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L'implant contraceptif. © DR

On retrouve son implant contraceptif dans son poumon: “Un médecin qui dit que ce n’est pas possible n’est pas un bon médecin”

InterviewAnaïs, 31 ans, quatre enfants, installée à Tours en France, fait partie des femmes qui ont vu leur implant contraceptif migrer dans leur poumon. “L’implant, ça ressemble à un petit bâton qu’on vous met sous la peau, dans le bras. Ça a à peu près la taille d’une aiguille”, nous détaille-t-elle. Anaïs a fait poser le sien, un implant Nexplanon, en 2013 dans un hôpital de Montpellier. Elle pensait que ça lui permettrait d’être tranquille.

Trois mois après, les premières inquiétudes sont apparues : “Je ne le sentais plus”. Elle se souvient : “J’étais très irritable alors que je suis généralement très positive dans la vie. J’avais tout le temps mes règles ou en tout cas, des saignements en continu. C’était gênant. J’ai consulté mon gynécologue, il a voulu me l’enlever sauf qu’il ne l’a pas trouvé.”

Anaïs explique que son gynécologue lui a demandé si “j’étais sûre que je ne l’avais pas fait enlever”. Une question évidemment absurde. “Je sais encore ce que je fais”. Le 21 novembre, le 29 novembre, le 23 janvier, 13 février : il y a eu des échographies du bras gauche, puis un scanner. “Ils ne trouvaient rien.” Le 28 mars 2014 : “Ils m’ont fait une IRM mais ils ne trouvaient rien. Ils se concentraient sur le bras. Mon gynécologue a contacté le laboratoire MSD qui commercialise le Nexplanon mais ils n’ont pas réagi à ce moment-là.”

Il a fallu attendre le mois de juin pour que le laboratoire MSD fasse doser chez Anaïs l’étonogestrel, le principe actif du Nexplanon. C’était évidemment positif : “ça confirmait que l’implant était toujours dans mon corps.” Il aura fallu le 21 janvier 2015 et un médecin plus qualifié que les autres, pour découvrir, enfin, la présence de l’implant dans son artère pulmonaire droite.

“Pendant tout ce temps, j’avais des hormones projetées directement dans mon sang, j’étais dans un état dépressif. Je n’étais vraiment pas bien, je pleurais pour un rien alors que ce n’est pas du tout dans mon ADN. J’ai un caractère fort. Je me suis séparée avec mon conjoint de l’époque à cette époque. Ça a eu un impact à plein de niveaux dans ma vie. Et au niveau physique, j’avais des saignements, des infections, beaucoup de mycoses...”

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Anaïs se souvient de la stupeur des médecins quand son implant a été découvert dans sa cage thoracique. “Pour eux, ce n’était pas possible. C’était un truc de dingue. J’ai consulté plusieurs médecins, ils me demandaient si j’étais sûre de ne pas l’avoir enlevé. Ils me prenaient pour une conne. Quand on l’a trouvé, j’étais contente : ça prouvait que je savais encore ce que je faisais.” Anaïs estime désormais que “tout peut arriver en médecine. Quand on rencontre un médecin et qu’il dit : ce n’est pas possible, c’est que ce n’est pas un bon médecin.”

Anaïs a été opérée le 18 février 2015, soit plus d’un an après la migration de l’implant dans son corps. Elle estime avoir eu de la chance : ils l’ont opérée en lui faisant un “petit trou au niveau de l’aine”. “J’étais endormie mais pas complètement”. Anaïs a fini par “les mettre au tribunal”. “Lors de notre rendez-vous, le directeur scientifique des laboratoires MSD a expliqué qu’ils savaient que ça pouvait arriver. Ils ont mis la faute sur l’hôpital, estimant qu’ils avaient mal posé l’implant. Mais je sentais mon implant au départ. Ils disent qu’il devait avoir été mis trop proche d’une veine ou dans une veine. Mais le labo savait que ça pouvait arriver et ils ne le disent pas. Les médecins ont mis du temps à savoir où était mon implant parce qu’ils n’étaient pas au courant des risques. Ils ne connaissaient pas la procédure à suivre. Tout ça, c’est une question d’argent. Le labo aurait dû être mis en cause.”

Anaïs regrette que ça soit l’hôpital qui ait été jugé coupable. “À l’époque, je ne savais pas à qui parler. Je ne savais pas à qui m’adresser. Au moment où ça m’est arrivé, le labo MSD avait recensé trois cas mondiaux. J’étais l’un des trois.” Aujourd’hui, Anaïs ne prend plus aucun moyen de contraception. Elle déconseille l’implant contraceptif. Elle aimait bien comprendre pourquoi le sien a migré à l’époque. “Ils avaient dit qu’ils me donneraient des nouvelles. Quand j’ai appelé l’hôpital, on m’a dit que personne ne savait où était cet implant. Je n’ai jamais su.”