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Une femme respire de l’air oxygéné en échange d’argent dans un bar prévu à cet effet, New Delhi, le 15 novembre 2019. © REUTERS

Asphyxiés par la pollution, les Indiens paient 5€ pour respirer de l'air sain pendant 15 minutes

Alors que la capitale indienne New Delhi suffoque depuis plusieurs jours à cause de la pollution atmosphérique extrême, des boutiques au concept assez particulier ouvrent leurs portes portes. Dans ces magasins, les clients peuvent ainsi respirer de l’air sain pendant un quart d’heure en échange de l’équivalent de 5 euros. 

La mégapole est enveloppée dans un épais brouillard toxique qui n’a offert que très peu de jours de répit depuis fin octobre, infligeant des toux constantes et des yeux irrités à ses vingt millions d’habitants.

Explosion des particules fines dans l’air

L’ambassade américaine sur place enregistre ces jours-ci une concentration moyenne sur 24h de particules fines PM2,5 d’environ 400 microgrammes par mètre cube d’air, soit 16 fois la limite recommandée par l’Organisation mondiale pour la santé.

Une course pour enfants maintenues: “Une condamnation à mort”

Malgré cette atmosphère empoisonnée, une ONG locale a organisé jeudi matin une course d’enfants dans la ville embrumée, suscitant la colère des réseaux sociaux. “Je pense que tous ces organisateurs devraient être poursuivis en justice”, a déclaré sur Twitter Tamanna Sharma, directrice d’une ONG écologiste. “Courir dans un air de cette qualité est une condamnation à mort.” “C’est la chose la plus idiote à faire”, a renchéri sur le même réseau social Parveen Kaswan, un employé du département forestier.

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Malgré cette atmosphère empoisonnée, une ONG locale a organisé jeudi matin une course d’enfants dans la ville embrumée, suscitant la colère des réseaux sociaux. © via REUTERS

L’organisateur se défend: “Le temps est bon”

L’ONG qui a organisé cet événement, pour marquer la Journée internationale des droits de l’enfant, a assuré qu’il était impossible d’annuler à la dernière minute et que, de toute manière, “le temps est bon”. “Nous avons beaucoup de difficultés à cause de la pollution. Nos yeux brûlent, nous avons du mal à respirer”, a cependant témoigné auprès de l’AFP Vanshika Rawat, 11 ans, une participante de cette course. “Vous pouvez voir qu’il y a tant de brouillard et de fumée. Après la course, nous nous sommes soudain sentis épuisés et avions des difficultés à respirer”, a ajouté Nitakshi Sharma, 10 ans.

Cancers du poumon

Les cas de cancers des poumons augmentent en flèche chez les non-fumeurs de New Delhi et devraient “exploser” au cours des prochaines années, a rapporté Arvind Kumar, directeur du département de chirurgie thoracique de l’hôpital Sir Ganga Ram de Delhi. “En 1998, les patients de cancer des poumons étaient principalement des fumeurs. En 2018, 50% des cas de cancer des poumons étaient des non-fumeurs”, a-t-il indiqué lors d’une conférence.

Le succès des bars à oxygène

Dès lors, les Indiens en quête d’air pur se tournent vers des “bars à oxygène.” “Ici, je peux respirer de l’air oxygéné à 99%. C’est une chance pour nous”, s’exclame le docteur Billi Gessat. Les propriétaires de ces bars voient de plus en plus de clients affluer ces derniers jours. “Ça détoxifie le corps et ça réduit l’impact de la pollution sur notre santé. Les clients sortent relaxés”, indique Ajay Johnson, un propriétaire de bar à oxygène dans la capitale indienne. Pour avoir accès à 15 minutes d’air oxygéné, les prix varient entre 3 et 5 euros.

“Désormais, il faut payer pour respirer”

Face à ce triste constat, de nombreux internautes ne savent plus s’il faut en rire ou bien en pleurer. “Désormais, il faut payer pour respirer de l’oxygène. En Inde, “la réalité a donc dépassé la science-fiction”, résume amèrement l'un d’entre eux sur Twitter.

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