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"Tout ce que vous pensez savoir sur la monogamie est un mensonge"

Dans son livre "Untrue", l'autrice et journaliste Wednesday Martin brise un mythe communément admis: celui qui voudrait que les femmes soient "naturellement" monogames.

Diplômée en anthropologie et mariée depuis presque vingt ans, Wednesday Martin s'est longtemps sentie "anormale" à cause de ses envies sexuelles. "Mes amies et moi, on pensait que quelque chose ne tournait pas rond chez nous, parce qu'on avait du mal avec la monogamie", explique l'autrice américaine à Cheek Magazine. "Mais plus je lisais d'articles de sexologie, de primatologie, d'anthropologie, plus je me rendais compte que les femmes pour qui la monogamie est un combat sont des femmes normales. Avec mon livre, je voulais utiliser les sciences naturelles et humaines pour donner aux femmes des informations leur permettant de se sentir plus à l'aise avec ça."

Une discussion nécessaire
En septembre dernier, elle a sorti le livre "Untrue", dans lequel elle affirme: "Tout ce que vous pensez savoir sur la sexualité féminine et la monogamie est un mensonge." Ses recherches ont duré trois ans. Elle a interrogé de nombreux experts ainsi qu'une trentaine de femmes âgées de 20 à 93 ans qui se disent non-monogames. "Quand mon mari et moi nous sommes mariés, comme la plupart des couples hétérosexuels que je connais, nous n'avons jamais eu de conversation sur la monogamie. Nous l'avons simplement présumée", indique Wednesday Martin sur le site The New Daily. Et quand ils ont enfin eu cette discussion, ils sont devenus "plus intéressants l'un pour l'autre."

L'exemple des bonobos
"On a toujours pensé que les hommes étaient plus aventureux sur le plan sexuel, tandis que les femmes seraient naturellement plus enclines à la monogamie. Mais il est temps de revoir ce discours." Dans son travail, Wednesday Martin évoque l'exemple des singes bonobos, l'espèce animale qui se rapproche le plus des êtres humains. "Les bonobos nous racontent une histoire totalement inconfortable sur notre préhistoire évolutive", estime l'autrice. Chez ces primates, proches des chimpanzés, ce sont les femelles qui mènent la danse et établissent leur pouvoir en ayant des relations sexuelles avec d'autres femelles et en contraignant les mâles. Une sorte de "matriarcat lesbien" selon Wednesday Martin.

Le Skirt Club
Lors de ses recherches, elle a assisté à une soirée du "Skirt Club", un club exclusivement féminin composé d'environ 11.000 femmes (pour la plupart hétérosexuelles) qui se rassemblent dans une dizaine de villes à travers le monde. Le principe? Explorer sa sexualité dans un environnement rassurant et sans jugement. "Je ne pouvais pas en croire mes yeux", assure Wednesday Martin. Elle raconte une "vraie révélation". Selon une étude relayée par Slate l'été dernier, "les personnes dans une relation consentie et non-monogame ont le même niveau de satisfaction relationnelle, de bien-être psychologique et sexuel que les monogames."

Une révolution
"Certaines femmes sont en train de mener une sorte de révolution non-monogame", poursuit l'autrice sur le site de Cheek. "J'ai discuté avec des expert·e·s du couple qui ont prouvé que la plupart du temps, ce sont les femmes qui plaident pour ouvrir la relation. Ce sont aussi des femmes qui sont à la tête du mouvement polyamoureux, ce sont des femmes qui veulent introduire plus de variété dans leurs relations sexuelles. Mais je ne pense pas que la monogamie disparaisse. C'est d'ailleurs un arrangement qui correspond très bien à certaines personnes, même si c'est très rare que ce soit satisfaisant pour toute une vie. Je ne voudrais pas qu'on pense que je suis contre la monogamie."