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Madonna sort le flingue et les fesses mais ne convainc pas

Deux heures sous la pluie avec Madonna, au Heysel. Récit d'un concert décevant.

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Madonna était hier au Stade Roi Baudouin à Bruxelles. On savait qu'il restait des places à vendre, on ne se doutait quand même pas que la fosse serait à ce point peu remplie. La chanteuse a convaincu environ 35.000 fans de faire le déplacement. Dans un espace qui peut en contenir 50.000, mine de rien, la différence se fait vite sentir. Mais qu'importe, on était curieux de voir ce que la chanteuse avait dans le ventre.

A 53 ans, elle semble prête à tout pour garder sa place au sommet: à Berlin, elle s'est mise à pleurer sur scène, à Istanbul, elle dévoilait un sein, à Rome, elle montrait ses fesses... Le Stade se demandait donc à quelle sauce il allait être mangé. Pluvieuse, la sauce, déjà. Le concert a débuté sous un fin crachin pour se clôturer sous une drache nationale habituelle.

Madonna a ouvert les festivités sur Girl gone wild, l'un des singles de son dernier album, flop intégral au niveau des ventes. Sortie tout droit d'une église, au son des cloches, la Madone a enchaîné les chorégraphies dignes des plus grandes scènes de combat de la saga James Bond. Elle a dégainé des flingues sur le sulfureux Bang Bang, a explosé la tête de ses danseurs, leur cerveau s'éclatant gaiement sur les grands écrans (un énorme, en toile de fond et deux de chaque côté de la scène).

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Papa don't preach, servi en version raccourcie et remixée (comme le seront tous les grands tubes, à notre grand regret), a mené Madonna vers le bûcher. La sorcière a repris du poil de la bête et a rassuré: "I'm gonna be ok, I don't care what the people say" (I don't give a en featuring avec Nicky Minaj, présente sur les écrans). La chanson se termine par un sans appel: "There is only one queen and it's Madonna". Permettez-nous d'en douter.

Pendant deux heures, on a eu l'impression d'écouter une seule et interminable chanson. Le remix électro permanent ne permettait jamais de reprendre son souffle: les chansons étaient balancées en vitesse, mélangées à d'autres, ne laissant aucun répit au Stade, aucune possibilité d'applaudir bruyamment entre les prestations. Pas de temps mort, pas de connivence non plus entre la star et son public. Excepté quand elle a constaté qu'il pleuvait franchement. "Vous avez fait vos prières?", a-t-elle demandé. "Moi, je prie pour que la pluie s'arrête. Enfin, vous n'en avez rien à faire que mes cheveux soient en désordre, n'est-ce pas?" Et sollicitant un bonhomme au premier rang: "Toi si, tu en as quelque chose à faire? Alors que tu n'as pas de cheveux sur la tête. Fuck off!"

Madonna, c'est ça aussi: un soupçon de vulgarité. Qu'on a retrouvé dans les chansons mixées Erotica et Candy Shop où elle jouait la mère maquerelle, pelotant ses danseuses en nuisette, caressant les parties intimes de ses danseurs masculins pour, quelques minutes plus tard, ôter son corset aux seins pointus, puis sa chemise blanche, puis... son pantalon. Madonna a offert ses fesses nues et son string noir aux grands écrans du Stade pendant de longues secondes, histoire qu'on puisse bien admirer le matos...

Elle a enchaîné avec un Like a virgin ondoyant, trop lent: couchée sur scène, sous un parapluie, elle s'est tortillée en gémissant tout au long de la chanson. Pendant ce temps, on tentait de se remettre de la vision de son derrière dénudé. C'est qu'à 53 ans, cette provocation-là, elle ne passe plus très bien. Lady Gaga et ses excentricités, ses stripteases permanents, sa jeunesse est passée par là. Madonna ne peut pas rattraper le temps. On la préfère définitivement habillée comme une dame que déguisée en majorette (sur Gimme all your luvin' mixée avec Born this way, de sa jeune rivale) ou à poil.

Marine Le Pen toujours présente en vidéo
Niveau provocation, précisons encore que Madonna n'a toujours pas enlevé la tête de Marine Le Pen de son montage vidéo, malgré l'agacement de la politicienne du Front National. Elle joue samedi au Stade de France. On devrait donc encore en entendre parler.

Enfin, tandis que le Stade était éreinté par la pluie et que certains rentraient déjà chez eux, elle nous a servi un vrai tube, sans chichis, aux sonorités années 80, accompagné d'un beau gospel: Like a prayer a décollé les gens de leurs sièges dans les gradins et a fait danser la fosse. Il a donc fallu la fin de concert pour se rappeler pourquoi on était là, à se faire mouiller jusqu'aux os. Madonna sait mettre le feu quand elle se contente d'être elle-même, sans essayer de paraître plus jeune qu'elle ne l'est en réalité.

Madonna n'a pas attendu de savoir si les gens étaient contents de leur soirée: elle a quitté l'enceinte du Stade avant la fin du dernier morceau (Celebration), la voiture aux vitres teintées encerclée par des motards. Les applaudissements un peu mous auraient risqué de plomber son moral de winneuse, autant donc les éviter. Cette froideur et ce manque d'intérêt pour ceux qui se sont ruinés pour ce concert ne font évidemment pas remonter le show de Madonna dans notre estime.

C'était décevant, inutilement provocant et dénudé, musicalement faible, avec une set list ne faisant pas assez de place aux vrais tubes et des remix trop présents, vocalement fake, avec une voix déformée à l'extrême le plus souvent. There is only one queen and maybe it's Lady Gaga désormais?