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Samir Barris revient pour une nouvelle saison

interview + écouteLe chanteur belge Samir Barris retrouvera son public ce jeudi soir à la Rotonde du Botanique, à Bruxelles, à la veille de la sortie de son troisième album personnel, intitulé "Fin d'été" et annoncé par le single "Bonnes vacances", venant combler un fossé laissé ouvert depuis 2009 dans ce champ de sa discographie. Lors d'une interview matinale dans son "stam café" schaerbeekois, le musicien a évoqué les poèmes et sentiments qui colorent l'album, ses envies d'autres lieux et projets, ses activités destinées au jeune public et la pression liée à son retour dans la cour des grands enfants. Il nous a aussi glissé que le répertoire de son ancien groupe Melon Galia allait prochainement ressortir en vinyle.

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Samir Barris, nouvel album "Fin d'été", sortie ce 30 mars © Team 4 Action
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"Plus personne ne lit de poésie aujour­d'hui, et certaine­ment pas de la poésie classique. Moi non plus, en fait. Mais je me rends compte que j'aime bien ça. Quand même, j'ai un rapport à ces textes (...) Au départ, il y avait presque un pari de feuilleter une anthologie et de -poème par poème- tenter quelque chose."

Samir Barris
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"J'aimerais bien monter un projet -peut-ê­tre pas autour de ce répertoire-ci, mais plus tard- qui serait destiné aux églises. Avec une musique vraiment adaptée, mais qui ne soit pas une musique d'église, par contre. Réfléchir à quelque chose où on pourrait réinvestir des églises pour faire de la musique profane."

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"J'aime bien passer d'un projet à l'autre et j'aimerais même en avoir plus, en fait. La plupart des gens avec lesquels je joue, ce sont des gens qui me frustrent, parce que eux, ils ont huit ou neuf projets. Ce qui est assez difficile à faire quand on est porteur de projet, comme je le suis, parce qu'il y a toute une énergie à mettre en plus que juste dans les répétiti­ons et les concerts. J'aimerais bien avoir un groupe de bluegrass, par exemple. J'aimerais bien jouer de la batterie dans un groupe, ce que je n'ai plus l'occasion de faire."

Samir Barris


Plus de huit ans ont passé depuis le dernier album signé en votre nom. Pour resituer un peu: quels autres projets vous ont occupé entre-temps?

Samir Barris: Il y a eu une bonne part pour le jeune public. Avec Ici Baba, que j'ai commencé en 2010, avec Catherine De Biasio. A mon avis, on doit être à mille concerts de ce projet-là, aujourd'hui. Deux disques. Et puis, un projet qui s'appelle Le Ba Ya trio, depuis pas longtemps, depuis un an et demi, qui est aussi un projet qui marche très, très bien en jeune public, qui est plus un concert familial, en fait. C'est un tour du monde en musique, c'est à la fois destiné aux enfants, mais ça parle aussi beaucoup -musicalement- aux parents, je pense. Et puis, il y a eu un groupe qui s'appelait Le Beau Geste, avec Séverine Cayron -alias Auryn et maintenant alias Valkø, puisque je sais qu'elle a encore changé de nom- et Nicholas Yates -qui m'accompagne sur scène, qui accompagne Séverine dans Valkø, et qui est dans Le Ba Ya trio aussi. Voilà, c'est à peu près tout. Il y a une partie de ce disque -une partie des poèmes mis en musique- qui est née suite à une proposition que j'ai faite aux Jeunesses Musicales pour les secondaires, qui était l'idée de faire entendre de la poésie autrement, en la chantant. On avait monté un répertoire d'une dizaine de poèmes, dont trois se retrouvent sur le disque. Après, j'ai continué à explorer ça, en créant d'autres chansons.

Dans le cadre des Jeunesses Musicales, quelles sont les réactions des adolescents face à cet univers de poèmes?

