Avec “Casées”, Mégane Ross met à mal les clichés sur l’homosexualité

Bien que les mentalités commencent à changer et que les préférences sexuelles et différentes identités de genre sont de mieux en mieux acceptées, demeurent tout de même quelques clichés. Des idées reçues qui se transforment parfois en paroles blessantes. Mégane Ross démonte ces clichés dans sa première pièce de théâtre intitulée “Casées”, qu’elle présentera au public pour deux représentations, le 15 janvier 2020.

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“Casées” est l’histoire semi-autobiographique d’une jeune fille qui découvre sa sexualité. © D.R.

Après un baccalauréat en communication à Liège, Mégane Ross, une jeune modavienne de 26 ans poursuit son rêve de devenir comédienne et intègre le très prestigieux Cours Florent de Bruxelles où elle suit une formation en théâtre. Lors d’un atelier “carte blanche”, en deuxième année, elle aborde pour la première fois le sujet de l’homosexualité. Une présentation qui lui vaut les félicitations de ses compères et qui lui donne envie de poursuivre sur cette thématique. C’est comme cela qu’en dernière année, elle propose sa première pièce intitulée “Casées”. Un travail de fin d’étude qu’elle a présenté à trois reprises, en juin 2019. Le directeur de l’école bruxelloise propose alors à la jeune diplômée de rejouer sa pièce en 2020, malgré le fait qu’elle n’ait pas été sélectionnée par le jury pour la saison à venir. Le 15 janvier prochain, elle jouera donc à nouveau son œuvre devant le public belge.

“Casées”, c’est l’histoire d’un couple de femmes qui, malgré elles, sont mises dans une case. “Casées”, c’est l’histoire de la découverte, de l’acceptation, mais aussi du déni et de l’affirmation. “Casées”, c’est deux femmes, deux identités, deux façons de vivre sa sexualité. “Casées”, c’est la mise à mort des clichés sur l’homosexualité féminine.

Mi-autobiographie, mi-fiction

“Ce thème me touche personnellement. J’ai découvert sur le tard que j’étais attirée par les filles. Au début, c’était d’une seule personne. J’essayais de me rassurer en me disant que j’étais bisexuelle. Puis j’ai compris que j’aimais uniquement les filles. J’avais 22 ans quand j’ai enfin pu m’assumer”, explique Mégane, qui ajoute s’être beaucoup questionnée après la vision du film “Carol”, avec Cate Blanchett.

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Dans ce couple, l’une assume, l’autre s’interroge. © D.R.

Dans “Casées”, le couple est composé d’une fille qui sait et assume pleinement sa sexualité et d’une autre qui s’interroge. Au départ, Mégane se retrouvait dans ce second rôle, qu’elle incarne sur scène. Mais écrire et mettre en scène cette pièce l’a aidée à s’affirmer comme le fait l’autre personnage. Toutefois, cette pièce n’est pas totalement autobiographique. Certains passages fictionnels s’inspirent du vécu d’autres filles homosexuelles, de discussions et de documentations sur le sujet. Les comédiennes ont aussi eu une grande part de responsabilité dans le texte. “Elles ont influencé l’écriture et m’ont aidée dans l’ajout de certains passages. Elles sont venues avec des anecdotes personnelles, des points de vue de personnes hétéros. J’ai trouvé ça fabuleux”, indique la jeune modavienne. Elle se sert également de l’actualité et a ajouté deux nouvelles séquences qui concernent notamment la question de la PMA, pour ses représentations de janvier prochain.

Méconnaissance et stigmatisation

Avec son spectacle mêlant acting, chant et danse, Mégane veut faire prendre conscience que l’homosexualité féminine est trop souvent méconnue, sans toutefois être moralisatrice. “Je me suis rendue compte que beaucoup de personnes avaient des idées préconçues sur le sujet. Par exemple, le cliché du couple de camionneuses ou celui de la fille féminine avec une fille masculine”, regrette Mégane. “Quand certains ont appris que j’aimais les filles, ils m’ont lâché : “c’est marrant, on ne dirait pas que t’aimes les filles”, comme s’il y avait une tête pour l’emploi”, ajoute-t-elle.

Mégane souhaiterait par ailleurs présenter sa pièce dans les écoles. Selon elle, il est important de toucher les enfants dès le plus jeune âge, afin de leur faire comprendre que s’ils sont attirés par des personnes du même sexe, ça n’a rien d’anormal. “C’est peut-être moins le cas maintenant, mais quand j’étais petite, on était éduqué comme un petit garçon ou comme une petite fille. Puis vient éventuellement le jour où l’on se pose des questions sur son identité et son orientation sexuelle, et ça peut être terrible, parfois. Je pense sincèrement que plus on apprend tôt, moins on est critique et plus on est ouvert”, souligne Mégane.

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Pour "Casées", Mégane Ross porte les casquettes d'auteure, metteuse en scène et comédienne. © D.R.

Double représentation

Le fil rouge de la pièce, c’est le regard. Le regard porté sur soi-même, le regard d’une communauté dont les membres se tirent parfois dans les pattes et le regard des autres de manière générale. Après sa première représentation devant les autres étudiants, un ami en particulier est allé la voir. “Il m’a dit qu’il avait eu une claque, qu’il avait été ému et s’était senti impliqué malgré ses réticences. Il pensait qu’en tant qu’homme hétéro, la question de l’homosexualité féminine ne pouvait pas le toucher. Alors que si. Cela peut concerner tout le monde, ou moins faire prendre conscience de certaines difficultés auxquelles ont est confrontée en tant que femme homosexuelle”, conclut la jeune comédienne en devenir, qui espère pouvoir présenter “Casées” dans d’autres théâtres et même, dans ses rêves les plus fous, au festival d’Avignon.

Mégane Ross sera sur scène le 15 janvier prochain, pour deux représentations, au Cours Florent (5 rue Charles Demeer, à Bruxelles). La première à 17h et la seconde à 19h. L’entrée est gratuite, mais les places sont limitées à 35 personnes par horaire. Réservation à l’adresse mail casees.reservations@gmail.com.

Création et mise en scène : Mégane Ross. Assistée de Clémence Baron et Zoé Kavvadias. Avec : Mégane Ross, Caroline Saule et Romane Savoie.

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