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Camille Lellouche en spectacle à la Cigale © Laura Gilli

Camille Lellouche: “Quand je parle de la violence faite aux femmes, on m’écoute”

Elle a conquis ses followers grâce à des personnages fantaisistes, comme Charlotte-Léonie, l’écolo-bobo, ou la cousine de Kim Kardashian. À 33 ans, Camille Lellouche quitte Instagram pour donner vie aux héroïnes de son imagination sur scène. Rencontre...

Camille, les femmes sont les principales cibles de votre spectacle. Les piquer là où ça fait mal, c’est votre façon de leur déclarer votre flamme?

“Oui. J’éprouve beaucoup de tendresse pour elles. Le fil conducteur de ce spectacle, c’est la solitude des femmes. Ce sentiment touche tout le monde, qu’on soit riches ou qu’on soit pauvres.”

Vous aussi?

“Évidemment. À l’époque où je bossais dans la restauration, je me sentais très seule. Je terminais mon service, je mangeais un bout, je rentrais chez moi à 2 heures du matin et je filais me coucher. Ma vie sociale était un peu au point mort. Puis, il y a eu une rupture amoureuse. Contrairement aux hommes qui, même s’ils ont été en couple pendant quinze ans, peuvent retrouver une nana dont ils vont tomber fous amoureux dans les trois mois, les femmes ne se recasent pas tout de suite. Sans doute parce qu’on est capables de ne compter que sur nous-mêmes, de nous faire à manger. On se suffit à soi-même et, du coup, on reste seules plus longtemps. On tombe dans une sorte d’engrenage.”

Sur scène, vous chantez un morceau dans lequel vous dites vouloir être un garçon. C’est le cas?

“J’ai écrit cette chanson à 15 ans. Les paroles sont super légères, c’est facile à retenir. Je pensais surtout au fait que, pour les filles, c’est plus délicat de pisser en rue. Car, oui, ça m’est arrivé. Je suis comme tout le monde.”

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Camille Lellouche © Prescription Lab (cover)

L’un de vos plus grands combats, c’est de lutter contre la violence faite aux femmes. Vous en parlez aussi en spectacle?

“Oui, parce que personne ne s’y attend. Qu’elle soit physique ou morale, on a tendance à trop banaliser la violence faite aux femmes. Lors d’un dîner, on va dire : “T’as appris que Brigitte s’était fait casser la gueule? Passe-moi le pain.” On passe à autre chose. Sur scène, quand je parle de la violence envers les femmes, on m’écoute. Parce que ça crée un malaise. Il y a des gens qui se mettent à pleurer, d’autres qui se demandent pourquoi je me mets à parler de ça. Ça ne laisse pas indifférent.”

Vos personnages s’inspirent de vraies femmes?

“Oui. Notamment des femmes que j’ai servies quand je travaillais dans la restauration. Des femmes parfois un peu pathétiques qui se faisaient tromper, tabasser, qui te disent : ‘Il me tape, mais ce n’est pas de sa faute. Il était fatigué.’ Des femmes qui aiment des pervers narcissiques, des femmes à qui l’on a lobotomisé le cerveau. Même quand elles n’ont rien fait, c’est de leur faute.”

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“Si je perds mes followers, tout le reste marchera moins bien”

Sur Instagram, vous avez largement dépassé le million d’abonnés. Vous trouvez encore le temps de les faire rire?

“Il le faut, je leur dois tout. Si je perds mes followers, tout le reste marchera moins bien. C’est eux qui m’ont mise en lumière. Et, parmi eux, certains n’ont pas la culture du théâtre, d’autres n’ont pas les moyens, ou pas l’envie de venir me voir en spectacle mais je ne vois pas pourquoi je les priverais de ma présence.”

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“Ce que les gens pensent mais n’osent pas dire, moi je le dis”

Vous travaillez les vidéos que vous postez?

“Jamais. Si quelque chose me fait rire, m’interpelle, je tourne une vidéo. Si elle ne me plaît finalement pas, je ne la poste pas. Récemment, par exemple, j’ai parlé des gens qui lisent en marchant. C’est débile et dangereux. Tu lis posé, assis, dans ton lit... ou même en mangeant si tu veux, mais pas en marchant! J’ai aussi posté un truc sur les femmes qui sont jalouses lorsque leurs mecs reçoivent un appel de leurs collègues. Ce que les gens pensent mais n’osent pas dire, moi je le dis.”

Vous avez déjà entamé l’écriture de votre prochain one-woman-show?

“Je note des trucs dans mon téléphone mais, ma priorité, c’est de bien finir celui-ci. J’ai encore quelques dates à jouer...”

“On veut me coller des étiquettes uniquement parce que je suis une femme.”

Camille Lellouche a plus d’une corde à son arc. Entre les représentations de son one-woman-show, la comédienne a trouvé le temps de faire un saut sur les plateaux de tournage du “Dindon”, la dernière grosse cartouche de Dany Boon, en salles cette semaine. 

Outre ses casquettes d’actrice et d’humoriste, Camille Lellouche peut aussi se targuer d’avoir un joli grain de voix. Ceux qui se souviennent de sa participation à “The Voice” ne nous contrediront pas. “Ce que je regrette, nous dit-elle, c’est que, parce que je suis une femme, on me demande constamment de choisir le domaine que je préfère, celui dans lequel je suis la meilleure. On ne pose pas ce genre de questions à Patrick Bruel ou à Marc Lavoine qui sont aussi des touche-à-tout. Du coup, je bosse à fond pour exceller à tous les niveaux. J’ai arrêté de chercher une explication rationnelle à cette volonté qu’on a, en France, d’à tout prix vouloir ranger les gens dans des cases. Ce serait comme essayer de comprendre pourquoi les femmes ont de moins bons salaires que leurs homologues masculins.”

“Camille Lellouche, en vrai”, le 9/10 au Cirque Royal de Bruxelles et le 20/10 au Forum de Liège. Infos et réservations: www.ticketmaster.be