Samir Barris: C'était vraiment une belle expérience. Je pense que finalement, leur vécu n'est pas très différent du nôtre, à savoir que -sauf un petit nombre de personnes- plus personne ne lit de poésie aujourd'hui, et certainement pas de la poésie classique. Moi non plus, en fait. Mais je me rends compte que j'aime bien ça. Quand même, j'ai un rapport à ces textes. Et ça me permettait, moi, déjà, de les apprendre, et donc de les avoir tout le temps en moi. Je pense qu'un poème, c'est quelque chose qui se diffuse avec le temps. Et c'est pour ça que c'est assez difficile, quand on le lit une fois comme ça, ça peut vraiment laisser froid. Mais c'est vrai qu'en l'ayant en tête, par moment, des choses nous reviennent. Et en faire des chansons, ça permettait ça, parce que les chansons restent encore plus en tête, grâce à la mélodie. Et les ados arrivaient avec cette réflexion de dire: "C'est marrant, je ne pensais pas que Lamartine, ça pourrait me parler. Enfin, on avait vu ça à l'école, mais bon..." Donc, c'était un pari réussi.

Vous revenez "en solo", mais bien entouré sur l'album. Avec quels musiciens avez-vous collaboré?

Samir Barris: Nicholas Yates, qui m'accompagne depuis le tout début de ma carrière de chanteur, donc qui était dans Le Beau Geste, qui est dans Le Ba Ya trio. Séverine Cayron, "Valkø", qui fait quelques choeurs sur le disque. Margaret Hermant, qui avait participé à la tournée Jeunesses Musicales des poètes. Benoît Leseure, violoniste du Ba Ya trio. Et alors, le batteur de ce disque-là, c'est le batteur qui avait fait les batteries sur le disque du Beau Geste. Alors, Catherine (De Biasio) est venue aussi, finalement, ce qu'on a fait ensemble, c'est devenu une chanson inédite, qu'on n'a pas gardée. Mais sur scène au Botanique, quand on le présentera le 29, Catherine sera là, à la batterie, justement.

Pour la release au Botanique, des invités sont annoncés. Ce sera uniquement les musiciens présents sur l'album ou il y aura d'autres gens?

Samir Barris: Non, a priori, les invités, ce sera justement tous ces gens-là, avec Catherine en plus, puisque Catherine n'était pas vraiment sur l'album.

Où, quand et comment s'est passé l'enregistrement de l'album? En partie à domicile, je crois...

Samir Barris: Oui. C'est un enregistrement un peu... un peu dispersé... dans le temps. On s'est vus une première fois il y a déjà pas mal de temps: j'avais loué une maison dans les Ardennes, j'avais invité quelques copains musiciens, on avait commencé à travailler sur le répertoire, puis j'avais abandonné. En fait, j'ai pas mal tergiversé à faire ce disque. J'ai eu beaucoup de mouvements, en me disant: "Non, ça ne m'intéresse plus de faire des disques". Et puis, il y a eu un nouveau moment de concentration, et du coup, j'ai recommencé à rappeler des gens. Ca s'est beaucoup fait chez moi, et dans des maisons d'amis, quand il y avait besoin d'espaces un peu plus grands. Après, à un moment, tout a commencé à s'accélérer. Je suis allé le mixer dans la Loire, chez Gilles Martin, qui avait déjà mixé mon premier disque ("Quel effet?", 2006). Et on l'a masterisé chez Remy Lebbos, qui est le chanteur d'Atome, qui est aussi un très bon ingénieur du son.

Après une vingtaine d'années de carrière, pourquoi le choix de l'autoproduction?

