Nasko Naskov a souffert du coronavirus
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Nasko Naskov a souffert du coronavirus © Nasko Naskov

Un salarié de Colruyt infecté par le coronavirus: “Je ne vois pas à quel autre endroit j’aurais pu l’attraper”

InterviewIl y a une dizaine de jours, nous vous avions transmis les inquiétudes de deux travailleurs de Colruyt pour leur santé. Ils estimaient que les mesures d’hygiène et de distanciation sociale destinées à éviter la propagation du coronavirus n’étaient pas suffisamment respectées à la préparation des commandes de l’entrepôt de Dassenveld (Hal). Un de leurs collègues a contracté la maladie. Nous lui avons donné la parole.

“Je n’ai aucune idée de l’endroit où j’ai pu attraper le coronavirus. Mais je pense que c’est au travail. Je ne vois pas à quel autre endroit j’aurais pu être contaminé.” C’est ce que nous a confié le salarié de Colruyt, Nasko Naskov. “Quand je fais mes courses, je mets mon masque, des gants et je me nettoie régulièrement les mains avec du gel hydroalcoolique. C’est la seule raison pour laquelle je sors de chez moi.”

Nasko habite à Lodelinsart (Charleroi) et travaille à l’accueil de l’entrepôt de Dassenveld. “Mais je suis cariste et secouriste aussi” ajoute-t-il. Pour lui, son employeur n’est pas responsable de sa contagion: “Ils font le maximum pour faire respecter les distances entre les gens. Il y a aussi des gants, des masques et du gel désinfectant partout. À la cantine, nous ne pouvons pas manger tous ensemble. Il y a un mètre, un mètre et demi entre les personnes. Et on peut aussi y acheter des produits de première nécessité sans devoir faire la file dans les magasins. Avant d’y entrer, il y a du savon et du gel hydroalcoolique à disposition. Si les distances entre les gens ne sont pas respectées, des sanctions tombent. Je ne sais pas si c’est possible de faire plus. Le problème, c’est que beaucoup de monde s’en fout de ces consignes.”

Premiers symptômes

Ses premiers symptômes, il les a d’ailleurs ressentis au boulot: “Je frissonnais. J’étais extrêmement fatigué. J’avais des maux de tête et quand je bougeais les yeux, les douleurs étaient encore plus intenses. Je toussais beaucoup aussi. Je suis allé voir mon chef pour lui demander ce que je devais faire. Il me croyait, mais il n’a pas su me conseiller car il n’est pas médecin. Il m’a juste dit que si je ne me sentais pas bien, je pouvais rentrer à la maison. Mais j’ai tout de même fini ma journée.”

Une fois à son domicile, il a pris sa température: “37,4 degrés. J’ai pris un Dafalgan”. Mais cela ne s’est pas amélioré par la suite: “Durant la nuit, j’ai transpiré beaucoup. J’ai dû changer mon t-shirt plusieurs fois. Je toussais sans arrêt au point de vomir. J’avais perdu le goût et l’odorat. Pourtant, habituellement, un parfum puissant pouvait me donner des maux de tête. J’avais très mal au dos. Et puis, j’étais vraiment épuisé. Je n’avais jamais connu ça auparavant. Je suis habitué à pratiquer beaucoup de sport. Mais même après l’effort, je n’ai jamais éprouvé une telle fatigue.” 

Notre interlocuteur n’est âgé que de 31 ans et il prenait toutes les précautions possibles pour ne pas être atteint par le coronavirus: “Je prenais ça très au sérieux. Quand je revenais du boulot, je changeais mes vêtements dans le salon et je les mettais dans un sac plastique. Je faisais un bain de bouche à l’eau salée. Je me lavais mon visage et mes mains. Mes chaussures de sécurité, je les laissais sur mon lieu de travail.”

Hospitalisation

Il a finalement dû faire appel à son docteur de famille: “Je lui ai téléphoné. Il m’a conseillé de rester à la maison. Je ne devais le recontacter que si mon état se détériorait. Dans ce cas, il se serait renseigné auprès des hôpitaux pour savoir dans lequel je pouvais me rendre.”

C’est ce qui s’est finalement passé: “J’ai été redirigé à l’hôpital Saint-Joseph à Gilly. Ils m’ont très vite pris en charge. Ils ont pris ma température. Ensuite, ils m’ont placé sur une chaise roulante. Je portais déjà un masque de peinture et des gants. Ils m’ont fourni du gel hydroalcoolique. J’ai été enfermé dans une pièce. Une infirmière vêtue de vêtements de protection m’a rendu visite. Elle a effectué deux prises de sang. L’une dans la veine et l’autre dans l’artère. Je manquais d’oxygène. Ils ont aussi réalisé une radio de mes poumons.”

Verdict: il était bien victime du coronavirus. “Ils m’ont dit que vu mon âge et mes antécédents médicaux jugés favorables, il était préférable que je retourne à la maison.”

Isolement à domicile

Mais son mode de vie a dû complètement changer: “J’étais cloîtré dans une chambre 24 heures sur 24. Mon cœur battait à tout rompre. C’est comme s’il déchirait ma poitrine. À chaque fois que je me levais, je manquais de tomber. Ma femme m’apportait à manger devant la porte. Je me sentais prisonnier. C’était difficile à vivre. Heureusement, mes filles me faisaient passer des petits messages par-dessous la porte. Grâce à internet, on restait également en contact. Mes collègues prenaient également régulièrement de mes nouvelles. Cela fait plaisir.”

Pour le reste, il n’y a pas eu de remède miracle: “J’avais un sirop à avaler et je prenais du Paracétamol. Je buvais aussi du thé. Des recettes de grand-mère.”

Chance

Aujourd’hui, il mesure la chance qu’il a: “Je n’ai pas été heureux d’attraper cette saloperie (sic). Mais je m’en sors plutôt bien quand je vois le nombre de morts qu’il y a. Ça n’a vraiment rien de comparable avec une grippe. C’est bien pire. La respiration ne passe pas et est sifflante. La gorge se ferme. On ne peut pas savoir si on va en réchapper. C’est une grosse source de stress pour moi et ma famille. Je me sentirais coupable si je refilais le virus à un de mes proches.”

Nasko n’est pas le seul membre du personnel de Colruyt à avoir été testé positif au coronavirus: “A ma connaissance, quatre de mes collègues ont été infectés dans le même entrepôt que moi.”

Les magasins d’alimentation n’ont jamais été contraints de fermer leurs portes depuis l’instauration des mesures de confinement. Vendredi dernier, le gouvernement fédéral a annoncé que tous les commerces pourraient redémarrer à partir du 11 mai prochain sous certaines conditions.

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