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"Démasqué", le spectacle de Pablo Andres © Guillaume Kayacan

Pablo Andres en spectacle: “Je suis à l’opposé de mes personnages”

InterviewSi Pablo Andres s’est fait plus discret en télévision ces derniers mois, c’est parce qu’il sillonne le pays pour présenter à ses Golden Tich et ses Sexy Chouckes son dernier one-man-show, “Démasqué”. À Watermael-Boitsfort, la commune bruxelloise où il a grandi, il nous reçoit pour parler de ce spectacle de “transition”. En se libérant progressivement de ses personnages, l’humoriste construit les fondations d’une carrière dans le stand-up. Rencontre...

Rassurez-nous, vous ne pensez pas sérieusement à vous séparer de vos personnages?

“Non, ils font partie de la famille. J’en ai même intégré de nouveaux dans ce spectacle comme Madame Jandrain, qui tient un gîte dans le fin fond de la Wallonie. Mais, ma volonté avec ce spectacle, c’était d’évoluer vers quelque chose de nouveau. Alors que mon premier spectacle (“Entre nous”, N.D.L.R.), était une succession de portraits de personnages, ici, il y a un fil conducteur.”

Lequel?

“J’ai réalisé qu’on jouait tous un rôle en fonction de la personne qu’on a en face de nous... y compris mes personnages. L’agent Verhaegen veut passer pour un mec autoritaire, ce qu’il n’est pas, et le rappeur MC Furieux veut se faire accepter par la rue. Inconsciemment, on se cache tous derrière des masques. Dans ce spectacle, j’ai essayé de les faire tomber, d’être plus sincère, et davantage moi-même. Bon, rassurez-vous, ça reste de l’humour et de la bêtise. Ce n’est pas un spectacle philosophique.”

L’idée, à terme, c’est de faire du stand-up afin d’être vous-même sur scène, sans aucun artifice?

“Oui. En fait, c’était déjà ma volonté avec ce spectacle. Mais, j’ai vite compris que je n’étais pas encore prêt. Peut-être pour le prochain? Il y avait encore trop de blocages. Même quand tu fais du stand-up, que tu parles de toi sur scène, tu joues un personnage. Il faut trouver une voix, un ton, et être capable de se caricaturer. Tout ça, ça se travaille. Il faut de l’entraînement. Tu ne passes pas du 100 mètres au 400 mètres du jour au lendemain. Déjà, que je ne suis pas sûr de pouvoir courir un 100 mètres.”

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“Je suis quelqu’un de très réservé, à l’opposé de mes personnages”

Parler de votre vie privée sur scène, c’est un exercice qui vous semble difficile?

“Oui. Je suis quelqu’un de très réservé, à l’opposé de mes personnages. Gamin, j’étais extraverti mais je suis devenu très timide à l’adolescence. Je crois qu’il existe deux types d’humoristes: ceux qui ont constamment besoin d’attention, qui continuent à faire le show une fois sortis de scène et ceux qui sont plutôt introvertis une fois que les caméras sont éteintes. Je fais partie de cette deuxième catégorie. Et, pour moi, comme pour beaucoup d’artistes d’ailleurs, la scène a été une forme de thérapie. Je hurle, je deviens fou alors qu’en vrai je suis un mec posé, très calme, dans le contrôle, et qui n’accorde pas facilement sa confiance.”

Pourquoi?

“Je ne sais pas. C’est un de mes gros défauts et j’essaye de travailler là-dessus. Au premier abord, je peux avoir l’air assez distant, froid, même hautain. Ce que je ne suis pas du tout. Les gens qui me connaissent bien vous le confirmeront. J’ai l’impression que ça fait peut-être un peu partie de la culture belge, on a besoin de temps pour s’ouvrir aux autres mais, quand on accorde notre confiance, on est plus généreux qu’il n’y paraît.”

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Pablo Andres © Guillaume Kayacan

Vous parvenez à lâcher prise?

“Oui, il m’arrive de péter des câbles, de me mettre à crier ou à imiter quelqu’un. On dirait un gosse! Et finalement, je trouve ça très sain de permettre à cette folie douce de s’exprimer. Ceux qui ne le font pas deviennent des meurtriers ou des psychopathes! En fait, les gens se prennent trop au sérieux, se contiennent trop.”

L’envie de vous exporter en France, elle est toujours là?

