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"Sans juger Diam's, moi, je n'ai pas besoin d'un foulard pour ressentir ma religion"

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Chimène Badi avait besoin d'une pause. Elle s'est donc arrêtée trois ans. Du temps qu'elle a mis à profit pour se remettre à vivre, voir ses proches, penser à autre chose qu'à la musique et consolider son amour avec Vincent, devenu son manager en cours de route. C'est sereine que Chimène, comme elle veut qu'on l'appelle simplement, revient sur le devant de la scène avec un nouveau disque, Laisse-les dire.

Vous voulez qu'on vous appelle juste Chimène désormais...
C'est ce que je voudrais mais après, on peut continuer à m'appeller Chimène Badi. En fait, dans la vie, tout le monde m'appelle Chimène. Chimène Badi, ça a un côté solennel qui me dérange par rapport à mon âge, à ma personnalité. Qu'on appelle le président Nicolas Sarkozy, je trouve ça normal. Moi, qu'on m'appelle Chimène, je trouve ça plus sympa. Pour qu'on comprenne bien que je suis tout sauf une diva. Ca, c'est une image qu'on m'a collé à la peau et qui est tout sauf ce que je suis. Ca me dérange un peu. A travers cet album, j'aimerais que mon public me connaisse un peu mieux. Je suis tout sauf une femme qu'on ne peut pas aborder.

Comment expliquez-vous que vous ayez une image de diva alors que vous ne l'êtes pas?
Ma maison de disque y est pour quelque chose. Quand vous avez des spots publicitaires pour un album dans lesquels on dit: "la diva sort
un nouvel album", ça vous colle à la peau. Je faisais partie des pseudos chanteuse à voix. Les chanteuses à voix sont toujours cataloguées de diva. Je pense que tout ça a été mélangé.

Chanteuse à voix, ça vous dérange?
J'assume d'avoir de la voix, d'avoir cherché parfois à faire des prouesses vocales, je continuerai sur scène. Ca me plait d'envoyer. Seulement, c'est quelque chose que je fais depuis le début, je me lasse un peu. J'avais envie de me rapprocher d'un chant propre à mon for intérieur. J'avais envie de faire autre chose. C'est une question de respect pour mon public, pour moi. J'aurais eu du mal de revenir au bout de trois ans de break avec la même chose.

Laisse-les dire comme premier single, c'était une entrée en matière évidente?
Oui. D'habitude, je ne choisis pas mon single. C'est quelque chose que je ne sais pas faire et je l'assume totalement, je n'ai pas le recul nécessaire pour ça. Mais pour Laisse-les dire, j'ai décidé que ça serait celui-là. Je voulais annoncer mon état d'esprit. Je m'en fiche de ce qu'on pourrait dire de ce que je suis, de ce que je représente. C'est pour faire un petit pied de nez à tous les médisants, la presse ou les anonymes, qui se reconnaîtront, qui m'ont critiquée.

Des critiques qui vont ont donné envie d'arrêter la musique?
Arrêter de faire de la musique non, mais elles m'ont en tout cas empêcher de faire de la musique à fond. Je mets ça sur le compte de la bêtise et le manque de maturité. Je me suis focalisée sur ces critiques-là au lieu d'apprécier tout ce que j'étais en train de vivre. Ces trois ans m'ont permis de me rendre compte de tout ça. C'est triste parce qu'au départ, si j'ai décidé de faire de la musique, c'est justement parce que ça me permettait d'être heureuse. Je me suis rendue compte après coup que j'étais plus souvent malheureuse qu'heureuse. Donc si je revenais avec un album, ce n'était pas pour revivre ça.

Vous déclariez qu'avant, vous viviez à travers votre travail et que maintenant, ça n'est plus le cas. Ca veut dire que votre vie aujourd'hui, elle est faite de quoi?
C'est une vie normale. J'ai retrouvé mes amis, ma famille, je vis avec mon copain. Je fais mes courses, je me balade. Je vis. Avant, j'étais à Paris, tout tournait autour de la musique et le soir, quand je rentrais dans mon appartement, je fermais la porte et j'étais toute seule, je n'avais rien d'autre. Je l'ai très mal vécu. Aujourd'hui, je vis à côté de Perpignan, j'ai retrouvé mes proches, la vie est plus belle.

Vous êtes tombée amoureuse de Vincent, qui est devenu votre manager. Vous n'avez pas peur d'en parler?
Je dis juste que je suis heureuse et que tout se passe bien. Je ne rentre pas dans les détails. On ne se cache pas mais en même temps, on ne montre rien. On a souvent refusé de poser ensemble pour des magazines. On protège notre couple. Je suis très heureuse avec lui, ça fait trois ans qu'on vit de très belles choses et ça s'arrête là, je n'en dis pas plus.

Vous n'avez pas de problème à évoquer vos origines algériennes. Que pensez-vous de la polémique autour du voile de Diam's?
C'est vrai que ça paraît un peu bizarre qu'elle revienne au bout de quelques années avec un nouvel album et qu'elle défende le port du voile alors que c'est complètement en désaccord avec ce qu'elle pouvait chanter auparavant. Après, je suis qui pour la juger? C'est son choix. Peut-être que c'est quelque chose de sincère, peut-être que c'est quelque chose de calculé pour un retour plus percutant. Je ne sais pas. Moi, ma religion est dans mon coeur, j'ai grandi avec, elle m'appartient. Je pense que Diam's n'est pas musulmane, donc c'est vrai que c'est bizarre. Si elle est bien comme ça, tant mieux pour elle. Moi, je n'ai pas besoin de porter un foulard pour ressentir et respecter ma religion.

Déborah Laurent

Chimène Badi sera en concert au Cirque Royal de Bruxelles le 28 octobre 2010. Infos et réservations sur www.cirque-royal.org