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Florent Pagny © Docs.presse

Florent Pagny est fan d’Angèle: “Cette môme a tellement de maturité”

S’il a arrêté “The Voice”, c’était, au départ, pour faire un break et s’occuper de ses moutons en Patagonie. Seulement voilà, son neveu, Mathias Giunta, lui a offert les titres de “Aime la vie”, un 19e album que Florent Pagny n’a pu s’empêcher de chanter. Rencontre...

Quand ils viennent à Bruxelles pour assurer la promo de leurs albums, ses homologues de la variété française sont souvent entourés de leur manager, d’un assistant ou d’un attaché de presse. Florent Pagny, lui, est venu jusqu’à chez nous en solitaire, pestant contre son GPS, “à qui il ne faut pas toujours faire confiance”, précise-t-il. Il a prévu de faire la route du retour en fin de journée. “Je reste rarement dans les hôtels et je n’ai plus l’âge d’être en ville “, nous dit-il. “Sauf quand je vais voir ma fille à New York. Mais, New York ce n’est plus une ville, c’est une planète. Quand tu es jeune, tu veux que ça bouge, tu veux voir du monde. Puis, tu vieillis, et tu retournes pêcher avec tes copains le week-end plutôt que de sortir en boîte ou d’aller au resto. Et, quand les mômes arrivent, tu réalises que c’est plus sympa d’être à la campagne que dans une grande ville.”

Du grand air, de la nature, des étendues sauvages, c’est ce dont il est question sur “Aime la vie”, le 19e album du chanteur. “Je lis très peu, mais j’ai adoré “Le recours à la terre” de Pierre Rabhi. J’adhère à sa philosophie de vie. Ce côté nature, jardin, écolo.” Ses potagers? Florent Pagny pourrait nous en parler pendant des heures. “Même si ce n’est pas moi qui les entretiens. C’est aliénant. Il faut être derrière.” L’artiste est bavard, modeste, malgré ses 32 années de carrière et les succès qui l’ont jalonnée.

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“Je ne peux pas rester cloîtré dans une routine, fixé, figé dans mon confort. Je suis un hyperactif. Mes parents ont connu tous les pédopsychiatres”

Qu’est-ce qui vous a plu à ce point dans ces nouvelles chansons pour que vous repoussiez le break que vous aviez prévu?

“Elles étaient écrites pour moi. Maintenant, pas avant, pas après. “Rafale de vent”, par exemple, me ressemble bien. Je ne peux pas rester cloîtré dans une routine, fixé, figé dans mon confort. Je suis un hyperactif. Mes parents ont connu tous les pédopsychiatres. Même si, dans les années 60, on ne savait pas ce que c’était l’hyperactivité chez l’enfant. J’aime bien provoquer, tout balayer, me remettre en question.”

Cet album, vous l’avez réalisé chez vous, en Patagonie?

“Je n’écris pas les chansons, je ne les compose pas. On les a faites pour moi, pendant que je m’occupais de mon élevage de moutons, puis on me les a amenées et j’ai identifié celles qui me correspondaient. Mon travail, ensuite, c’est de les véhiculer. Je ne fais pas un métier, j’ai une activité créatrice. Enregistrer un album, on peut le faire dans sa cuisine ou dans sa salle de bain.”

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“Du petit fait divers au fait d’actualité majeur, tout est moche. Ce n’est que de la haine, que de l’horreur. Pourquoi les gens s’entretuent-ils autant? Pourquoi se font-ils autant chier? La vie n’est pas si longue”

Les textes de ce disque ont un côté rassurant, confiant quant à l’avenir...

“On dirait presque du Disney (sourire). Elles ont un côté un peu doucereux. Le message est peut-être un peu naïf mais c’est aussi ce que tout le monde a besoin d’entendre en ce moment. Parce que, du petit fait divers au fait d’actualité majeur, tout est moche. Ce n’est que de la haine, que de l’horreur. Pourquoi les gens s’entretuent-ils autant? Pourquoi se font-ils autant chier? La vie n’est pas si longue. Il faut s’en rappeler pour ne pas se faire bouffer, relever la tête, échapper à ce conditionnement, à cette société de consommation pour aller voir comment les plantes poussent.”

Vous pensez que les artistes d’aujourd’hui ont oublié que la musique servait aussi à ça, à véhiculer des messages d’espoir?

“Je ne peux pas juger. La musique évolue, le public aussi. Il ne faut pas faire de généralités. Les choses sont en train de bouger. Regardez Angèle, elle chante : ‘J’passerai pas à la radio parce que mes mots sont pas très beaux.’ Eh bien, j’aimerais bien que mes chansons passent autant à la radio (sourire). J’adore son ambiguïté. Cette môme a tellement de maturité.”

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“Me too”, “Balance ton porc”, on est un peu arrivé au bout. Il faut un peu de second degré. Il y a des endroits où l’on ne peut plus rigoler de rien...”

