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Alex Vizorek © Mehdi Manser

Alex Vizorek: “J’ai peur que “Danse avec les stars” m’appelle”

InterviewÇa fait dix ans qu’Alex Vizorek, le plus français des humoristes belges, joue son spectacle (“Alex Vizorek est une œuvre d’art”) à guichets fermés. Un one-man-show qu’il présentera pour la dernière fois chez nous en janvier avant de s’attaquer à l’écriture de son “Tome 2", prévu pour le printemps 2020. “C’est donc votre dernière chance de voir le meilleur spectacle de la décennie”, plaisante-t-il. Rencontre.

Jouer le même spectacle pendant dix ans, ce n’est pas un peu lassant?

“Je compare ça au sexe. Quand tu fais l’amour tous les jours, parfois trois fois par jour, tu as l’impression d’être dans une répétition. Mais, quand tu n’as plus fait l’amour depuis trois ou quatre jours, tu as envie de t’y remettre. C’est pareil avec mon spectacle. Et, quand j’arrêterai, je suis sûr qu’il va me manquer. C’est comme si on te disait que tu n’avais plus que dix occasions de faire l’amour, tu donnerais tout. Mais bon, j’ai passé dix ans de ma vie à le jouer en moyenne 80 fois par an, il faut passer à autre chose...”

Vous jouerez d’ailleurs votre nouveau spectacle, “Tome 2", au Théâtre de la Toison d’Or à partir du 29 avril. C’est quoi le pitch?

“Euh... Il me reste encore six mois pour l’écrire, non?! (sourire). J’ai la pression car la moitié des billets sont déjà vendus. J’ai écrit plein de choses, maintenant, il faut les remettre en place. Mes chroniques chez Ardisson, en télé, et sur France Inter, en radio, ont accaparé beaucoup de mon temps. Même si, évidemment, je travaille avec des auteurs. Sans eux, ça aurait été impossible de tenir le rythme.”

“Je refuse qu’on dise que je fais de l’humour intello.”

Votre premier spectacle a, en plus d’être drôle, une visée pédagogique puisqu’il tend à vulgariser et démocratiser l’art...

“Il y a des gens qui sont fainéants, qui ne veulent pas aller au musée, mais il y a ceux aussi qui croient que ce n’est pas fait pour eux. Parce que les intellectuels ont ce côté cloisonnant et ils arrivent à rendre le truc tellement chiant parfois... Mon spectacle, c’est de l’humour. Pas de l’humour intello, ça ne veut rien dire, ça fait peur aux gens, et je refuse cette caractéristique. Mais, c’est vrai, que ce soit dans mes chroniques ou sur scène, je fais référence à des peintres, à des films. Ça flatte l’égo de ceux qui connaissent, qui ont vu et tant mieux si ça en amène d’autres à se renseigner sur le sujet. J’ai reçu deux ou photos de personnes qui s’étaient pris en selfie devant un tableau de Fontana, qui peignait des tableaux monochromes dans lesquels il donnait un, ou plusieurs, coups de cutters. Des gens m’ont dit qu’ils avaient regardé “Mort à Venise” sur Arte. Et là, j’ai tout gagné. J’en discutais avec Jean-Luc Lemoine qui me disait que, grâce à “Touche pas à mon poste”, des gens qui n’avaient jamais été au théâtre, étaient allés le voir sur scène. Ce n’est pas un problème culturel ou intellectuel. D’ailleurs, je ne suis pas né dans une famille d’universitaires. C’est un problème sociétal. Je dis toujours qu’on peut aimer “Les bronzés font du ski” et Visconti.”

“Je n’ai jamais dépensé autant d’argent de ma vie que pour un tableau.”

Quelle est la forme d’art que vous affectionnez le plus?

“En tant que consommateur, la peinture. Et, en vivant à Paris, je suis servi. Je vais voir un tas d’expositions. J’ai chez moi un tableau, je ne vous dirai pas lequel... Je n’avais jamais dépensé autant d’argent pour un truc de ma vie. Mais bon, je n’ai pas de voiture. Et ce n’est pas un Léonard de Vinci, ne venez pas me braquer!”

Et celle dans laquelle vous êtes le moins bon?

“Je suis un très très mauvais danseur. J’ai cette angoisse que “Danse avec les stars” m’appelle parce que, pour la première fois de ma vie, je devrais dire “non” à quelque chose. En boîte de nuit, je suis le mec qui drague au bar. Je n’ai jamais conclu grâce à mon déhanché.”

Votre film préféré, c’est...

“Les enfants du paradis”. Un film de cinéma sur le théâtre, le métier d’acteur, de mime, sur l’amour. Avec cette citation magnifique: “Paris est tout petit pour ceux qui, comme nous, s’aiment d’un si grand amour.” Bon, c’est en noir et blanc et un peu long mais, regardez-le en trois ou quatre épisodes, comme une série Netflix, vous ne serez pas déçus. J’aime bien la période américaine des années 1950. J’aurais adoré être Humphrey Bogart. Lui, il lui suffisait d’allumer une clope pour que tout le monde l’écoute, moi j’ai été obligé de faire des blagues (pause). Je me rends compte que j’ai des références très vieilles. C’est pas comme ça que je vais pécho. J’écoute Roméo Elvis et Angèle aussi, parfois.”

“J’ai le sentiment d’être plus connu en France qu’en Belgique mais je ne me sens pas Français du tout.”

Vous participerez aussi au “Noël en famille” de Pablo Andres le 10 décembre prochain au Théâtre Royal de Mons. Qu’avez-vous prévu?

“Un sketch de sept minutes sur les enfants qui sont insupportables. Je suis un peu pédophobe (rires). Je n’aime pas trop le climat, je ne suis pas fou du bonnet, du sapin, de la neige mais Noël me rappelle de plutôt bons souvenirs en famille. Et puis, je suis content d’être de retour en Belgique. Je suis chez moi. Même si j’ai le sentiment d’être plus connu en France qu’en Belgique, parce que je suis plus présent dans les médias, je ne me sens pas Français du tout. Je suis content d’être là-bas mais je suis complètement Belge.”

En spectacle le 10/1 au Théâtre Royal de Mons, le 11/1 au Forum de Liège, le 12/1 au Cirque Royal de Bruxelles et à partir du 29/4 au Théâtre de la Toison d’Or. Infos et réservations: www.ticketmaster.be