Samir Barris: J'ai l'impression que c'est presque devenu une culture. Presque tous mes souvenirs de disques sont liés à l'autoproduction. Melon Galia, c'était de l'autoproduction. Mon premier album, c'était de l'autoproduction. Il y a mon deuxième album qui est un peu une exception, puisque j'avais signé avec Team 4 Action ce contrat d'artiste, mais en fait, c'est le seul, parce que Ici Baba, c'est de l'autoproduction, Le Beau Geste, c'était de l'autoproduction. Donc ce n'est pas revenir vraiment, c'est juste continuer un processus qui s'était interrompu sur un disque, et où ça ne m'avait pas tellement convaincu de l'autre système, on va dire. Je pense que j'aime bien travailler à ma façon, être complètement libre des gens avec lesquels je travaille, de mon agenda, ... Et donc ici, je suis allé jusqu'au bout de la production, et après, je suis juste allé voir des gens et je leur ai proposé. Là, Team 4 Action, qui avait produit mon deuxième disque, a dit: "Ben, on le prend en licence". Ca me convient assez bien.

Ronsard, Hugo, Verlaine, ... Comment est-ce qu'on se tourne vers des auteurs classiques? Et comment s'est fait le choix des poèmes mis en musique?

Samir Barris: Au départ, il y avait presque un pari de feuilleter une anthologie et de -poème par poème- tenter quelque chose. Et en fait, je me suis rendu compte qu'il y en avait vraiment pour lesquels ça ne marchait pas. Et puis, de temps en temps, il y en avait un où je me disais: "Ah, oui, là..." Alors, je ne sais pas si c'est dû juste à mon rapport à moi à ce poème-là ou bien si c'est la musicalité spécifique du poème qui fait qu'il pouvait donner quelque chose. Ca, ça a été pour la première étape. Après, ce qu'il y a, c'est que j'ai commencé à faire résonner les poèmes entre eux, ou mes chansons et les poèmes, donc il y a eu plus un choix en fonction des thématiques. Comme j'avais un matériel assez important, j'ai commencé à réduire, mais aussi à chercher des nouvelles choses, pour avoir un album relativement cohérent dans le propos.

Pourquoi ce choix de mélanger compositions et textes classiques? Pourquoi ne pas être parti sur un concept reposant entièrement sur cette forme poétique?

Samir Barris: J'y ai pensé, et puis... J'avais aussi des chansons (rires). En fait, ça m'a semblé intéressant -parce que je l'avais déjà un peu fait en concert- de voir ce que ça pouvait donner de les mettre côte à côte. A la fois parce que ça me permettait de "me mesurer" -entre guillemets et très humblement- à ces textes-là, de quand même oser mettre ma signature aussi d'auteur à côté de Hugo ou autre et de faire résonner des époques aussi entre elles, mais toujours sur un même sentiment, celui de la nostalgie, de la mélancolie, le temps qui passe, cette réflexion-là. Ce qui m'intéressait aussi, c'est de me dire: "Tiens, est-ce que je peux faire en sorte que tout ça ait l'air extrêmement cohérent, malgré le fait que ce soit des poèmes qui peuvent sembler complètement datés au départ? Est-ce que quelqu'un qui ne serait pas très à même de la poésie à qui on ferait une écoute pourrait dire 'Ah tiens, ça, c'est de Samir Barris, et ça, c'est...' (d'un poète)?" J'ai l'impression que j'ai réussi un peu à brouiller les pistes de ce côté-là, par le fait que c'est moi qui compose toutes les musiques et donc fais sonner les choses à ma façon.

A propos de la reprise de "Septembre", vous avez une affinité particulière avec le répertoire de Barbara ou c'est surtout avec cette chanson?

Samir Barris: C'est un peu des deux. C'est-à-dire que j'aime bien Barbara, sans être un grand connaisseur de son répertoire, mais c'est quelqu'un qui me touche, comme auteure, comme interprète. Et alors, il y a eu un "flash" sur cette chanson-là. Je l'ai entendue par hasard dans un générique de film, il y a quelques années. Je ne connaissais pas cette chanson de Barbara.

C'était quoi, le film?

