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"Despite all my rage, I'm still just a rat in a cage" a résonné dans un Forest National qui n'attendait que ça, et le public en a eu pour son argent.

Les Smashing Pumpkins enflamment Forest National

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Billy Corgan s'est donné à mille pourcent hier soir, et le public a plus qu'apprécié sa performance.
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Ginger Reyes, bassiste pour les tournées des Smashing Pumpkins depuis 2007, semble avoir toujours tenu ce rôle.
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Les Smashing Pumpkins étaient hier soir à Forest National et Billy Corgan et sa bande n'ont pas failli à leur réputation d'excellence musicale. Malgré quelques problèmes d'organisation et certaines longueurs vers la fin du concert, les spectateurs étaient dans l'ensemble plus qu'enchantés du spectacle auquel ils ont assisté.

Tout commence vers 20h20, lorsque, entrés dans le hall de Forest National et ne se souciant absolument pas du concert en première partie qui se terminait, nous partons à la recherche d'une simple bière, histoire de se désaltérer en attendant le concert qui ne manquerait pas de nous faire transpirer. Première surprise: impossible d'accéder à aucun des deux bars, des barrières empêchant d'accéder à certaines parties du hall entourant l'enceinte où se déroule le spectacle.

Organisation incompréhensible
Nous tentons donc de nous diriger vers la "fosse". Désarroi à nouveau lorsque l'on nous explique la nouvelle manière de gérér les spectateurs à Forest National: seules 2.500 personnes sont autorisées à assister au specacle depuis la "fosse".

Mais de nombreuses personnes enjambent les barrières séparant les places assises du parterre tant convoité. La sécurité nous demande seulement de ne pas le faire devant leurs yeux, nous expliquant même à quel endroit nous aurons le plus de chance de passer inaperçus. En dix ans de concerts à Forest National, aucun d'entre nous n'avait jamais vu pareille gestion ubuesque du public et de la salle. Mais le houblon nous fait vite oublier cet incident résolu, et nous commençons à nous frayer un chemin parmi le public pour voir les Citrouilles Dévastatrices d'aussi près que possible.

Place aux artistes
Les lumières de la salle s'éteignent, lançant le frisson caractéristique du commencement à travers la foule, et les choses sérieuses commencent peu après. Les Smashing Pumpkins ne roulent vraisemblablement pas au diesel, tant le public a à peine le temps de s'enfoncer ses earplugs à cinq euros dans les oreilles pour en préserver ce qui peut encore l'être. Porcelina of the Vast Oceans entame la soirée et situe directement le groupe parmi l'élite du spectacle international, la prestation s'annonçant carrée sans en avoir l'air, Billy Corgan et Jeff Schroeder rendant ses lettres de noblesse à la guitare électrique, mariant à la perfection l'opéra rock avec le metal, hérissant tous les poils et hypnotisant les esprits captivés par des riffs juste assez aggressifs pour donner toute l'énergie aux mélodies enchanteresses offertes à nos oreilles excitées par des préliminaires qui disent: "la soirée sera longue et l'orgasme garanti!"

Lorsqu'après quelques morceaux retentit l'intro de Tonight, tonight la foule est traversée d'électricité et d'excitation. Tous les fans, les plus vieux comme les plus jeunes, communient en accompagnant le chant plus assuré que jamais de Billy, heureux de voir que le public n'a pas oublié les tubes qui ont popularisé le combo originaire de Chicago à travers le monde. Corgan semble malgré tout parfois pressé d'en finir plus rapidement avec les grands classiques qu'avec les morceaux des derniers albums du groupe. Cependant, rien n'est bâclé ni laissé au hasard et le public en est bien conscient. Les musiciens remplaçant
les anciens membres du groupe font presque oublier ceux-ci. Jeff Schroeder (guitare), Ginger Reyes (basse) rappellent cruellement à James Iha et D'arcy Wretsky qu'ils sont moins indispensables au groupe que Biily Corgan et Jimmy Chamberlain (batterie). Lisa Harriton, au clavier, ne semble même pas forcer son talent pour envelopper le tout d'un clavier électrique que les plus grands jazzmen ne renieraient pas.

Le rock de tous les paradoxes
Tous les soucis de la vie réelle sont oubliés pendant plus de deux heures d'un concert passant en revue tous les albums, faisant
la part belle aux productions les plus récentes, expédiant de ci de là un tube ou deux pour ravir les plus âgés des fans. Bullet with Butterfly Wings fait exploser la salle, la foule s'agite de plus en plus, tirée de la douce torpeur où l'avait plongée une première partie plus douce et mélodique, hurlant furieusement "Despite all my rage I'm still just a rat in a cage" dans un silence total, prouvant aux Pumpkins que le public belge connaît les paroles, chante relativement juste et sait respecter le tempo, au plus grand bonheur de Billy qui écoute son public lui offrir le cadeau d'une foule reprenant son rôle, la guitare en moins.

Enchaînant sur un 1979 en version accoustique, le concert entre alors dans sa dernière partie avec un Everlasting Gaze qui se veut être le clou du spectacle. Seul bémol à cette fresque enchanteresse, la fin du concert tire un peu en longueur avec des morceaux instrumentaux qui achèvent de fatiguer un public épuisé de bonheur. Après presque un quart d'heure instrumental ravissant les puristes mais intéressant moins le fan lambda, et conclu sur un Star spangled banner version citrouille, le groupe quitte la scène, avant de la rejoindre quelques minutes plus tard pour un rappel convenu mais toujours apprécié du public, avec I Don't Mind.

Billy le comique
Comme toujours, Billy ne s'adresse au public qu'à une ou deux reprises, mais à chaque fois pour une petite scéance de "stand-up comedy" improvisée, s'excusant pour la millième fois d'un concert au Cirque Royal où la voix défaillante du chanteur les avait poussés
à arrêter le spectacle après deux chansons. Ces interventions donnent une touche sympathique à un groupe trop souvent décrié
pour la mégalomanie et la supposée attitude prétentieuse de son génie de chanteur-guitariste.

Grande soirée donc hier à Forest, dont personne n'est sorti indemne, la tête résonnant encore de guitares distordues et de solos de batterie impressionants. Heureux, mais fatigué, le public s'endormira facilement d'épuisement et de bonheur, tentant d'oublier l'absence malheureuse dans la playlist de chansons telles que Zero ou encore X.Y.U.! Ces oublis vite rangés dans un coin de la conscience, l'inconscient prend alors le dessus pour nous faire revivre ce moment magique toute la nuit à travers des rêves extravagants remplis de musique douce et tonitruante, enragée mais pleine d'amour, triste et énergique tout à la fois. Car c'est avant tout cela, les Smashing Pumpkins!

Thomas Halter