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Le recours aux drains est trop fréquent © Getty Images

Le recours aux drains en cas d’otites chroniques est-il trop systématique?

La Mutualité chrétienne (MC) met en garde mercredi sur le taux élevé de poses de drains auriculaires chez les enfants souffrant d'otites à répétition, alors que "cette opération chirurgicale est souvent inutile et présente des risques liés à l'intervention sous anesthésie générale". Elle appelle dès lors le corps médical ainsi que les parents à réfléchir à deux fois avant de privilégier un tel traitement.

En 2017 et 2018, plus de 16.000 membres de la Mutualité chrétienne âgés de moins de 10 ans se sont fait poser des drains dans les tympans parce qu'ils souffraient régulièrement d'otites. Or ces infections de l'oreille, fréquentes chez les nourrissons et les enfants, guérissent spontanément, selon la MC qui estime dès lors inutile le placement de drains.

Ce n'est seulement "dans des cas spécifiques, comme par exemple une otite séro-muqueuse risquant d'altérer l'audition de l'enfant, qu'un drain placé dans le tympan peut se révéler nécessaire", spécifie la MC. En l'espace de dix ans, le nombre d'enfants bénéficiaires a diminué de plus de 30% mais, malgré cela, le placement de drains reste une option trop rapidement adoptée par les médecins spécialistes en oto-rhino-laryngologie (ORL), d'après la Mutualité. Celle-ci rappelle au passage qu'une telle intervention chirurgicale se fait sous anesthésie générale et présente donc des risques. "Les drains peuvent aussi présenter des inconvénients, comme un épanchement auriculaire passager ou chronique, des lésions du tympan, une perte auditive, des cicatrices ou une perforation permanente du tympan", ajoute-t-elle.

Des différences notables sont constatées entre hôpitaux. Ainsi, une consultation chez un chirurgien ORL à l'hôpital général Alma à Eeklo (Flandre-Orientale) conduit, dans 27% des cas, à la pose de drains, tandis qu'à l'hôpital universitaire Reine Fabiola à Bruxelles, seules 2% des consultations donnent lieu à une telle intervention (soit 14 fois moins). 

"Bien sûr, des écarts entre hôpitaux peuvent se justifier en raison de différences de population. Mais, pour les drains auriculaires, les chiffres varient tellement qu'il n'est pas possible de les expliquer autrement que par le fait que la chirurgie est souvent effectuée trop rapidement dans certains hôpitaux", affirme le secrétaire général de la MC Jean Hermesse. Il demande dès lors aux médecins ORL de suivre scrupuleusement les directives de bonnes pratiques et appelle les parents à prendre leur décision finale en toute connaissance de cause.