Samir Barris: Mais je ne me souviens plus! C'était un très joli film... C'était une histoire... Il y avait deux frères qui étaient amoureux de la même... Enfin, non, une histoire avec deux couples qui se mélangent, comme ça. J'ai essayé de retrouver l'info et je n'ai pas réussi (après recherche, il s'agit vraisemblablement du film "Mademoiselle Chambon", de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain, ndlr). Mais le générique de fin, c'était cette chanson de Barbara. Qui m'avait touché et qui, justement, au moment de composer le disque, me semblait très, très bien marcher dans ce rapport à la fois avec la mélancolie, mais il y avait aussi le thème du départ, qui est assez présent sur le disque, le thème de la mer, enfin, du voyage, qui est assez présent aussi. Donc, elle synthétisait presque tout ce qu'il y avait autour. C'est pour ça aussi que j'ai pris "Fin d'été" comme titre (de l'album), parce que la chanson de Barbara commence "Jamais la fin d'été n'avait..." (paru si belle) Je me suis dit: "Bon, la fin d'été, le début de l'automne..." Il y a quelque chose qui revient aussi dans plusieurs chansons, qui évoque aussi la mélancolie, il me semble, c'est un moment de l'année un peu mélancolique. Donc, ça me semblait vraiment un pivot, cette chanson-là.

Parmi les concerts programmés, l'un se passe dans une église, l'autre est présenté comme une "sieste acoustique". En quoi la formule église diffère d'une prestation habituelle de Samir Barris et en quoi la sieste consiste-t-elle exactement?

Samir Barris: Je pense qu'on va se laisser surprendre un peu. J'ai déjà joué dans des églises et j'aime beaucoup ça. On est obligés de faire très attention au volume auquel on joue, donc généralement, on ne joue pas trop fort, parce que l'église sert de caisse de résonance. Du coup, on ne va pas tout à fait faire le même concert, à mon avis, que ce qu'on fera par exemple au Botanique. J'ai la chance de jouer avec des musiciens avec qui j'ai déjà beaucoup joué, et donc, on peut se permettre d'aviser, en fait, et donc de se dire: "On va faire ça plutôt comme ça". Enfin, de décider vraiment sur le moment. Et la sieste acoustique, là, c'est du solo. C'est la première fois que j'animerai une sieste acoustique. Je pense que là, je vais être très, très libre, et donc pas jouer que mon disque, mais sans doute jouer des reprises aussi, en essayant de faire quelque chose de doux et de varié.

C'est dans un esprit "séance de relaxation"?

Samir Barris: Oui, je pense que les gens sont assis dans des poufs, dans des transats, la lumière est tamisée, ... Ce qui est assez intéressant dans ce projet, c'est que ce n'est pas une configuration où on est face au public. En fait, c'est un peu presque comme chez le psy (rires): les gens sont installés et ne te regardent pas. Ils peuvent te regarder si ils veulent, ils peuvent tourner la tête, mais ils peuvent aussi fermer les yeux, être dans leur monde. Et donc, j'aime aussi bien cette idée d'accompagner les gens mais sans être forcément le centre de l'attention. Et je pense que, du coup, ça laisse un tout petit peu plus de liberté, justement.

Est-ce que ces deux concerts un peu originaux dévoilent une envie de sortir d'une routine classique ou c'est un hasard de calendrier?

Samir Barris: Disons que c'est un hasard qui rencontre une envie (rires). Je suis très ouvert à ce genre de choses. Par exemple, on parlait des églises: justement, j'aimerais bien monter un projet -peut-être pas autour de ce répertoire-ci, mais plus tard- qui serait destiné à ce genre de lieux. Avec une musique vraiment adaptée, mais qui ne soit pas une musique d'église, par contre. Réfléchir à quelque chose où on pourrait réinvestir des églises pour faire de la musique profane, mais qui se prête quand même à être chantée dans les églises. Et puis, les lieux insolites, oui. Je pense que quand on joue beaucoup comme ça, on a des souvenirs marquants de concerts, et souvent, ils sont quand même liés finalement à des lieux un peu étonnants, qui ont leur propre énergie et qu'on va rencontrer.

