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Farah El Hadji Zapatero, l'humoriste belge soutenue par Stromae

InterviewNée d'un père marocain et d'une maman espagnole, le parcours de Farah, 32 ans, est atypique. Marketing manager le jour et humoriste le soir, la belle brune se sert de la scène pour évoquer les thèmes tabous de notre société. Racisme, misogynie ou encore homophobie, tout y passe. Mais la jeune femme les aborde d'une manière tellement drôle et intelligente qu'on ne peut que en rire.

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Dans mon entourage, on me disait souvent: "Je te verrais bien être comédienne"

Farah El Hadji Zapatero

Racontez-nous en quelques mots votre parcours.
J'ai fait mes études à l'ULB et puis j'ai commencé à travailler en tant que marketing manager dans une grande banque belge. Il y a deux ans, j'ai vu une annonce pour un stage de deux semaines au Kings of Comedy Club (Ixelles) avec notamment Pablo Andrès et Freddy Tougaux. Je n'avais jamais fait de théâtre mais c'était une idée qui me trottait dans la tête depuis longtemps. À la crise de la trentaine, je me suis donc lancée. Je devais présenter un sketch et ça a marché. Après deux semaines, tout s'est très vite emballé. J'ai commencé à faire des premières parties, de la radio,...

Le métier d'humoriste vous a-t-il toujours attirée?
J'ai toujours aimé rire. Dans mon entourage, on me disait souvent: "Je te verrais bien être comédienne". Mais je ne savais pas que j'avais un talent. Je fais aujourd'hui également partie de la ligue d'impro mais je remarque que j'ai encore beaucoup de choses à apprendre. Être humoriste, ce n'est pas quelque chose qui s'improvise.

Comment faites-vous pour concilier votre métier et votre passion?
J'ai un agenda très chargé. Non, blague à part, j'ai de la chance parce que ce que je fais sur scène ou en radio a bien souvent lieu le soir, le week-end ou le matin. Et puis je n'ai pas d'enfant. Je ne dois donc m'occuper de rien quand je rentre chez moi. Alors que les mamans, elles, doivent encore gérer toute la petite famille. Ça aussi, c'est un deuxième métier.

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"La meilleure manière de faire réfléchir les gens, c'est de les faire rire".

Farah El Hadji Zapatero

Dans votre spectacle, vous dénoncez l'homophobie, le racisme et la misogynie. Pourquoi avoir choisi des thèmes aussi lourds?
Parce que je veux parler de tout ce qui touche à la société. Quand on monte sur scène, on doit parler de soi parce que c'est ce qui fait que les gens arrivent à s'identifier, à se rendre compte qu'on a des points communs. Je donne donc le point de vue d'une jeune femme de 30 ans dans une société qui bouge constamment. Je parle des choses qui m'intéressent, des choses qui m'énervent. J'évoque des thèmes assez lourds tout en essayant d'être drôle. Parce que je pense que la meilleure manière de faire réfléchir les gens, c'est de les faire rire.

Mais avec tout ce qui se passe dans notre société, avez-vous l'impression qu'on peut vraiment encore rire de tout?
Je le pense, oui. Mais on doit le faire intelligemment. On doit le faire pour dénoncer quelque chose et pas seulement pour tacler quelqu'un. L'humour noir est quelque chose d'assez subtil et il est évident que ça ne plaît pas à tout le monde. Il faut donc être prêt à recevoir des réactions négatives.

Vous en avez déjà eues?
Oui bien sûr. Ça arrive que, lorsque j'évoque le racisme, par exemple, ça ne plaît pas à certaines personnes. Mais ce qui suscite le plus de réactions, c'est mon statut de fille. L'homme peut, par exemple, parler de sexe durant 20 minutes alors que si le sujet est évoqué par une fille, ça passe tout de suite moins bien. Je trouve ça d'ailleurs assez étrange parce qu'un jour, un humoriste qui avait l'habitude de parler pendant 20 minutes de fellation, est venu me trouver pour me dire que je ne devais pas parler de vagin. Il y a donc des réactions assez misogynes. Mais bon, la plupart du temps, les personnes me contactent parce qu'elles ont aimé ce que j'ai fait et qu'elles veulent m'encourager.

Vous parlez de la condition de la femme en tant qu'humoriste. Si vous deviez en citer une qui vous a particulièrement soutenue, qui est-ce que ce serait?
En Belgique, il n'y a pas énormément de femmes humoristes. Il y a bien évidemment Virginie Hocq ou encore Nawell Madani mais elles, elles ont déjà passé la frontière et se sont exportées en France. Non, je dirais que celle qui m'a énormément soutenue, c'est Laurence Bibot. Elle m'a permis de faire sa première partie. Elle laisse de la place aux jeunes. C'est quelqu'un de très bien.

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"Stromae est quelqu'un de bienveil­lant et de curieux"

Farah El Hadji Zapatero

Stromae est également venu voir votre spectacle. Qu'est-ce que ça vous fait d'avoir une personnalité comme lui dans votre public?
Je travaille avec la société "Coup de pouce" et Stromae est l'un des principaux soutiens. Il vient régulièrement me voir et me soutenir. C'est quelqu'un de bienveillant et de curieux qui continue à s'intéresser au monde artistique. J'était très flattée quand il est venu me voir. Je trouvais ça fou.

Sur le long terme, est-ce que vous aimeriez que votre passion devienne votre métier?
Pour le moment, je ne me pose pas encore trop de questions. Quand on se lance, on espère toujours pouvoir un jour en vivre. Mais pour le moment, ce n'est pas le cas. Et puis, travailler en tant que marketing manager est une véritable source d'inspiration pour moi. Après sur le long terme, j'aimerais évidemment que ça devienne mon vrai métier.

Quels sont vos futurs projets?
Il faut savoir que mon spectacle actuel est encore un petit bébé. Je ne le joue que depuis le mois de juin. C'est grâce à Patricia Bonnaventure que je suis ici. C'est la directrice du Koek's théâtre. Elle avait organisé un concours pour les talents belges et elle voulait que je participe. J'ai finalement remporté ce concours pour lequel j'avais dû faire un spectacle de 50 minutes qui allait être présenté durant 4 dates. Elle m'a donné un sacré coup de boost. Maintenant, il va me falloir environs six mois pour le roder, pour améliorer chaque scène et arriver à ce que je veux vraiment. Après, si tout se passe bien, j'aimerais avoir la chance de tourner pendant deux ou trois ans avec ce spectacle-là. Mais on verra bien.

On vous retrouve également en radio.
Oui, j'ai été durant un an dans l'émission Snooze de Pure Fm le mercredi matin. C'était super chouette. Maintenant, j'ai intégré l'émission "Les enfants de choeur" sur Vivacité le dimanche matin. Ça faisait longtemps qu'ils cherchaient une fille à intégrer dans leur équipe. J'ai passé le test et me voilà. Je n'y suis pas chaque semaine parce qu'on tourne pas mal mais c'est une très chouette équipe.

Farah El Hadji Zapatero sera en spectacle le 30 novembre, le 10 janvier, le 14 mars et le 13 juin au Kings of Comedy Club. Infos et réservations sur kocc.be.