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Illustration. © Getty Images

Faites-vous partie de ces personnes incapables de se représenter une image?

La plupart des personnes arrivent, spontanément, à former des images mentales complexes. Lorsque l’on rêve ou lorsque l’on pense à quelqu’un ou à quelque chose, une image apparaît automatiquement dans notre tête. Pourtant, une partie de la population fonctionne autrement. On appelle ainsi aphantasie, l’impossibilité de former des images mentales. Mais comment cela fonctionne-t-il?

Depuis sa naissance, l’être humain mémorise ou imagine des images qui correspondent à des personnes, des objets, des concepts ou des situations. Elles sont construites grâce aux cinq sens, à la réflexion et à l’imagination. On est capable de se remémorer, par exemple, une image plus ou moins claire d’une personne déjà rencontrée ou d’un lieu visité, se projeter dans un événement futur ou imaginer la suite d’un film.

Ces représentations mentales sont stockées et apparaissent lorsqu’on en a besoin. Elles peuvent également être modifiées selon leur évolution pour correspondre au mieux à la réalité. Ce stock d’images est donc conservé, amélioré et enrichi pour aider ensuite l’individu à communiquer ses pensées et à évoluer dans la vie de tous les jours. Mais comment fonctionnent ceux qui ne parviennent pas à former ces images?

Un témoignage révélateur

Ce n’est que récemment, grâce au témoignage de Blake Ross, cofondateur du logiciel libre Mozilla Firefox, que la notion d’aphantasie s’est fait connaître. Il publie, en 2016, un texte sur Facebook dans lequel il explique son incapacité à produire des images mentales mais également sa croyance, jusqu’à la découverte d’une étude, relayée dans le New York Times sur des personnes aphantasistes, que tout le monde fonctionnait comme lui.

“Si je vous demande d’imaginer une plage, vous pouvez vous représenter le sable doré et les vagues turquoises. (...) Moi pas. Je n’ai jamais rien visualisé de toute ma vie. Je ne peux pas “voir” le visage de mon père ou une balle bleue qui rebondit, ma chambre d’enfant ou le jogging que j’ai fait il y a dix minutes. J’ai trente ans et je n’ai jamais su qu’un humain pouvait faire de telles choses.”

Le concept d’aphantasie: une pathologie peu étudiée

L’aphantasie serait donc l’incapacité de créer des images mentales. Le mot a été créé à partir du grec phantasia, qui signifie imagination, auquel on ajoute le “a” pour signifier l’absence de celle-ci. Découverte à la fin du XIXe siècle, c’est une étude menée en 2010 par le neurologue Adam Zeman, de l’Université d’Exeter au Royaume-Uni, qui révèle l’aphantasie au grand public. Cette étude explique le cas de MX, un patient de 65 ans ayant subi une angioplastie, à la suite de laquelle il aurait perdu sa capacité à visualiser des endroits connus, des personnes proches ou des événements.

Suite à la publication de l’étude, de nombreuses personnes ont contacté Adam Zeman pour lui faire part de leur incapacité personnelle à créer des représentations mentales. Une seconde étude a ensuite été menée auprès d’un échantillon de 21 personnes aphantasistes. Parmi celles-ci, certaines pouvaient avoir des rêves ou des flashs d’images visuelles mais aucune n’était capable de faire apparaître volontairement des images. Les personnes aphantasistes ne présentent pas de troubles particuliers et ont généralement pris conscience de leur fonctionnement différent par hasard, pendant leur adolescence ou à l’âge adulte.

Un fonctionnement spécifique

Si ces personnes ne produisent pas d’images mentales, elles “imaginent” les choses d’une manière différente. Blake Ross explique que lorsqu’on lui demande d’imaginer une plage, il réfléchit au concept de plage.

“Je sais qu’il y a du sable. Je sais qu’il y a de l’eau. Je sais qu’il y a du soleil et peut-être un maître-nageur. Je connais des “faits” à propos des plages. (...) Mais je ne peux pas faire apparaître des plages que j’ai visitées. Je n’ai aucune expérience sensorielle, qu’elle soit visuelle, auditive ou émotionnelle. Je n’ai pas la capacité de créer une image de plage.”

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    Notre journaliste Déborah Laurent est installée en Californie une grande partie de l’année. L’occasion pour 7sur7 de vous fournir l’information la plus rapide et la plus complète possible (merci le décalage horaire!). Et l’occasion pour elle de constater les différences culturelles impressionnantes avec notre plat pays et d’apprendre à vivre en famille loin de tous. Elle en parle sur son blog personnel Sea You Son (et sur Instagram ici, Facebook ici et YouTube ici). Nous vous proposerons chaque mardi l’un de ses articles de blog ici.