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Le Luxembourg est le premier pays d'Europe à se lancer © Reuters

Le Luxembourg va organiser le commerce du cannabis: effet domino chez nous?

Fumée blanche au Luxembourg: le pays s’accorde pour légaliser totalement le cannabis d’ici quatre ans. Cela signifie une consommation récréative libre et une production contrôlée par l'État. “C’est la seule manière de rendre la drogue plus sûre”, estime le gouvernement. “C’est une question de santé publique”. Les experts estiment qu’il y aura inévitablement un effet domino en Europe.

Sortir le cannabis de l’illégalité: voilà l’une des grandes promesses du gouvernement luxembourgeois depuis décembre dernier. Cela ferait du petit État le premier d’Europe à se lancer en laissant ses citoyens acheter du cannabis en toute légalité. “Les jeunes en consomment de toute façon”, explique le ministre de la Santé publique Etienne Schneider, socialiste et moteur de la réforme. “Malheureusement, cela se fait via le marché noir, où la qualité des drogues est incertaine. Nous menons la même politique à travers le monde depuis dix ans: criminaliser. Mais les gens continuent de consommer. Et le seul effet que cela a eu, c’est de rendre les drogues de plus en plus dangereuses. Légaliser est donc une question de santé publique”. 

Un prix plancher pour éviter la concurrence du marché noir

Après l’accord de gouvernement, des visites d'État ont eu lieu notamment aux Pays-Bas et au Canada pour en savoir plus sur leurs politiques respectives en matière de cannabis. Les conclusions en ont été tirées et l’affaire devrait être dans le sac d’ici la fin de la législature, dans quatre ans. Le gouvernement luxembourgeois contrôlera et régulera de manière très stricte la production de cannabis, comme le font les Canadiens. C’est comme cela qu’il veut protéger la santé de la population. Le prix sera peu élevé pour que les consommateurs ne se tournent pas à nouveau vers le marché parallèle. Il y aura une taxe sur la vente et les recettes seront reversées aux centres pour toxicomanes et de prévention. “Et si les gens décident de consommer du cannabis, ça ne regardera plus qu’eux”, résume-t-on.

Non, la consommation personnelle n’est pas permise chez nous

Mais en réalité, c’est aussi l’affaire des pays voisins, dont la Belgique, chez qui la légalisation est tout sauf d’actualité. Pour rappel, en Belgique, le gouvernement Michel a - par arrêté royal - interdit formellement le cannabis, y compris en consommation privée et pour les personnes majeures. Cette légalisation au Luxembourg ne risque-t-elle pas d’entraîner un tourisme de la drogue et un va-et-vient continu aux frontières? “Je prédis qu’il n’en sera rien”, réagit le criminologue Tom Decorte de l’université de Gand. “Tout dépendra des éventuelles restrictions concernant les étrangers sur le sol luxembourgeois”. 

Or le Luxembourg entend n’autoriser la vente qu’à ses ressortissants de plus de 18 ans et les contrôles seront stricts. “Je ne vois pas pourquoi des Ostendais prendraient la peine de se rendre au Luxembourg pour acheter de la drogue alors que cela revient à nouveau à une sorte de marché noir. Cela ne fonctionnera que sur présentation de la pièce d’identité. Regardez aux Pays-Bas, où la vente de cannabis n’est pas légale mais tolérée. Avant, alors que les coffee-shops étaient libres de vendre à des étrangers, il y avait un énorme tourisme de la drogue. Depuis que vendre à des Belges est beaucoup plus compliqué, la part de touristes qui se déplacent à cette fin est devenue marginale”. 

Vague

Mais le ministre Etienne Schneider fait malgré tout un appel du pied à ses homologues européens. Il les exhorte naturellement à l’imiter et à adapter la législation en matière de cannabis. Les experts s’attendent à un effet “domino”, surtout avec la vague de légalisation qui vient d’Amérique. “La légalisation luxembourgeoise pourrait avoir des répercussions sur la Belgique”, estime le criminologue Steven Debbaut. “On sentait déjà qu’il y avait une vague internationale et maintenant également à nos portes. Le Luxembourg a un intérêt symbolique et c’est un précédent historique”. 

“Dans notre pays, la N-VA est clairement en défaveur de la légalisation mais dans les autres partis, on se montre plus ouvert”, analyse-t-il encore. La majorité luxembourgeoise qui est arrivée à la décriminalisation est composée de socialistes, d’écologistes et de libéraux, ce qui, au fédéral belge, n’est pas impossible avec les démocrates-chrétiens. “Je ne dis pas que les choses vont changer du jour au lendemain en Belgique, mais que les choses peuvent se précipiter. Je réitère mon appel pour la création d'un groupe de travail parlementaire sur la question des drogues”, ajoute-t-il.

Le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) a d’ores et déjà signalé qu’il n’est pas partie demanderesse en matière de décriminalisation.