“Oui, mais tout est une question d’étapes. Faire les choses bien, ça prend du temps. L’idée, c’est d’enfoncer un peu plus le clou en Belgique avec ce spectacle. Mes personnages sont encore très belgo-belges. C’est déjà un luxe de pouvoir vivre de sa passion chez nous. En créant le Golden Tich Comedy Club (une scène ouverte pour les jeunes humoristes, N.D.L.R.), j’ai déjà pu rencontrer plein d’artistes français.”

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“Les meilleurs moments d’un spectacle sont souvent ceux qu’on n’a pas travaillé”

Qui vous fait rire?

“Malik Bentalha, Sugar Sammy, qui est l’une de mes plus belles découvertes de l’année. Il est venu au Golden Tich Comedy Club et il a un style très particulier. En improvisation, il est imbattable. Moi, c’est ce que je préfère. Les meilleurs moments d’un spectacle sont souvent ceux qu’on n’a pas travaillé. Mais, paradoxalement, l’impro, ça se travaille. Moi, j’en fais uniquement en fin de spectacle, quand le moteur est chaud. Chez nous, je suis assez impressionné par Fanny Ruwet qui est très jeune mais super talentueuse. En termes d’écriture, elle est déjà hyper mature. Pour moi, le meilleur sur scène, c’est Guillermo Guiz, il est très fort. Que ce soit dans l’humour, ou même dans le rap, avec Damso, Roméo Elvis, Caballero & JeanJass, je suis assez fier de cette nouvelle génération belge décomplexée, qui ne se met aucune barrière et qui traverse les frontières.”

Et à l’étranger, qui en impose selon vous?

“J’adore Ricky Gervais. C’est le roi du stand-up en Grande-Bretagne. Il a créé les séries “After Life” et “Extras”. Il campe toujours des losers, un peu méchants, mais surtout très cons. Et il évoque des sujets durs, comme le deuil de sa femme, avec beaucoup de sensibilité... Ce que j’aime aussi, c’est qu’il mette en lumière le fait, qu’à l’heure actuelle, tout fâche, tout fait polémique et on ne peut plus rien dire. Typiquement, c’est le genre de truc qui m’énerve. Oui, tout le monde a le droit d’avoir un avis. Mais, qui suis-je pour juger? On s’en fout de ton avis en fait. Pourquoi on n’accorde autant d’importance à tout ce que les gens disent? C’est vraiment dangereux...”

On vous reverra en télé?

“Oui, parce que varier les plaisirs, c’est ce qui m’enrichit le plus. Je ne fais pas de la télévision pour avoir de la visibilité à tout prix. J’ai de grandes ambitions, j’ai envie d’être le meilleur dans ce que je fais, mais je n’ai pas besoin d’exposition à tout prix. Je ne rêve pas d’être connu mais reconnu.”

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“Tout ce que je fais, c’est dans le but d’un jour faire du cinéma. C’est le rêve ultime”

Et le cinéma?

“C’est le rêve ultime. Tout ce que je fais, c’est dans le but d’un jour faire du cinéma. À la base, c’est ce qui m’attire le plus. Et, je suis très heureux, parce que j’ai deux projets sur le feu en Belgique.”

Quels rôles vous font fantasmer?

“Si j’ai le choix, je préfèrerais commencer par des rôles un peu cartoonesques, des mecs très extravertis, qui correspondent à ce que je fais déjà. Mais, pourquoi pas, quand je serai prêt, aller explorer des trucs un peu plus subtils, tomber les masques, encore une fois. Ce que j’aimerais, à terme, c’est raconter des histoires.”

En 2017, vous avez rempli Forest National. C’est une expérience que vous avez envie de réitérer?

“Mon but, ce n’est pas de rassembler toujours plus de monde mais de proposer un spectacle de qualité... et de continuer à être drôle surtout. J’ai fait Forest National, c’était un kif, mais, je préfère les salles plus chaleureuses, comme le Cirque Royal. Plus petit, ça devient trop intimidant. Parce que, si tu te prends un bide, c’est silence complet... et ça fait vraiment très mal. A Forest National, les difficultés sont autres. Il y a toujours du bruit pour couvrir les vannes qui n’ont pas fait mouche, mais c’est dur de capter l’attention de tout le monde, de créer une proximité avec le public. Seuls les très grands, comme Jamel, y arrivent.”

 En spectacle les 3 et 4/10 au Cirque Royal de Bruxelles et le 29/11 au Forum de Liège. Infos et réservations: www.ticketmaster.be

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