Dans "ADN", Myriam Leroy évoque sa propre histoire.
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Dans "ADN", Myriam Leroy évoque sa propre histoire. © Docs.presse

Myriam Leroy: “Je suis née d’un donneur de sperme anonyme”

InterviewIl y a trois ans, Myriam Leroy tombe malade. Elle devient sourde d’une oreille, sa vue se met à baisser subitement, des œdèmes apparaissent sur son visage et personne ne semble être capable de diagnostiquer le mal qui la ronge. Ses parents espèrent pouvoir la délivrer en lui confiant un lourd secret de famille. Un secret qu’ils auraient préféré emmener dans leur tombe. Myriam Leroy est née d’un donneur de sperme anonyme. En découvrant cette nouvelle, la romancière, chroniqueuse et journaliste, décide de partir à la rencontre d’enfants, devenus adultes aujourd’hui, nés grâce à la procréation médicalement assistée. Elle a décidé de raconter leur histoire, sur scène, grâce à une pièce documentaire, intitulée “ADN”, qui sera jouée jusqu’au 16 avril prochain au Théâtre de la Toison d’Or.

Myriam, pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire à travers le théâtre?

“Parce que ce sujet a une dimension poétique très forte. Je voulais raconter cette histoire avec du mouvement, du visuel, de l’émotion. Faire un reportage télévisé, un peu froid, un peu sec, sur la question, ça aurait été dommage. Nathalie Uffner, qui signe la mise en scène, a réussi à y ajouter de la danse, de l’humour. Certains vivent cette révélation comme une tragédie, d’autres comme une bénédiction. Ce n’est pas forcément triste.”

Et vous, comment l’avez-vous vécu?

“Ma relation avec mon père s’est plutôt apaisée. Je crois que ce n’est pas évident de voir grandir un enfant qui n’a aucun patrimoine génétique en commun avec vous, même si, à un moment, on finit par l’oublier. Je suis contente d’avoir le père que j’ai, mon horizon s’est élargi. Ce qui me révolte, par contre, c’est la culture du secret, du mensonge. Je suis issue de la première génération d’enfants nés de donneurs. Et, à l’époque, les médecins conseillaient aux parents de ne jamais dire la vérité à leurs enfants, sous peine de créer des problèmes d’attachement. Il fallait se convaincre que la parentalité était uniquement sociale et pas biologique. Personne ne remettait l’avis du corps médical en question. Aujourd’hui, on conseille aux parents de dire la vérité aux enfants le plus tôt possible pour qu’ils puissent se construire avec cette donnée. Je n’ai pas écrit cette pièce pour combler les blancs de ma propre histoire mais parce que je veux qu’on arrête avec ce silence, cette omerta, ces tabous à la con qui à mon avis doivent ronger beaucoup de gens.”

Comment avez-vous rencontré les témoins qui vous ont permis d’écrire cette pièce?

“J’ai lancé un appel sur les réseaux sociaux. Pendant environ un an, j’ai rencontré des adultes, nés d’un don de sperme, âgés entre 22 et 44 ans, qui ont accepté de témoigner anonymement par respect, par pudeur pour leurs parents. C’est réconfortant de savoir que nous ne sommes pas seuls. Parmi eux, certains sont partis à la recherche de leurs origines, grâce aux réseaux sociaux, aux banques de données ADN en ligne. Moi, je ne saurai jamais qui est mon géniteur. Et, le plus perturbant, c’est que je sais qu’un médecin détient cette information mais qu’il ne peut pas me la donner. Julie Duroisin ouvre la pièce en racontant mon histoire. Emmanuel Dell’Erba, Sandy Duret et Julien Besure racontent celles de ces témoins. On questionne ce qui fait que l’on est ce que l’on est, la filiation, la virilité, l’infertilité masculine qu’on confond encore trop souvent avec l’impuissance. C’est le projet de ma carrière auquel je crois le plus.”

“ADN”, par Myriam Leroy, du mercredi au samedi à 20h30, jusqu’au 16/4 au Théâtre de la Toison d’Or. Infos et réservations: www.ttotheatre.com

"ADN" de Myriam Leroy au TTO Théâtre.
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"ADN" de Myriam Leroy au TTO Théâtre. © TTO.
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