A l’instar d’Angèle, vous surfez aussi sur le mouvement “Balance ton porc” sur cet album avec le morceau “Garçons”, en duo avec Jean Reno...

“Oui, mais on le fait avec beaucoup d’ironie. On n’est pas aussi extrémistes. C’est un peu un pamphlet sur les machos. Tu peux être un mec, un homme. Tout ce qu’on te demande, c’est de ne pas jouer au con. Me too, Balance ton porc, on est un peu arrivé au bout. Il faut un peu de second degré. Il y a des endroits où l’on ne peut plus rigoler de rien...”

Où, par exemple?

“À Hollywood. Tu ne peux plus dire un truc ambigu ou faire une vanne de cul parce que si quelqu’un t’entend et te dénonce, tu te fais virer, tu te retrouves avec tous les problèmes du monde.”

Quand on a votre visibilité, il faut davantage encore faire attention à ce qu’on dit?

“Oui. Parce que tout part trop vite, trop loin. Il faut faire hyper gaffe. Parce qu’on ne maîtrise pas les réseaux sociaux. Il y a des gens qui vivent de ça, qui sont à l’affût de la moindre connerie parce que ces conneries leur permettent d’exister. Un mot un peu mal interprété et... Oui, il faut faire attention mais bon, moi je ne le fais pas. Je n’ai pas l’impression d’avoir des propos déplacés, qu’on puisse me reprocher des choses. J’y peux rien si ce que je dis est parfois mal perçu. Au moins, je suis honnête.”

Les réseaux sociaux, vous évitez?

“J’essaye Instagram mais c’est laborieux. Ce n’est pas ma génération. Je n’arrive pas encore à savoir si ça me plaît, si ça sert à quelque chose. Finalement, je crois que ça nourrit plus le voyeurisme qu’autre chose. Je touche très peu aux ordinateurs.”

Sur “Immobiles”, vous dites “qu’on aurait pu”, “qu’on aurait dû”. Vous avez des regrets?

“C’est une psychanalyse cette chanson. Se rappeler qu’il faut se “scanner” de l’intérieur. Moi, je le fais tout le temps. Quand on est artiste, c’est facile de passer de l’autre côté du miroir, d’aimer se regarder.”

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“Je me noyais et, d’un seul coup, j’ai retrouvé de l’oxygène en Patagonie. C’est mon équilibre depuis 26 ans”

Ca vous est arrivé ?

“Ah non, je garde les pieds sur terre. Quand je commençais un peu à saturer, le vent - parce que la Patagonie est une région venteuse et que je ne suis pas en vacances là-bas - m’a amené ma moitié. Je me noyais et, d’un seul coup, j’ai retrouvé de l’oxygène là-bas. C’est mon équilibre depuis 26 ans. Quand on te reconnaît dès que tu sors de chez toi, à un moment, tu deviens parano, ou tu attrapes un égo surdimensionné. Ce n’est pas moi. En Patagonie, les fermes font 5.000 hectares alors, avant que je croise quelqu’un... J’ai plus de chance de tomber sur un guanaco ou un mouton (rires). Et quand je reviens ici, je suis nettoyé. Je garde cette fraîcheur.”

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Florent Pagny © Docs.presse

C’est aussi pour échapper à cette surexposition médiatique que vous avez arrêté “The Voice”?

“Non. C’est parce que j’étais arrivé à saturation. Quand je m’enflamme, c’est parce qu’il se passe quelque chose, c’est naturel, c’est vrai. J’étais en phase avec ce qui se passait et je n’étais pas là pour faire le numéro ou le show pour la télé. Mais, quand tu as entendu 1.000 personnes qui chantent super bien, tu manques d’arguments. Finalement, tu te dis que, bien chanter, ce n’est pas si rare que ça, ça en devient presque commun et c’est déstabilisant. Ça te fait relativiser. Je me suis dit que, si je me mettais de côté, ça ne gênerait personne, qu’on m’oublierait vite. Puis, on m’a rappelé qu’en chantant, je pouvais permettre à d’autres de traverser des moments difficiles. C’est ma mission première.”

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“Je reviendrai sur scène en 2021 pour mes 60 ans”

Vous aviez peur qu’on vous oublie?

“Non. Pas peur. C’est une constatation. Tout le monde oublie tout le monde. Le dernier qui a laissé une vraie trace, c’est Jésus. Après lui, il n’y en a pas eu tellement. Ce qui est important, c’est de bien se nourrir durant notre passage sur Terre.”

Cet album, vous ne le ferez pas vivre sur scène? Il n’y a pas de tournée prévue?

“J’ai fait sept saisons de “The Voice”, dix ans de tournée sans m’arrêter, quatre albums. C’est bon, on m’a assez vu. J’ai la chance de ne pas lasser. Je reviendrai sur scène en 2021 pour mes 60 ans. Parce que je ne sais faire que chanter (sourire).”

“Aime la vie”, par Florent Pagny (Universal Music).