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Dance avec Sharko, exigeant et instinctif

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"Sharko propose un rock simple, rafraichissant, décalé". Voilà l'explicatif du site officiel du groupe belge sur lequel on tombe lorsqu'on fait une recherche à leur sujet sur la toile. Ce descriptif valait pour les quatre premiers albums de Sharko, il est toujours d'actualité pour le cinquième, sorti il y a quelques jours.

On se doit cependant de rajouter, pour que la "définition", si tant est qu'il soit possible de définir objectivement un disque, soit complète, que David Bartholomé et ses deux acolytes ont louché légèrement vers la dance.

Dance on the beast devrait faire gesticuler les guibolles et
dodeliner les têtes, d'abord dans l'intimité des maisons quand la
galette sera glissée dans une chaîne hifi perso, ensuite sous des chapiteaux (aux Nuits du Bota) et en plein air (aux Packrock Festival et aux Ardentes). Rencontre matinale avec un David Bartholomé pensif.

Ca y est, ce nouvel album est sorti. Comment vous sentez-vous? Angoissé?
Non, les angoisses sont tellement importantes avant ça... Maintenant, l'album va prendre vie. Il ne m'appartient plus.

Dans quel état d'esprit étiez-vous au moment de travailler sur ce disque ?
Un peu plus de confiance que la dernière fois, une vision plus forte, une énergie plus grande pour défendre cette vision, un angle beaucoup plus défini et une destination. (Il réfléchit, sourit.) C'était ça la question ?

Cette assurance était différente par rapport à d'habitude ?
Oui. Il est arrivé que je rentre en studio sans aucune direction, pour
capturer une urgence, une frénésie et de se dire que tout était
possible. Mais quand on n'a pas le luxe de passer trois mois en
studio, par expérience, c'est casse-gueule. Alors que là, je savais.
J'avais beaucoup travaillé avant et relativement peu pendant. Et c'est
ça le truc. En tout, il y a eu deux ans de réflexion. On a réfléchi à
une cohérence, à l'arrangement, à un son alors qu'avant je me disais que c'était à l'ingénieur du son de gérer ça.

Et donc dans vos réflexions, il y avait l'envie de faire un disque pour danser...
C'était de travailler plus sur l'enthousiasme ou en tout cas sur les
sons qui sont efficaces dans l'enthousiasme. Je cherchais une espèce
de "yes".

Vous avez travaillé, pour ce disque comme pour celui d'avant avec le producteur Dimitri Tikovoi (qui a travaillé précédemment avec Placebo, NdlR.). Qu'est-ce qu'il vous amène ?
Il est fort pour capturer des choses qui sont profondément ancrées. Il
y a deux écoles. Il y a des gens qui disent que c'est pervers de
bousculer à ce point les gens pour capturer une essence. Et puis il y
en a d'autres qui disent que c'est une méthode qui vaut ce qu'elle
vaut mais qui, artistiquement, produit quelque chose. C'est très
intéressant d'avoir une écoute et d'entrer en guerre occulte avec
quelqu'un qui veut absolument obtenir le meilleur de vous, même si
c'est violent et brutal.

Entre l'album d'avant et celui-ci, vous avez perdu...
... deux kilos...

... votre batteur, Julien Paschal, et vous avez été rejoint par Charly de Croix. Ca change quelque chose ?
Oui, des réactions qu'on ne pensait plus avoir parce que l'habitude endort. C'est comme dans un couple. Quand on a la rupture et la douleur qui va avec, et qu'on rencontre quelqu'un après, on a un coup de fraîcheur. Là, ne serait-ce que par l'enthousiasme de Charly... Après 8 ans avec Julien, quand on présente une nouvelle chanson, il n'y a plus d'enthousiasme, c'est juste naturel. Donc ça apporte une fraîcheur.

Il est parti parce qu'il en avait marre du rythme...
Il était épuisé. Je peux comprendre. Je suis exigeant aussi.
Qualitativement. Ce n'est pas parce qu'on est un groupe de rock belge qu'il faut prendre ça à la légère.

Vous avez fait une dépression en 2005-2006, c'était lié à ce rythme effréné?
Un peu. C'était surtout que l'album III n'a pas trouvé son public.
C'était très déstabilisant parce qu'on avait connu avec l'album
d'avant un succès public. Je crois m'être un peu gonflé la tête. On revenait d'une tournée en Angleterre, on avait une super bonne presse là-bas, je me disais que ça serait une progression tout à fait naturelle. Mais non et j'ai eu l'impression de ne pas être dans l'air du temps du tout, de ne pas être tombé dans le bon sillon et de ne pas avoir eu l'instinct de la bonne fibre populaire et d'avoir fourni un artisanat, un bricolage qui n'a pas convaincu. Je n'ai pas compris. J'avais passé beaucoup de temps sur ce disque. Et puis je sentais de plus en plus que ce que nous faisions sur scène nous ressemblait de moins en moins. Il m'a fallu du temps pour l'assimiler, le digérer. L'album n'a pas été compris, ça m'a vraiment bousculé.

Aujourd'hui, vous avez appris à relativiser, à vous dire que si Dance on the beast ne marche pas, ce n'est pas grave ?
Il y a plus de maturité par rapport à cette adversité-là, mais je n'en
sais rien. Il faut faire attention à ne jamais perdre son instinct. Et quand on l'impression qu'on l'a perdu, qu'on s'est laissé aveugler par plein de choses, c'est destructeur au possible. Si Sardou vient faire trente Forest National bientôt et qu'il demande Sharko en première partie, je dirai non, j'aime pas Michel Sardou, je ne me vois pas faire trente fois Forest, ce n'est pas mon public, ce n'est pas ça que j'ai envie de faire. Ca va résonner en moi de façon très claire : mon instinct va me dire non. Et le boss du label va me pousser dans l'autre sens, en me disant que ça va m'ouvrir des portes... C'est comme ça qu'un jour on perd son instinct, on se retrouve à Forest National en se demandant qu'est-ce que je fous là ? On en veut à la terre entière, à soi en premier parce qu'on ne s'est pas assez écouté.

Votre public a changé depuis Julien Doré ?
Sincèrement non. Je me suis rendu compte que le public de Julien Doré, sans dénigrer ou faire la langue de pute, est un public de télévision généraliste. Il n'a pas cette science de la découverte. Je suis juste un satellite anecdotique autour de Julien Doré, juste une petite lune. Et ça, c'est dû à son public pour le moment. Je pense que si un autre artiste, adulé par les music lovers comme PJ Harvey par exemple disait: je kiffe Sharko, là, du coup, ce public-là va se demander quoi et nos vidéos sur YouTube vont exploser.

Vous jouerez le mois prochain aux nuits du Bota. Vous y êtes attendus, c'est votre public. A quoi peut-on s'attendre ?
A rien d'extrêmement spectaculaire. Il n'y aura pas d'homme-fusée, de canons... Un truc que j'ai compris il y a pas longtemps, c'est que je
voulais afficher cette proximité, cette humanité qui me faisait
parfois défaut avant. J'ai envie d'être proche des gens.

Déborah Laurent