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Des infirmiers d'un hôpital de la province de Wuhan, où des patients infectés sont actuellement traités pour la variante de coronavirus © Reuters

Nouvelle pneumonie mortelle transmissible par l’homme: que devons-nous craindre en Belgique?

Alors que 77 nouveaux cas d’une mystérieuse pneumonie ont été recensés mardi en Chine et que le total de cas confirmés passe à 291, on est en droit de se demander si la contamination risque de se propager jusqu’à nous. En Asie, les contrôles sont renforcés dans les aéroports mais la propagation du virus inquiète: des cas ont été établis en Thaïlande et Australie. La Belgique s’organise peu à peu pour pouvoir faire face d’ici quelques semaines.

Quatre morts, près de 300 cas établis et 922 patients en observation: quel est donc ce virus qui se répand comme une traînée de poudre et provoque une pneumonie parfois mortelle en Chine? Cette variante du coronavirus a été repérée pour la première fois le mois dernier dans la province chinoise de Wuhan. L’inquiétude grandit avec la flambée brutale et incontrôlable de contaminations depuis le week-end dernier. Alors que 59 patients étaient concernés vendredi dernier, on en compte 291 aujourd’hui, selon les autorités sanitaires chinoises. Et le virus se répand bien plus vite qu’annoncé. Les premiers patients contaminés provenaient tous de la dense province du Wuhan, dans l’est de la Chine, mais depuis lors, de nouveaux cas ont été diagnostiqués tant dans la province méridionale du Guandong que dans d’autres pays comme le Japon, la Thaïlande et la Corée du Sud. 

Un simple état grippal d’abord

Ce nouveau type de virus est en fait une variante du tant redouté virus SRAS qui a fait son apparition - en Chine également - en 2002, et qui a coûté plus de 700 vies à travers le monde. Les symptômes du nouveau virus sont similaires à ceux du SRAS: un état grippal, fièvre et toux. Dans un stade plus avancé de la maladie, le patient présente des problèmes respiratoires et le virus descend dans les poumons.

Micro-gouttes dans l’air 

Risquons-nous quelque chose ici, en Belgique? “Nous sommes sur nos gardes”, confirme le virologue de l’université catholique de Louvain, Marc Van Ranst. Le spécialiste confirme que pour l’heure, le virus n’a pas encore été signalé dans notre pays, mais il n’exclut rien. “Nous avons déjà reçu un prélèvement d'un patient que l’on pensait atteint, mais l’échantillon s’est finalement révélé négatif”, relate-t-il. Selon Marc Van Ranst, l’un ou l’autre type de coronavirus circule chaque année, chez nous aussi, mais cette année, le nombre de personnes infectées est particulièrement élevé. “Au départ, nous pensions que le virus ne pouvait être transmis que de l’animal à l’homme, et qu'il était apparu dans des marchés aux bestiaux, mais cela se révèle erroné. Il est avéré désormais que les gens se contaminent entre eux”, déplore le médecin et chercheur. Le mode de contamination est la transmission via des micro-gouttes présentes dans l’air lorsque quelqu’un tousse ou éternue.

L’effet Nouvel An chinois

“Pour l'instant, on ne peut cependant pas comparer le nouveau virus et l’épidémie de SRAS”, tempère le virologue. “Il y a moins de patients touchés en Chine, qui a par ailleurs tiré les leçons de la précédente épidémie et a donc mis en place toute une série de mesures de confinement et de prévention”. Cependant, le virologue s’attend à ce que le virus continue de se propager dans les prochains jours et atteigne finalement l’Europe. “Il se répand plus vite que prévu et cela nous inquiète. Samedi, les Chinois fêtent leur Nouvel An et beaucoup d’entre eux vont donc se déplacer dans leur famille. Cela augmente le risque de propagation de manière conséquente”, prévient-il. Les scientifiques britanniques affirment de leur côté que le nombre réel de personnes touchées est certainement déjà bien plus élevé: leurs calculs font plutôt état de 1.700 personnes contaminées. “Le virus se multiplie sans doute en effet depuis de nombreuses semaines déjà”, confirme le spécialiste belge. 

Déjà des tests efficaces en Belgique

“Heureusement, nous sommes suffisamment armés. La semaine dernière, nous avons élaboré un nouveau test pour identifier la présence de ce virus spécifique. Et un second test a également été créé en fonction de la nouvelle variante du virus. Pour l'instant, on le fait passer aux gens qui sont passés par la province du Wuhan”, explique Marc Van Ranst. Pas de panique donc dès les premiers signes d'un état grippal, pour le moins ordinaires en cette saison. “Nous suivons la situation de près et sommes en contact permanent avec les autorités chinoises”, rassure-t-il.

Filtrer les passagers

Même si le virus n’a pas encore été détecté hors des frontières de l’Asie, plusieurs aéroports américains effectuent déjà des contrôles de température des passagers en provenance du Wuhan. Ces derniers doivent également remplir un questionnaire adapté. “Il y a des chances que les grands aéroports européens suivent le mouvement. À Zaventem par contre, il n'y a aucun vol direct depuis le Wuhan”, ce qui est un facteur rassurant pour la Belgique.

Marchés et viande crue

Les Affaires étrangères ont malgré tout revu leurs recommandations de voyage. Le ministère demande aux voyageurs qui se rendent en Chine “de faire preuve de vigilance et d’éviter notamment les marchés aux bestiaux, vivants ou morts, de ne pas y manger de viande crue et d’éviter tout contact avec des personnes malades dans le Wuhan”. L’OMS organisera une réunion d’urgence à Genève ce mercredi.