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"Le vin n'est pas un alcool comme un autre": la phrase qui énerve en France

Une petite phrase prononcée sur BFMTV par le ministre de l'Agriculture et de l'alimentation en France n'est pas passée inaperçue. En parlant des addictions, Didier Guillaume a estimé que le vin n'était "pas un alcool comme un autre".

"Je n'ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu'il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l'alcool fort", a-t-il déclaré. Ajoutant: "Il faut lutter contre toutes les addictions, mais il faut éduquer les Françaises et les Français et la jeunesse au bon, au beau. Il faut éduquer à boire un verre de vin, pour savoir ce que c'est."

Ses propos ont été épinglés par les experts de la santé. Michel Reynaud, spécialiste de l'addiction, a conseillé à Didier Guillaume de "faire un tour aux urgences un soir de feria ou de Beaujolis nouveau". Et de noter: "Il y a tous les jours des comas éthyliques au vin."

Bernard Basset, vice-président de l'Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie, explique de son côté que les propos tenus par le ministre sont faux. Il ressort la dernière étude réalisée par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies qui notait que 18% des jeunes interrogés admettaient se souler avec du vin. "C'est un alcool comme les autres pour se saouler".

Et dans L'Express, Nicolas Simon, professeur de médecine spécialisé en addictologie, rappelle justement que le vin n'est pas moins interdit aux femmes enceintes que les autres alcools.

Beaucoup reprochent au ministre français d'être dirigé par le lobby du vin en France. Rappelons qu'Audrey Bourolleau, conseillère Agriculture de l'Élysée, a travaillé comme déléguée générale de Vin et Société. Son job d'alors? "Contrer efficacement les messages anti-vin adressés depuis le milieu des années 2000 par les ligues anti-alcooliques", selon La Revue Française du Vin.

Le débat, en tout cas, n'est pas neuf. L'année passée, la ministre de la Santé avait déclaré qu'il ne fallait faire aucune différence entre le vin, la vodka ou le whisky. Tandis que Christophe Castaner lui répondait que le vin faisait partie de la tradition française. "C'est un alcool qui n'est pas fort". Emmanuel Macron allait dans son sens. "S'il y a des jeunes qui se saoulent, ils ne se saoulent pas au vin français, mais à la bière ou à l'alcool fort."