A part les églises, vous pensez à d'autres endroits?

Samir Barris: Avec mes projets jeune public, on est habitués. Récemment, j'ai joué sur une péniche, à Liège, "Le Ventre de la Baleine", une magnifique péniche. Jouer sur l'eau comme ça, c'était superbe. On a joué dans un ancien ermitage qui a été transformé en école primaire, dans un petit village, un des plus beaux villages de Wallonie, je crois: Celles, dans le Namurois. Là, c'était aussi une ambiance absolument fantastique. Comme ça, je ne retrouve pas, mais je sais que je me suis déjà retrouvé à jouer dans des lieux associés à des professions, des choses comme ça: des anciens garages, des trucs comme ça.

Dans les mois qui viennent, vous allez mener de front votre projet solo, Ici Baba et Le Ba Ya trio?

Samir Barris: Oui. En fait, ça semble... Enfin, ça n'a rien de particulier. Je pense, hein. C'est-à-dire que ce qui est finalement plus artificiel, c'est ce qui a pu m'arriver avant: c'est de sortir un disque et de n'avoir qu'un seul projet, et du coup, d'attendre le samedi soir pour jouer. Là, moi, j'ai une vie de musicien assez remplie et elle va juste être un peu plus remplie. Je suis heureux de ne pas être dans cette situation-là, c'est-à-dire d'avoir un seul projet dans lequel tout est investi. J'aime bien passer de l'un à l'autre et j'aimerais même en avoir plus, en fait. La plupart des gens avec lesquels je joue, ce sont des gens qui me frustrent, parce que eux, ils ont huit ou neuf projets. Ce qui est assez difficile à faire quand on est porteur de projet, comme je le suis, parce qu'il y a toute une énergie à mettre en plus que juste dans les répétitions et les concerts. J'aimerais bien avoir un groupe de bluegrass, par exemple. J'aimerais bien jouer de la batterie dans un groupe, ce que je n'ai plus l'occasion de faire. Voilà. Mais ça fait partie d'une espèce de liste de choses: "Tiens, l'année prochaine, il faudrait que j'arrive à avoir tel projet".

Qu'est-ce qui vous avait conduit à vous tourner vers le jeune public?

Samir Barris: En ayant des enfants. C'est vraiment ça qui a été le déclic. Quand Ici Baba, le premier ("Chat qui se cache", 2010), est sorti, ma fille aînée avait cinq ans. Les enfants sont très intéressés, forcément, par la musique et par ce que font leurs parents dans la vie, donc ma fille était très curieuse, et j'avais un peu de mal, parce que je ne pouvais pas vraiment l'emmener aux concerts. Elle essayait de chanter mes chansons, mais je voyais qu'elle avait un peu de mal, elle ne comprenait pas très bien. Puis, la musique qu'on écoutait ensemble, c'était de la musique pour enfants aussi, parfois. Du coup, j'étais un peu curieux du genre. Et comme j'avais tourné avec les Jeunesses Musicales, à l'époque, pour les ados, c'est eux qui m'ont dit: "Tiens, tu as un enfant, tu vas en avoir un deuxième, ça ne te questionne pas? Tu n'as pas envie d'essayer de proposer?" En fait, je n'y avais jamais pensé, mais ça a été une révélation quand ils me l'ont dit, et donc, très vite, j'ai monté un petit répertoire. Et il y a vraiment eu un déclic en moi lors des premiers concerts. Je me suis vraiment senti bien dans ce rôle-là.

Quand on s'adresse à un public plus jeune, à quoi faut-il faire attention, que ce soit sur disque ou sur scène?

