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Renan Luce © Docs.presse

Renan Luce revient: "On ne guérit jamais tout à fait d'une rupture"

Nouvel albumAprès cinq années d’absence, Renan Luce est de retour avec un quatrième album éponyme dans lequel il s’épanche avec tendresse et nostalgie sur sa rupture amoureuse avec Lolita Séchan, la fille de Renaud. L’interprète de La lettre et des Voisines signe ici la bande originale orchestrale de sa vie amoureuse. Rencontre...

Renan, vous aviez disparu des écrans radars... Où étiez-vous?

“Après la tournée de mon dernier album (D’une tonne à un tout petit poids, Ndlr), j’ai monté un spectacle avec mon frère, Damien (Bobines, Ndlr). Puis, je me suis séparé et, au gré de ce tumulte du cœur, j’ai pris le temps d’écrire cet album. J’ai écrit une première chanson sur ma rupture, qui en a amené une deuxième, puis une troisième et ainsi de suite. Au départ, je ne souhaitais pas écrire un album sur cet unique sujet...”

Qu’est-ce qui a changé?

“Dès que je me croyais guéri, une nouvelle blessure s’ouvrait. J’ai commencé par écrire des chansons très amères, parce que je n’avais pas assez de recul. Je retournais le couteau dans la plaie, je me faisais mal. J’ai fini par digérer les choses, à les regarder avec plus de détachement jusqu’à me sentir enfin prêt à porter cette mise à nu.”

“J’ai conscience de ne pas être dans l’air du temps”

La couleur musicale de cet album est très différente de ce que vous nous avez proposé jusqu’ici puisque vous êtes accompagné par un orchestre... 

“Le style musical des années 60 a toujours fait partie de mon ADN. L’orchestre est un poumon, c’est la caisse de résonnance des émotions. Il fallait que je sois accompagné par une forme musicale forte pour porter des sujets aussi personnels avec le plus de sincérité possible. Je ne considère pas cet album comme un album symphonique ou conceptuel. Il correspond simplement à l’état d’esprit dans lequel je me trouve aujourd’hui. Alors, oui, j’ai pleinement conscience de ne pas forcément être dans l’air du temps, mais j’assume. Quand on fait les choses avec sincérité, on évite l’écueil des regrets.”

Qui est Renan Luce, version 2019?

“J’ai envie d’être porté par des musiques virevoltantes qui se mettent au service de mes émotions les plus profondes. Je suis papa. J’ai les mêmes problèmes que tout le monde. J’ai parfois un côté défaitiste mais je reste surpris par la beauté des gens que j’aime observer.”

Sur cet album, deux chansons se répondent: Enfant des champs et Citadin. Lequel des deux êtes-vous?

“Les deux. Mon enfance à la campagne me manque mais, aujourd’hui, j’habite en ville. Voir les saisons changer, les oiseaux migrer, me sentir proche de la nature, etc. Ce sont des sensations qui me sont presque étrangères aujourd’hui. Mais bon, je n’ai pas pour projet de retourner vivre à la campagne. Ce n’est pas d’actualité.”

Qu’est-ce qui vous retient?

“Ma fille (Héloïse, Ndlr), qui vit à Paris. Puis, soyons honnête, si j’avais l’occasion de partir, le ferais-je vraiment? Je n’en suis pas sûr. J’aime beaucoup ma vie et je me suis habitué à ce tumulte.”

Citation

“Il ne faut pas regarder bien loin pour ne plus avoir confiance en l’Homme. C’est décourageant.”

Pourtant, vous chantez être tenté de voguer vers le Point Nemo, l’endroit le plus éloigné de la terre émergée...

“J’ai écrit cette chanson après l’élection de Trump. J’étais déçu par le peuple américain, capable de si grandes choses mais aussi des pires absurdités. Mais, en fait, il ne faut pas regarder bien loin pour ne plus avoir confiance en l’Homme. C’est parfois décourageant et on pourrait avoir envie de se faire misanthrope et de se dire: “Ok, je me tire.” Heureusement, ces pensées sont fugaces et il y a 1001 autres raisons, bien plus fortes et plus belles, auxquelles se raccrocher, qui nous donnent envie de nous battre et de rester.”

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Renan Luce © Docs.presse

Sur Berlin, l’une des chansons de cet album, vous faites le parallèle entre cette ville, longtemps séparée par un mur, et cette petite fille dont le “sommeil a deux adresses”. Ce titre s’adresse à votre propre fille?

“Oui. Après notre séparation, nous avons fait très attention à garder un lien très fort pour notre fille. Puis, c’est devenu très naturel. On a toujours beaucoup d’affection l’un pour l’autre. Elle s’exprime de façon presque quotidienne. On a besoin de partager des choses. J’ai l’impression que notre fille est épanouie, qu’on lui a construit un bel équilibre instinctivement.”

Vous dressez le portrait d’”Un mec qui boit du champagne à 15h”, c’est vous?

“Non, cette image fait référence à mon incapacité à lâcher prise, à me laisser porter. C’est Pierre-Dominique Burgaud, dont je suis très admiratif, qui m’a écrit cette chanson après qu’on eut croisé deux jeunes femmes en train de boire du champagne à 15h. On s’est dit qu’on ne pourrait jamais (sourire).”

L’album se conclut sur un “A bientôt”. On vous reverra donc prochainement?

“C’est un “A bientôt” que je m’adresse à moi-même, pour accélérer mon processus de guérison... Même si je crois qu’on ne guérit jamais tout à fait. Un peu comme un présentateur météo qui prêcherait le beau temps pour qu’il arrive... C’est ma façon de faire la paix avec celui que j’étais.”

Le nouvel album de Renan Luce sera disponible le 24 mai. 
En concert le 14/12 au Cirque Royal. Infos et réservations: 
www.ticketmaster.be

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