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Chantal Goya: "Je pense que je n'arrêterai jamais"

La chanteuse de "Bécassine" et du "Lapin" fêtera cet été ses 77 ans. Mais les fées n'ont pas d'âge. L'interprète de Marie-Rose remonte "Le soulier qui vole", son premier grand spectacle, écrit et mis en scène en 1980 par Jean-Jacques Debout, son mari. Nous l'avons rencontrée.

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Quand il n'y aura plus personne dans la salle, j'attrape­rai mon Chat botté par le bras et on ira ailleurs. On ira là-haut faire la fête sur un nuage

Chantal, quelle place ce spectacle occupe-t-il dans votre carrière?
C'est mon premier grand spectacle. À l'époque, je le jouais trois fois par jour: le matin, l'après-midi et le soir. C'était la folie! On a joué 150 représentations au Palais des Congrès à Paris, puis on est parti en tournée. Ça me tient à cœur de le rejouer parce qu'il rappelle beaucoup de souvenirs au public. On retrouve le Soulier, Bécassine, la Forêt d'Alsace, Animauville... Et tous les décors.

Pourquoi le recréer?
Parce que c'est un spectacle que mon jeune public ne connaît pas.

Comment avez-vous préparé ce retour?
Jean-Jacques Debout s'est occupé de l'artistique et moi de l'aspect technique. On a ajouté quelques-uns de mes autres tubes au spectacle: "Le Lapin", "Pandi-Panda", "Bécassine"... On a ajouté tous les animaux qui peuvent vivre dans la forêt.

Vous aviez gardé les décors et les costumes?
On ne peut pas garder les décors plus de dix ans, parce que la peinture, qui était très épaisse, s'effrite. Alors, on a créé de nouveaux décors en projections: la forêt d'Alsace, des cigognes qui volent... Grâce aux nouvelles technologies, on peut réaliser plein de choses. Et puis, il y a des éléments de décor durs qui ont été refaits.

Vous êtes sur scène depuis 1977. Cela fait 42 ans...
Je ne m'en étais pas aperçu. Ma mère disait toujours: "Oh, ça passe vite, le temps!"

Votre père, mort à 50 ans, ne vous a jamais vue sur scène. Vous le regrettez?
Bien sûr que je l'ai regretté. Il m'avait donné 20.000 FF pour enregistrer un disque. C'était "Adieu les jolis foulards". Et il ne l'a jamais entendu. Mais je sais qu'il est là! Je suis croyante, je ressens beaucoup les âmes autour de moi.

Vous êtes très croyante?
Ah oui! J'ai mes médailles. Regardez! (Elle les sort de son portefeuille.) J'ai Saint-Christophe, Saint-Antoine... Tout ce qui m'est arrivé a été dicté de là-haut.

Vous priez?
Oui! Pour que tout le monde soit heureux, évidemment. Chez moi, j'allume toujours une petite bougie.

Après vos spectacles, vous rencontrez votre public, très nombreux. Pourquoi est-ce important pour vous?
C'est la suite de toute notre rencontre. Je les ai rencontrés lorsqu'ils étaient petits. Et ils reviennent avec leurs enfants et ils me les présentent. Je suis comme un membre de la famille. Je ne vais pas me sauver, je reste avec eux. Et j'ai toujours fait ça.

Que vous disent les gens?
"Surtout, n'arrêtez jamais!" Quand il n'y aura plus personne dans la salle, j'attraperai mon Chat botté par le bras et on ira ailleurs. On ira là-haut faire la fête sur un nuage. Je pense que je n'arrêterai jamais. Tant que ça me plaît... Et au public aussi. Il ressent ce que je ressens.

Est-il vrai que vous ne mangez jamais avant de monter sur scène?
C'est vrai! Je veux savoir fermer ma robe. (Elle sourit.)

En Belgique, vous détenez un record...
J'ai joué 49 fois à Forest National, j'ai reçu un Ticket d'or, et je jouerai la 50e cette année.

"Le soulier qui vole", dimanche 3 novembre à 18h à Forest National.

Réservations: www.teleticketservice.com

"Ma mère ne m'a jamais dit qu'il fallait être malheureuse"

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Je ne veux rien acheter de cher. Mais, apparem­ment, ça fait de l'effet

Quel est le secret de votre forme?
Je ne fume pas, je ne bois pas, je dors beaucoup... Et je n'ai jamais fait régime. Je n'aime pas me priver! Et puis, surtout, je ne me prends pas la tête. Je suis optimiste depuis que je suis petite. Même quand ça n'allait pas, je tournais tout en bien. Parce qu'on me l'a appris. Ma mère ne m'a jamais dit qu'il fallait être malheureuse. Quand on est revenu du Vietnam, on n'avait rien, même pas un meuble, mais ça ne m'a pas perturbée.

Votre mari, lui, est plutôt un pessimiste. Comment le vivez-vous?
Je le laisse dans son univers. Il écrit, il compose... Moi je n'aime pas changer les gens. Il faut les laisser comme ils sont. C'est égoïste de vouloir changer les gens.

Quel rapport entretenez-vous avec votre âge?
Quand j'avais 8 ans, on croyait que j'en avais 4. Je laissais dire. Et quand je donnais mon âge, les gens croyaient que je mentais.

À 20 ans, vous rêviez de devenir reporter de guerre...
Puis d'écrire pour un magazine de mode à Londres.

Vous faites toujours très attention à votre look...
Mon pantalon a coûté 30 euros, mon chemisier, 30 euros, et ma veste, 30 euros. Je suis habillée pour 90 euros. Je n'aime pas acheter des choses chères. Dans une boutique, quand je trouve une pièce qui me plait, je l'achète en rose, en bleu et en beige. Et je les porte en été, au printemps et en automne. Je fonctionne au coup de cœur. Mais surtout, je ne veux rien acheter de cher. Mais, apparemment, ça fait de l'effet.

"Ma grand-mère était originaire de Namur"

Vous êtes l'aînée de 5 enfants. Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance?
Jusqu'à 4 ans, j'ai vécu au Vietnam dans les plantations de caoutchouc. J'étais la première, mes parents m'ont chouchoutée. Une Chinoise, Assam, qui avait fait la promesse de ne jamais se marier, s'occupait de moi. Quand elle partait à Saigon, ne serait-ce que 3 heures, je hurlais pour qu'elle revienne. Même avec maman, je ne mangeais pas, je voulais mon Assam. Après 4 ans, je me souviens de Remiremont, dans les Vosges, avec ma grand-mère paternelle. Elle était Belge, originaire de Namur. Elle s'appelait Ortemans. Elle m'a appris à bien me tenir à table, à être polie... Elle voulait que je vouvoie mes parents.

Comment vos enfants ont-ils vécu votre statut d'idole des enfants?
Quand j'ai commencé en 1977, ils avaient 10 ans. Moi je travaillais et eux allaient aux sports d'hiver avec ma sœur. Je n'étais pas là, ils étaient enchantés... Pour eux, c'était la grande rigolade. On habitait à la campagne, on avait des potagers, des chiens...