Steven Van Gucht, virologue: "Je n'ose pas prédire le nombre de décès, mais le nombre de personnes en surpoids aux soins intensifs me frappe"
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Steven Van Gucht, virologue: "Je n'ose pas prédire le nombre de décès, mais le nombre de personnes en surpoids aux soins intensifs me frappe" © Photo News

“Ce qui me frappe, c’est le nombre de personnes en surpoids aux soins intensifs”

Quelque 183 décès liés au coronavirus hier en Belgique, 132 aujourd’hui. Les bilans font froid dans le dos chaque jour, alors que le pays accuse le coup de l’annonce du décès d'une fillette de 12 ans. Mais la hausse du nombre de décès nous fait aussi réaliser que ce sont des chiffres auxquels nous allons être confrontés à plusieurs reprises les prochains jours. Alors que la barre des 1.000 morts a été dépassée en Belgique, nous sommes en droit de nous demander si oui ou non nous sommes sur la bonne voie et si nous avons l’épidémie relativement sous contrôle. Ou si, ce que beaucoup d’entre nous craignent, des mesures encore plus strictes sont à prévoir.

Depuis quelques jours, on nous dit à demi-mot que les statistiques vont dans la bonne direction. Mais 183 morts, il n'y a pas de quoi se réjouir...

Le virologue Steven Van Gucht répond: “Non, c’est extrêmement triste. Car derrière ce nombre, il y a tous les jours des familles et des amis en deuil. Nous nous attendons malheureusement à ce que le nombre de décès augmente encore au cours des prochains jours. Même lorsque le nombre d’hospitalisations et de contaminations baisseront, les décès continueront à augmenter. Il y a 1.144 personnes aux soins intensifs. Malheureusement, tout le monde ne s’en sortira pas. Ce n’est pas agréable à entendre, mais pas étonnant”. 

Est-ce le signe que notre gouvernement a échoué?

“Je vois les choses autrement: le nombre de décès n’est pas un bon indicateur. Il ne nous dit pas quel effet les mesures ont eu. Idem pour les hospitalisations en soins intensifs: les statistiques ont du retard, car il faut du temps pour qu’un patient infecté en arrive là. Parfois des semaines”, poursuit le virologue.

Mais l’Italie en était au même taux de décès au même stade l’épidémie...

“Il ne faut pas comparer les chiffres à l’international. Notre définition est plus large, nous ne comptons pas que les décès à l’hôpital, nous comptons aussi les décès survenus ailleurs que nous suspectons d’être liés au virus, même sans certitude. Nous vérifierons plus tard si le coronavirus en était la cause réelle”, répond-il. Geert Meyfroidt, des soins intensifs de l’UZ de Louvain, développe: “Nous comptons même les gens décédés d’une hémorragie cérébrale, s’ils étaient contaminés. C’est plus honnête”. 

Quand saurons-nous si les mesures de confinement et distanciation fonctionnent?

Steven Van Gucht: “Moi, je me fie surtout au nombre de nouvelles hospitalisations. Ce sont celles qui marquent le mieux l’impact des mesures. Et ces statistiques sont encourageantes. Elles vont de 500 à 700 et ne vont pas au-delà de 800 à 900 par jour. Cela nous fait penser que nous atteignons une sorte de plateau. Et le réseau belge de médecins a aussi de bonnes nouvelles: ils voient de moins en moins de patients avec des symptômes grippaux. C’est inattendu, car nous nous attendions à une nouvelle épidémie de grippe après les vacances de carnaval, ce qui signifierait que nos mesures fonctionnent. Je reste par contre prudent, car cela peut aussi traduire le fait que les gens appellent moins vite le médecin actuellement. Mais d'un autre côté, on peut justement espérer l’inverse: que les gens contactent plus vite le médecin en cas de symptômes grippaux”. Ce second scénario serait très encourageant.

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Il faudra maintenir l’effort. Les gens ne doivent pas croire qu’après le pic, tout redevien­dra normal

Avec la moitié des lits de soins intensifs déjà occupés, va-t-on tenir la distance?

Geert Meyfroidt répond: “Nous ne le saurons qu’une fois le pic dépassé. Si l’augmentation ne s’accélère pas, alors on peut s’en tenir à la capacité actuelle. Pour l'instant, la courbe des soins intensifs croît moins vite. La semaine prochaine sera cruciale pour savoir si nous devons davantage augmenter notre capacité. C’est le scénario à éviter pour ne pas mettre le personnel médical sous pression maximale. Je ne serai rassuré que lorsqu’il y aura plus de sorties que d’hospitalisations. Si on y arrive, c’est parce que tout le monde se tient aux règles, mais il va falloir que ça soit le cas un moment encore. Les gens ne doivent pas penser qu’après le pic, tout retournera à la normale. C’est un marathon: nous devons éviter un nouveau pic.”

Est-ce que les personnes âgées sont encore hospitalisées ou les garde-t-on en maisons de repos pour libérer des lits?

Wouter Beke, ministre flamand du Bien-Être et de la Santé publique: “On continue de partir du besoin du patient. La capacité n’est pas encore à sa limite et je n’ai pas d'information que les maisons de repos filtrent dans l’intérêt des hôpitaux. Mais elles demandent par contre le souhait des pensionnaires. Veulent-ils éventuellement être hospitalisés, intubés si nécessaire? Beaucoup répondent par la négative. Souvent, ils préfèrent partir entourés que seuls à l’hôpital”, résume-t-il, rejoint par Steven Van Gucht. “Si une personne âgée veut un traitement et que cela a du sens, c’est toujours possible”, promet-il.

Combien de décès devons-nous redouter en Belgique?

“Les personnes âgées et les personnes déjà malades seront encore fort touchées, cela ne fait aucun doute. Ce n’est pas moins regrettable, car sans le coronavirus, beaucoup auraient encore vécu de belles années. Mais ils font malheureusement partie des décès auxquels nous nous attendons. J’espère surtout que nous ne déplorerons pas trop de pertes parmi la population plus jeune qui ne souffrait pas d’autre pathologie. Cela doit rester une exception, si notre système de santé ne s’effondre pas”, résume Geert Meyfroidt. 

Steven Gucht s’interroge et met le doigt sur un élément troublant: “Je n’ose pas prédire le nombre de décès. Mais le patient typique en soins intensifs est un homme de plus de 60 ans, en surpoids, avec une tension artérielle élevée et sans-doute du diabète. C’est surtout le surpoids qui me frappe. Mais pourquoi tombent-ils plus malades que les autres, on ne sait pas vraiment. Est-ce le surpoids ou le diabète qui en découle?”

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