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Samedi à 02H49 du matin (07H49 GMT), sur le pas de tir mythique 39A de Cap Canaveral, en Floride, une fusée Falcon 9, avec à son sommet une capsule Crew Dragon, décollera en direction de l'ISS, où la capsule doit s'amarrer le lendemain, avant de revenir sur Terre le 8 mars. © belga

SpaceX, sous pression, ne peut pas se louper

Avec trois ans de retard sur le calendrier initial, SpaceX va tenter samedi d'envoyer un mannequin vers la Station spatiale internationale (ISS). De ce lancement dépendra le retour très attendu des vols habités sur le sol américain, peut-être cette année si tout va bien.

Depuis le retour de la navette américaine Atlantis le 21 juillet 2011, plus aucun astronaute ne s'est envolé dans l'espace depuis les Etats-Unis. La Nasa paie les Russes 82 millions de dollars par astronaute pour l'aller-retour vers l'ISS.

En 2014, l'agence spatiale américaine a signé avec SpaceX et Boeing pour prendre le relais. Mais le développement a pris du retard, car les critères de sûreté sont plus exigeants que pour lancer des satellites. Deux des quatre navettes initiales de la Nasa, Challenger (1986) et Columbia (2003), se sont désintégrées, et personne ne veut revivre ce cauchemar.

Samedi à 02H49 du matin (07H49 GMT), sur le pas de tir mythique 39A de Cap Canaveral, en Floride, une fusée Falcon 9, avec à son sommet une capsule Crew Dragon, décollera en direction de l'ISS, où la capsule doit s'amarrer le lendemain, avant de revenir sur Terre le 8 mars. Si tout se passe bien, le prochain voyage aura deux astronautes à bord de la capsule, qui contient sept sièges. En théorie en juillet, mais là encore, des retards sont probables.

"Ces choses-là prennent toujours plus longtemps que prévu", dit à l'AFP Lori Garver, qui était numéro deux de la Nasa lors de l'attribution des contrats, sous Barack Obama. A l'époque, la décision était controversée. Au Congrès, des élus contestaient le changement de modèle, et la perte de contrats et d'emplois pour les grands groupes aérospatiaux traditionnels installés dans leurs Etats. "Nous n'avons plus beaucoup de héros, et les astronautes sont nos héros", analyse Lori Garver. "Il a été difficile pour certains de voir la Nasa céder une partie du contrôle du transport des astronautes à des compagnies. Ça l'est toujours pour certains".

Moins cher
SpaceX n'est pas novice et connaît bien l'aller-retour Terre-ISS. La compagnie fondée par Elon Musk et basée à Los Angeles a réussi 15 ravitaillements depuis 2012; une fusée a explosé en 2015. La version 2 de Dragon est adaptée de la version cargo qui a démontré sa fiabilité. Le lancement de samedi n'en est pas moins un "big deal" -"très important"-, a dit l'un des tout premiers salariés de la compagnie, Hans Koenigsmann, vice-président de SpaceX.

"C'est une première étape absolument critique pour le retour des vols habités ici aux Etats-Unis", a dit William Gerstenmaier, administrateur adjoint de la Nasa. Mais "peu de gens pensaient qu'il se passerait autant de temps entre la fin de la navette et l'arrivée d'un nouveau véhicule", a dit l'ancien historien en chef de la Nasa Roger Launius à l'AFP.

Le refroidissement des relations avec la Russie n'a fait qu'accentuer la pression pour refaire voler des astronautes depuis les Etats-Unis. La Nasa s'est toujours reposée sur l'industrie pour son programme spatial. Dans les salles de contrôle d'Apollo, rappelle Roger Launius, "presque tous les gens étaient des sous-traitants, pas des salariés de la Nasa".

La nouveauté est que l'agence ne paie plus la totalité du développement et ne possède pas les appareils. Elle achète un service, pour un montant fixe: les contrats de 2014 prévoient 4,2 milliards pour Boeing et 2,6 milliards pour SpaceX, avec six missions incluses en plus du vol d'essai -- une fraction des quatre milliards de dollars annuels qu'aurait coûté la prolongation des navettes, selon Lori Garver.

La mission-test de Boeing, sans humain, est prévue en avril. Michael Neufeld, conservateur au musée de l'Air et de l'Espace Smithsonian de Washington, souligne aussi le choix de la Nasa de se reposer sur deux compagnies concurrentes. "L'une des leçons des navettes est de ne plus parier sur un seul véhicule", dit-il à l'AFP. "S'il y a un accident, au moins on ne sera pas complètement coincés".