Un "afterwork" virtuel à plusieurs tous les vendredis, cela vous fait-il du bien?
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Un "afterwork" virtuel à plusieurs tous les vendredis, cela vous fait-il du bien? © DR

Le stress du confinement parfait, entre apéros en ligne et nettoyage de printemps

Vous espériez peut-être, dans ce contexte de confinement et de repli sur son jardin intérieur, ressentir moins de pression et de FoMo (fear of missing out, cette expression qui traduit la peur de manquer une occasion d’interagir). Pauvres dupes. Vous avez le sentiment de crouler encore plus sous la pression des apéros via “houseparty”, des parents qui bombardent les groupes Whatsapp de l’école d’exercices ludiques et de leur cadence de révisions, ou des maisons “plus propres et rangées que jamais” qui fleurissent sur Instagram? Bonne nouvelle, vous n’êtes pas seuls. La moins bonne, c’est que le stress de la performance sociale pendant le lockdown, ajoutée à celle du télétravail avec enfants, est un vrai danger pour votre santé mentale. 

Qui n’a pas remis ses capacités d’organisation, talents ou son rendement du jour en question après avoir zoné sur Instagram et constaté que d’aucuns peaufinent leur espagnol, ont égalisé leur jardin et leur potager, travaillé leur silhouette d’été chaque jour que le confinement leur a donné, trié le garage, relu trois incontournables de la littérature et enfin réalisé chaque recette saine du livre d’un cuisinier en vue? Le tout en télétravaillant et en donnant cours de physique, mathématiques et néerlandais à ses enfants bien élevés. Et en racontant ensuite sa journée avec le sourire malgré la cacophonie des appels vidéos arrosés, bien sûr. 

Même en pleine pandémie, faire croire à une existence parfaite

La vérité, c’est que le confinement et ses activités, s’ils libèrent certains, engendrent surtout énormément de stress pour la plupart des gens tiraillés entre une ambiance anxiogène et ce besoin de briller sur les réseaux sociaux. “Nous vivons dans une société individualiste et élitiste et cela s’exprime même durant le confinement”, jugent de nombreux experts. En effet, beaucoup se sentent obligés de répondre aux objectifs socialement imposés dès les premiers jours de lockdown: “La société vous obligeait déjà à montrer vos relation de couple et intérieur soi-disant parfaits. Maintenant, apparemment, vous devez aussi vivre le confinement parfait”, reproche Leslie Hodge, psychologue clinicienne.

“On vous fait sentir qu’il faut avoir fait votre nettoyage et jardinage de printemps, que vos assiettes doivent être étoilées, que vous devez partager de super soirées de binge-watching avec votre amoureux, avoir le corps au top pour l’été, et trinquer avec votre famille virtuellement. Mais ce n’est que l’avis des réseaux sociaux. Les gens se cherchent des activités pour occuper leur temps... mais surtout pour les exposer sur Instagram et Facebook”, nuance-t-elle. Résultat, même en pleine pandémie anxiogène, nous essayons de faire croire au monde que notre existence est parfaite. “Vu l’incertitude ambiante, c’est encore plus de stress et de pression”. 

“Évitez d’utiliser les réseaux sociaux passivement”

Ce serait pour cela que nous cherchons constamment du contact avec les êtres aimés actuellement. Cette connexion n’est désormais plus possible que via les médias sociaux. “En soi, il n’y a rien de mal à cela. L’Homme est un être sociable, il est important pour lui de se connecter à l’autre. De nos jours, les réseaux sociaux sont la manière numéro un d’entretenir le contact, ce qui peut être constructif à plein de niveaux mais également engendrer un mal-être plus important” que la solitude, analyse la psychologue.

Cette dernière, qui écrit un livre sur la solitude actuellement, rappelle que les réseaux sociaux peuvent paradoxalement en réalité accroître le sentiment d’isolement. “On remarque que les gens qui se sentent seuls utilisent les réseaux sociaux de manière majoritairement passive. Ils regardent tout, observent ce que font les autres, mais ne prennent pas part aux conversations et ne recherchent pas vraiment de contact avec leurs connaissances. Dès qu’ils consultent un réseau social, leur sentiment de solitude se renforce. En ce moment, ils voient que l’un a fait une agréable balade et que d’autres ont fait un apéro virtuel ensemble, alors qu’eux sont restés seuls chez eux. Utiliser les réseaux sociaux passivement et se comparer aux autres est donc une mauvaise idée car vous vous évaluez par rapport à une image irréaliste et manipulée que les autres veulent bien vous montrer”, avertit-elle.

Les posts Instagram, un instant T qui ne dit rien du contexte

“Imaginez que vous tombiez sur la publication si instagrammable du dressing parfaitement rangé d’une amie. Vous ne savez pas ce qui s’est passé avant ou après cette photo: une violente dispute avec son partenaire, qui a saboté la promenade prévue et l’a poussée à s’enfermer dans sa chambre des heures, ne lui laissant d’autre occupation que ranger son armoire. Vous vous comparerez cependant à cette image fausse et romancée de sa réalité”, suggère-t-elle.

Par contre, la psychologue encourage l’utilisation active des réseaux en ces périodes troublées: “En cherchant des interactions avec les autres, via un chat ou un appel vidéo, vous pouvez en tirer un sentiment positif. Cela peut être la manière idéale de vous changer les idées ou de vous mettre du baume au cœur, en constatant que vos amis sont logés à la même enseigne que vous”. 

“Si vous vous comparez aux autres, mettez les réseaux sociaux de côté pendant le confinement”

Leslie Hodge donne quelques conseils pour ne pas succomber à la pression mais en tirer du positif: de manière générale, profitez des idées données par les autres pour identifier vos propres envies. “En voyant quelqu’un se faire couler un bain ou jardiner, vous pouvez essayer de voir si cela vous ferait du bien également. Le but est de penser à vous: de quoi ai-je envie, où puis-je puiser de l’énergie et cela me fait-il me sentir mieux en cette période stressante de confinement?”, propose-t-elle.

De grâce, ne vous obligez pas à entreprendre tout ce qui vous rebute, la vie est actuellement assez compliquée comme ça: “Faites surtout ce qui vous plaît. Si vous détestez profondément nettoyer, ne faites pas ça maintenant, mais lisez plutôt un livre si ça vous chante. Par contre, faites-vous un planning quotidien pour apporter de la structure à vos journées en plus du travail et de ce que vous êtes obligés de faire. Bouger et respirer l’air extérieur font du bien à tout le monde. Et si vous vous apercevez qu’entretenir des contacts via les réseaux sociaux ne vous réussit pas, trouvez un autre moyen de communiquer, comme le téléphone sans vidéo ou rédiger une lettre. Et si vous réalisez que vous ne pouvez pas faire autrement que vous comparer à l’image des autres, alors laissez les réseaux sociaux de côté pour l’instant”. 

Et si vous vous sentiez mieux, au fond?

Et si les contacts sociaux sont importants, la psychologue encourage aussi à explorer ces moments de pure solitude. “Les autres nous manquent pendant le confinement, mais c’est aussi le moment ultime pour apprendre à aimer être seul. Évidemment, il est préférable de choisir soi-même ses moments de solitude, mais autant profiter de cette période et se demander qui l'on est vraiment, ce que l’on aime et travailler sur soi. Qui sait, peut-être vous sentez-vous quelque peu apaisé et moins sous pression depuis que vos obligations sociales sont tombées? Alors optez surtout pour tout ce qui vous donne de l’énergie, ne cherchez pas à vous mesurer aux autres et ne vous laissez pas entraîner dans ce culte du prétendu confinement idéal”, conclut-elle.