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Milow © Kevin Zacher

Milow: “Mon père ne me prenait jamais dans ses bras”

Sur la pochette de son dernier album, “Lean Into Me”, Milow pose fièrement devant un panier de basket. Un clin d’œil à l’idole de son adolescence, Michael Jordan, et aux copains qu’il a dribblé sur son terrain de jeu favori. Car, sur cet opus, qu’il a voulu très personnel, le chanteur belge (38 ans) se livre sans fard sur les temps forts de sa vie. Un peu comme il l’aurait fait avec un copain... Interview.

L’amitié, c’est un peu le fil conducteur de cet album. Correct?

“Oui. D’ailleurs, je ne me suis entourée que d’amis pour enregistrer “Lean Into Me”. Ils m’ont rejoint en studio à Los Angeles, où je vis six mois par an, et on s’est éclatés.”

Quel genre de copain êtes-vous?

“Quand ma carrière a explosé, je n’ai pas été un très bon copain. J’organisais une fête en fin d’année pour réunir tout le monde. C’était assez superficiel. Mes amis ont compris qu’avec mon emploi du temps, je ne pourrais plus les voir autant qu’avant. J’étais frustré qu’ils me trouvent des excuses (sourire). Puis, on a tous passé le cap de la trentaine et, à cet âge-là, voir ses copains n’est plus une priorité. On se concentre davantage sur son couple, sa vie de famille, son job. Sur ce disque, j’avais aussi envie de rappeler l’importance de préserver ses amitiés. J’ai la chance d’avoir gardé les potes que j’ai rencontrés à l’école ou à l’université et d’avoir fait de nouvelles rencontres à Los Angeles et dans les villes où je voyage pour le boulot. Aujourd’hui, je pense avoir réussi à trouver un bon équilibre entre ma vie sociale et ma carrière.”

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On devrait tous oser demander de l’aide et l’accepter sans en avoir honte

Les copains, ils sont là aussi pour nous filer un coup de main en cas de besoin, comme vous le chantez sur “Help”...

“Oui. On a tendance à garder nos problèmes pour nous. Sur les réseaux sociaux, on ne montre que les choses positives de notre vie, tout ce qui a un côté spectaculaire. Et, finalement, personne ne parle de ses soucis, comme s’il y avait quelque chose de honteux à dire que l’on ne va pas bien ou qu’on voit un psy. Personnellement, voir que d’autres personnes puissent traverser les mêmes moments de doute que moi, ça m’aurait aidé à une période de ma vie. En 2009, quand mon père est décédé alors qu’il n’avait que 53 ans, j’aurais sans doute eu besoin de suivre une thérapie... C’était une époque très paradoxale pour moi. D’un côté, j’étais euphorique parce que ma carrière commençait à décoller, mes concerts étaient sold-out. Et, de l’autre, j’étais dévasté et très malheureux parce que je venais de perdre mon père. Alors, je me suis plongé dans le travail pour oublier. Tout est lié. Sans cet événement dramatique, je n’aurais peut-être pas bossé autant et je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui. Qu’on ait perdu un proche, son job ou qu’on fasse un burn out, on devrait tous oser demander de l’aide et accepter qu’on nous aide sans en avoir honte.”

Sur cet album, vous évoquez aussi la relation conflictuelle que vous aviez avec votre père...

“Il n’était pas très affectueux. Il ne me prenait jamais dans ses bras, ne me disait pas qu’il était fier de moi ou qu’il m’aimait. Heureusement, ma mère, c’était tout le contraire. Elle voulait qu’on s’ouvre, qu’on parle de nos sentiments. Mon père, lui, était très autoritaire. Et, d’un autre côté, c’est lui qui m’a donné envie de devenir musicien, qui nous a permis d’avoir des instruments à la maison. Quand j’ai sorti mon premier album, il a été très dur, très critique. Rien n’était assez bon. Il assistait quand même à mes concerts. Il est décédé un mois après la sortie de mon deuxième album, “Coming of Age”, qu’il a adoré. Il est parti sans aucun regrets. Avec le recul, je ne lui en veux pas d’avoir été le père qu’il a été. C’était propre à sa génération. Son père, avant lui, était encore plus stricte. Et, quand je vois mes potes qui sont parents aujourd’hui, ils ont une relation très différente avec leurs enfants. Jamais ils ne leur diraient, comme mon père le faisait avec mes frères et moi, qu’un homme ne doit pas pleurer. Il n’a pas voulu mal faire, tout ce qu’il souhaitait, c’était nous mettre sur le droit de chemin. Je regrette que notre relation ait été aussi compliquée. J’aurais dû lui parler, prendre le temps, ne pas reporter au lendemain ce que j’aurais pu lui dire quand il était encore temps. J’étais obnubilé par ma musique et rien d’autre ne comptait.”

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Laura m’a prouvé que je pouvais mener de front ma carrière et ma vie sentimenta­le

C’est la première fois que vous évoquez votre petite amie, Laura, alors que vous êtes ensemble depuis dix ans. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps?

“Parce qu’elle n’a pas choisi d’être exposée publiquement. J’essaye de préserver ma vie privée. J’ai écrit un tas de chansons pour Laura mais, jamais directement. J’ai voulu cet album honnête, personnel et authentique et c’est pour cette raison que j’ai accepté d’officiellement lui dédier cette chanson qui porte son prénom. Elle a adoré le morceau. Laura m’a prouvé que je pouvais mener de front ma carrière et ma vie sentimentale. Avant elle, j’ai perdu pas mal de petites amies parce que je ne voulais faire aucun sacrifices. La musique, c’était ma priorité. J’étais un jeune artiste et je voulais me faire un nom.”

Sur la pochette de l’album, vous jouez au basket. Vous rêviez d’être pro?

“Ado, oui. J’étais fan de Michael Jordan. J’avais des posters de lui placardés sur les murs de ma chambre. Il me rappelle cette époque, où à 14 ans, tu peux encore croire que tout est possible. À cet âge-là, tu peux devenir qui tu veux : docteur, astronaute ou basketteur. C’est encore possible de croire que tu mesureras un jour deux mètres (rires). On ne s’en rend jamais compte sur le moment même mais c’était l’une des périodes les plus heureuses de ma vie.”

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Milow, "Lean Into Me" © DR

L’une de vos nouvelles chansons s’appelle Houdini. Ça vous plairait de vous échapper, de retourner à cette époque?

“On a tous déjà eu envie de nous échapper mais la vie finit toujours par nous rattraper. Prenons l’exemple de ma grand-mère, elle a beaucoup souffert d’être fille unique. Du coup, pour échapper à sa solitude, elle a eu 15 enfants. Mais, quand on a autant d’enfants, finalement, on ne parvient à créer des liens très forts et intimes avec chacun d’eux. On s’assure juste qu’ils aient bien mangé et bien dormi. À la fin de sa vie, elle s’est donc à nouveau retrouvée très seule.”

“Lean Into Me” (Sony Music). En concert le 15/2 avec l’orchestre philharmonique d’Anvers et Matt Simons à la Lotto Arena. Infos et réservations: www.teleticketservice.com