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Paul Gauguin: “Quand te maries-tu ?” (en tahitien, “Nafea faa ipoipo ?”), une toile réalisée en 1892 lors de son séjour en Polynésie française. © EPA

“Faut-il cesser d’exposer Gauguin?”: nouvelle polémique sur l’artiste

Alors que l’exposition “Gauguin Portraits” se poursuit à la National Gallery de Londres jusqu’au 26 janvier prochain, le New York Times se demande s’il n’est pas temps de boycotter l’artiste français... 

La polémique sur Roman Polanski ravive le débat sur la question de la personnalité de l’artiste: faut-il en effet dissocier l'œuvre de son créateur ou considérer le tout comme une seule entité morale? La rétrospective londonienne consacrée à Paul Gauguin n’est pas épargnée par cette controverse de plus en plus récurrente, relaie Le Courrier international

Relations sexuelles avec des adolescentes

Si le peintre a produit ses toiles les plus célèbres lors de son séjour en Polynésie française à la fin du XIXe siècle, il est aussi malheureusement connu pour y avoir entretenu des relations sexuelles avec des adolescentes et pour ses propos racistes et colonialistes à l’égard de la population locale: “Nul doute que Gauguin a tiré parti de sa position d’Occidental privilégié pour profiter de toutes les libertés sexuelles dont il disposait”, précisent d’ailleurs les commissaires de l’exposition. 

Contextualisation et avertissements aux visiteurs

En effet, Gauguin désignait les Polynésiens comme des “sauvages” ou “barbares”, même dans ses titres. Une formulation qui pose évidemment problème aujourd'hui. Des changements ont ainsi dû être opérés “pour éviter l’emploi de termes irrespectueux des différences culturelles”. L’ajout d’annotations supplémentaires a également été nécessaire pour contextualiser le vocabulaire de l’artiste. Aux côtés de la “Tête de sauvage”, une notice avertit le visiteur: “Jugé insultant aujourd’hui, ce terme reflète un état d’esprit courant à l’époque de Gauguin”. 

“Révéler sa dimension sordide”

L’appel à sa mise à l’index ne fait toutefois pas l’unanimité parmi les professionnels des musées. D’aucuns estiment en effet que “ces polémiques pourraient priver le XXIe siècle de grandes œuvres d’art”. D’autres, comme la conservatrice danoise Line Clausen Pedersen, insistent pour que sa part sombre, voire méprisable, ne soit pas occultée: “Que reste-t-il à dire sur Gauguin, si ce n’est révéler sa dimension sordide”, conclut-elle.