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Photo d'illustration tirée du film "I, Robot" d' Alex Proyas. © Capture d'écran

Des robots tueurs sèment l'inquiétude

NorvègeLa Norvège est au coeur d'une vive polémique après avoir décidé de financer un projet de développement de robots capables de prendre seuls la décision de tirer sur une cible.

C'est un projet complètement inédit auquel participe depuis plusieurs mois le gouvernement norvégien. Mais le développement de ces "munitions aériennes partiellement autonomes" que l'on nomme d'ores et déjà "robots tueurs" ne fait absolument pas l'unanimité au pays.

Pour les responsables de la Ligue norvégienne pour la paix, ce projet viole clairement le droit international. Ces robots auront en effet la capacité d'identifier une cible et de prendre la décision de la tuer, ou non, sans la moindre intervention humaine. De quoi susciter l'inquiétude d'un grand nombre de Norvégiens.

"Cette technologie soulève plusieurs questions morales, notamment sur ce qui se passe si l'humain disparaît totalement du champ de bataille au profit des machines, ou encore sur qui sera tenu responsable en cas d'erreur ou d'attaque violant le droit international", déplore The Local.

Dès le lancement de ce projet, la Ligue norvégienne pour la paix avait réclamé un débat au Parlement. Une requête qui n'aura finalement jamais abouti. "La Ligue a contacté tous les partis du pays pour réclamer un débat sur les conséquences potentielles de cette technologie autonome en regard du droit international. Le débat n'a jamais eu lieu", indique encore le site d'actualités norvégien.

Mais la Ligue pour la paix n'est pas la seule à s'inquiéter des répercussions de ce projet. Pour Christof Heyns, le rapporteur de l'ONU, ces nouvelles technologies ne sont pas sans risque. "Ces dix dernières années, on a vu s'accroître la distance entre le soldat et sa cible", explique-t-il. "Mais ce qui se passe là, c'est que l'arme devient le combattant. La Norvège est un gros exportateur d'armes. Nous devons donc être particulièrement attentifs aux questions éthiques que soulève ce projet".

Christof Heyns réclame donc un moratoire en attendant la définition d'un cadre juridique, et ce depuis plus d'un an. En vain. Interrogée à ce sujet, la ministre norvégienne de la Défense, Ine Eriksen Søreide, confirme qu'il s'agit là d'un dossier complexe mais refuse cependant catégoriquement de suspendre ce projet en attendant qu'un débat ait lieu.

"Il serait inopportun d'interdire le développement des robots tueurs", déclare-t-elle. "Il est d'ailleurs difficile de savoir ce que recouvre cette notion puisqu'aucune technologie ne peut actuellement recevoir ce qualificatif".