collaborations light, pas featurings
Les collaborations espérées avec des artistes locaux ont été un peu plus compliquées à mettre en place que prévu. "Si on rencontrait quelqu'un la première semaine ou la deuxième... Nous, on était entre des concerts et des voyages, on n'avait même pas encore entamé le morceau, donc on ne savait même pas par quel bout commencer", justifie Raphael. "Et puis, nous, on compose beaucoup à deux, on a notre manière de travailler, et ajouter d'autres personnes dedans, ce n'est pas toujours facile", continue-t-il. "Donc on l'a fait, mais de manière 'douce': en France, il y a la voix et la guitare de Holy Two, un duo français, un gars et une fille qui font de l'electro pop vraiment cool, qu'on avait déjà croisés sur la route avant; en Pologne, on a fait ça en studio avec un producteur polonais (Maciek Sawoch) qui, lui, a proposé plein d'idées de sons, de claviers, qu'on a un peu découpés, réutilisés; en Australie, Tora, un groupe dont on est super fans et pour lequel on a déjà fait plusieurs fois la première partie en Europe, on a fait la première partie là-bas à Byron Bay, on est restés loger chez eux pendant une semaine après, du coup, il y a la voix du chanteur et la basse du bassiste qu'on entend sur la chanson d'Australie ("Waves")... Il y a plein d'endroits où on a pris des sons de collaborations, mais ce ne sont pas des 'featurings', ce n'est pas du cinquante-cinquante. Ce qui finalement nous va bien", détaille Konoba. "Et un featuring, si quelqu'un apporte quelque chose qui est assez précieux, ça lui demande d'entrer dans le morceau de manière beaucoup plus intense", complète Olivier. "En fait, c'est beaucoup plus flexible d'avoir des gens qui rajoutent des petits trucs que de faire une collaboration, parce que dans ce cas-là, ça devient comme Raph et moi, finalement... Ça devient un truc où ça doit plaire à tout le monde... Il y a énormément de composantes qui font que c'est plus facile d'avoir des gens qui s'attachent vite fait au projet et qu'on peut juste intégrer comme une rencontre, plus que comme une collaboration officielle", estime R.O.

L'importance des contacts
D'un point de vue plus général, le duo observe qu'un des aspects perfectibles du voyage aurait été de mieux préparer les collaborations, pas uniquement musicales, comparant les cas opposés de la Pologne, où une fanbase existait déjà et où des photographes ou vidéastes avaient été recherchés à l'avance, et du Japon, où il est plus difficile de lever un réseau de contacts et pour lequel le contenu visuel récolté était en conséquence moins riche.

Communion lumineuse
Au cours de l'aventure internationale, le Tbilisi Open Air a été la plus grosse expérience en termes de live, se souviennent R.O et Konoba, qui ont joué en fin de festival, avant le chanteur britannique Tom Odell, devant plus de 10.000 spectateurs. Un beau moment de communion avec le public géorgien a été immortalisé en vidéo lors d'une version lumineuse de leur ancien titre "On Our Knees", à visionner sous l'article.

Du show, pas des cartes postales
Au retour de leur odyssée, Olivier et Raphael n'ont pas eu le temps d'accuser le moindre contrecoup nostalgique, puisqu'ils sont retournés en studio pour finir l'album et ont répété afin de préparer les concerts. Pour le live, R.O et Konoba seront deux en scène avec un important light show, très proche de la répétition publique organisée mi-avril à l'Orangerie du Botanique. "On veut un show qui ait beaucoup de relief, donc avec des moments plus calmes et beaux, puis des moments vraiment puissants, qui pètent et qui font bouger les gens", entrevoit Konoba. Dans l'immédiat, le visuel privilégiera les lumières, sans projection d'images du voyage pour le moment. "Finalement, tout a tourné autour de ce voyage, et c'est bien, mais c'est peut-être bien aussi d'avoir un live qui soit 'sérieux', pas juste un étalage disant 'eh, on est partis dix mois en voyage'", commente R.O. "Si on avait fait ce projet en essayant de s'inspirer de la culture musicale de tous les pays, ça aurait eu du sens de faire des projections et de remettre le son en contexte avec l'image. Mais ce n'est pas le cas. C'est un peu hors propos. Donc a préféré faire quelque chose de vraiment beau graphiquement", raisonne Konoba.

Déjà d'autres tournées en vue
Après la release party de dimanche au Botanique, R.O x Konoba repartiront déjà donner des concerts à l'étranger, en France, en Roumanie, en Pologne, en Géorgie et en Arménie, en mai et juin. Ils se produiront dans plusieurs festivals d'été en Belgique, dont le Verdur à Namur, le samedi 29 juin, les Francofolies de Spa, le vendredi 19 juillet, et le Ronquières Festival, le dimanche 4 août. Le binôme prépare des tournées en Asie, dans les pays de l'Est et en Europe centrale à l'automne.

Un duo, deux artistes
R.O et Konoba, c'est l'histoire d'une belle rencontre, qui a déjà mené loin les deux musiciens. S'ils répètent tenir à leur indépendance artistique, les partenaires ne ferment aucune porte au sujet d'un avenir commun, encore à envisager par la suite, en fonction du succès, potentiellement à l'international. "C'était l'avantage de garder nos noms respectifs, plutôt que faire un nouveau projet avec un nouveau nom: on fait un album ensemble et ça ne nous empêche pas après de repartir chacun de notre côté faire quelque chose. Si on a envie de continuer à collaborer de temps en temps sur un morceau, ça ne nous empêche pas de le faire. On n'a pas encore de plan, mais c'est probablement ce qui va se passer: on va se concentrer ensuite sur d'autres projets à nous et continuer à collaborer une fois de temps en temps quand les choses se mettent bien", prédit Konoba, approuvé plusieurs fois par R.O en cours de tirade.

Voyage, voyage, éternellement
Après avoir goûté à la richesse du monde, Olivier et Raphael n'ont pas vraiment l'intention de se poser en Belgique, d'autant que l'un a fait une rencontre en Italie, et l'autre en Géorgie. "On peut faire notre travail un peu partout dans le monde avec un petit peu de matos, on l'a prouvé avec ce projet. Pas grand-chose ne nous empêche d'aller explorer le monde si on en a envie", lance Konoba pour conclure.