Samir Barris: Sur disque, rien de particulier. C'est très similaire. Pour moi, c'est presque la même chose que de faire un disque sous le nom de Samir Barris ou Le Beau Geste. C'est juste le répertoire qui est différent, et sans doute le niveau de langage des textes. On est plus dans une approche de la langue, encore plus poétique, mais en essayant d'être très simple. On va se rapprocher presque des haikus japonais. Quelque chose qui peut être mémorisé assez facilement, avec des répétitions. Moi, c'est fait assez spontanément. Par contre, en concert, c'est vrai que le public d'enfants est un public dont la capacité d'attention est plus restreinte. Il ne faut pas leur demander de rester assis. En fait, on est obligés de créer des concerts très, très rythmés dans les alternances de morceaux. Il n'y a pas de répit. Il faut chaque fois les surprendre. Et ça, ça a plus été un apprentissage, en essuyant les plâtres avec des concerts qui marchent moins bien, en disant: "Tiens, mais comment ça se fait? A ce moment-là, il y a vraiment un creux". Mais du coup, ça me sert aussi dans mon approche de la musique que je vais jouer pour des... C'est toujours bizarre parce que alors, je dois dire de la musique "pour adultes", mais ce n'est pas vraiment de la musique pour adultes, on va dire de la musique "jouée en soirée"... Ca me sert aussi parce que, du coup, mon attention à cette question-là, la question du rythme du concert, est aiguisée.

Est-ce qu'il y a une appréhension à revenir dans la cour des grands ou des adultes?

Samir Barris: Pas tellement pour les concerts, parce que, de fait, j'ai passé toutes ces dernières années sur scène, et je n'ai pas l'impression que ça va être très différent. J'ai continué à jouer occasionnellement des concerts pour adultes. C'est plus, effectivement, la manière dont le monde professionnel perçoit un disque dans ce répertoire-là qui est très différente, et du coup, qui me met une pression beaucoup plus importante. Parce que quand je sors Ici Baba, en gros, je ne m'attends pas à faire des interviews, je ne m'attends pas à passer à la radio, ... Ce ne sont jamais des événements très marqués, c'est-à-dire que le disque sort, et puis on fait des concerts, et puis ça marche bien, et puis il y a un journaliste qui appelle, qui veut faire un papier, ... Il y a quelque chose de très diffus et qui se passe de manière assez naturelle, on va dire. Alors que c'est vrai que là, je retrouve ce moment un peu... un peu... un peu stressant de sortie de disque, où les choses se jouent sur un mois, deux mois, qui est, en fait, assez artificiel, mais c'est comme ça que ça fonctionne dans le monde de la musique tout public. Je ne vais pas changer les choses (rires).

Avec une impression d'être attendu?

Samir Barris: Oui, quand même. Oui. Ce n'est pas désagréable, et en même temps, c'est un peu perturbant, parce que j'ai l'impression de ne pas être parti. Je faisais d'autres choses. Mon disque précédent ("Tenter l'atout"), c'était 2009, donc ça fait neuf ans, en fait, et ça ne me semble pas si loin. Donc, il y a quelque chose d'un peu vertigineux de se dire: "Ah bon! Neuf ans?" Enfin, moi, j'ai l'impression que c'était il y a deux ou trois ans. C'est juste qu'il y a eu beaucoup de choses qui se sont passées dans ma vie professionnelle et dans ma vie privée. Le temps passe vite.


La release de l'album "Fin d'été" aura lieu ce jeudi soir à la Rotonde du Botanique, avec en première partie Grande Ourse, le duo francophone de Lionel "Solveigh" Detry et Juliette Van Peteghem, dont le premier EP "Portraits crachés" est paru plus tôt ce mois-ci. Samir Barris sera à l'affiche du festival Give Music a Chance, le samedi 26 mai sur le campus du château d'Argenteuil, à Waterloo. Il animera deux séances de sieste acoustique dans l'après-midi du dimanche 24 juin au concept store Maison rouge, à Saint-Symphorien. L'album "Les Embarras du quotidien" de Melon Galia, sorti en 2001, fera l'objet d'une réédition en double vinyle avec les inédits des EP avant l'été via le label Humpty Dumpty Records, qui va lancer une campagne de précommande. Une reformation pour l'occasion ne semble pas exclue.

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