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Skip The Use © Ojoz

Skip The Use est de retour: "Nous ne sommes pas un groupe réac"

Trois ans après avoir annoncé leur séparation, Mat Bastard et Yan Stefani, les deux figures de proue de Skip The Use, sont de retour avec un nouvel album, “Past&Future” et une tournée rock’n’roll qui débutera à l’automne. Interview.

On croyait le groupe dissout. Quand vous êtes-vous retrouvés?

“Il y a deux ans. On a discuté de nos envies, des bases sur lesquelles on voulait reformer le groupe, des choses qu’on avait envie d’amener. On s’est séparés pour recommencer à zéro, apprendre des trucs chacun de notre côté, fonder une famille.”

L’album s’appelle “Past&Future”. Il y a des choses qui appartiennent désormais au passé que vous regrettez?

“Les groupes de rock de Seattle et Los Angeles qui passaient à la radio... Sinon, on ne regrette pas grand-chose. On est un groupe contemporain, pas réac’, pas nostalgique, qui regarde droit devant. Si l’album fait référence au temps qui passe, c’est parce qu’on a toujours souhaité que nos chansons soient une passerelle entre les différentes époques. Pour écouter cet album, il faut à la fois être ouvert aux riffs de guitare de la funk des années ‘70 et aux beats de trap de 2019. On n’a pas oublié Nirvana, ni même les Guns N’ Roses, mais on écoute aussi Post Malone.”

À l’inverse, que souhaitez-vous pour le futur?

“Que Yan ait encore plus d’enfants et qu’il continue de repeupler la planète (rires). Que la vie soit plus simple et que le téléphone portable n’existe pas.”

Citation

“Donald Trump, si tu lui enlèves Twitter, t’as l’impression qu’il ne sait plus s’exprimer.”

C’est pour que votre message soit encore plus impactant que vous avez choisi de chanter “Du bout des doigts”, un titre sur l’ambivalence des réseaux sociaux, en français ?

“On voulait surtout chanter en français car, grâce à des artistes comme Angèle ou Roméo Elvis, notre langue est à nouveau au goût du jour. Surtout auprès de cette jeune génération qui avait tendance à l’oublier. Une génération pour qui les réseaux sociaux jouent un rôle assez crucial, c’est une part tellement importante de leur vie. Pour tout le monde, en fait. Donald Trump, si tu lui enlèves Twitter, t’as l’impression qu’il ne sait plus s’exprimer. Ce qui nous intéressait, c’était surtout de pointer du doigt l’ambivalence des réseaux sociaux qui, d’un côté, ont réussi à unir les gens et qui, d’un autre, sont d’une extrême violence. C’est la porte ouverte à toutes les haines possibles et inimaginables, c’est l’anarchie totale. On trouvait que c’était un bon sujet de débat. On a toujours cherché à ce que nos chansons suscitent des prises de position.”

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Skip The Use © Ojoz

Pour la première fois, vous chantez l’amour. C’est un exercice nouveau pour vous...

“On ne s’est jamais senti à l’aise sur ce sujet. On n’était pas prêts à le faire. Ce qui a changé? On ne sait pas, on n’y a pas vraiment réfléchi. On est sans doute plus matures. En tout cas, on avait envie de mettre plus d’émotions sur cet album.”

Le premier extrait s’intitule “Damn cool”. Pour vous, c’est quoi “être cool”?

“Ce n’est en tout cas pas l’apanage d’une certaine catégorie de personnes qui jugent qu’elles sont importantes. Être cool, c’est se regarder dans la glace et être fier de soi, gonfler un peu sa confiance en soi. Ce n’est pas si difficile à faire quand on parvient à faire fi de l’environnement, de l’extérieur, qu’on s’affranchit du regard des autres.”

Vous rendez hommage à la Californie, où vous avez vécu durant votre break. Qu’est-ce que vous retiendrez de cette expérience?

“Nos collaborations. Avant de se rencontrer, on avait tendance à travailler chacun de notre côté mais, on a compris qu’en travaillant avec des copains, on pouvait faire des choses mortelles. La Californie, c’est un état qui subit énormément de clichés. C’est le siège des disparités, de la tolérance, de l’ouverture d’esprit.”

“Get Papers”, c’est un clin d’œil à vos filles respectives?

“Qui parviennent toujours à faire dépenser de l’argent à leurs papas. C’est tellement cool d’avoir des filles.”

Vous êtes nettement moins élogieux envers “Marine”. On parle bien de la même?

“On parle bien de la même. Marine Le Pen ne va malheureusement pas arrêter de faire de la politique suite à cette chanson mais, tant mieux, si elle a au moins le mérite de la faire chier. Ça ne sert à rien, mais ça fait du bien.”

Aujourd’hui, de quoi rêvez-vous?

“Que nos chansons vous donnent du courage, qu’elles vous fassent sourire, quand vous ne vous sentez pas bien ou un peu mélancoliques. On a écrit le morceau “Goal” (“But” en français, N.D.L.R.) en pensant à tous ces gens qui perdent leur boulot quand des usines ferment en France. Quand il t’arrive une tuile, il faut pouvoir se regarder dans la glace et se dire: “C’est parti, j’y vais.” Notre rêve, c’est que la musique de Skip The Use fasse ressortir ce côté combatif en chacun de vous.”

“Past & Future”, par Skip The Use, disponible à partir du 18 octobre (Universal Music). En concert le 8 décembre à l’Ancienne Belgique (Bruxelles). Infos et réservations: www.abconcerts.be