Plein écran

Les Indiens en quête d'une peau plus blanche jusque sur Facebook

Plein écran

"Ma peau est trop foncée et si je n'arrive pas à la blanchir, je crains qu'aucune femme à mon goût ne veuille m'épouser", s'inquiète Ashu Kumar, 24 ans, qui vient d'acheter un pot de crème blanchissante dans l'espoir d'une "vie meilleure". À l'image de plus en plus d'hommes en Inde, cet étudiant en commerce au teint cuivré a commencé à s'enduire le visage d'une lotion censée réduire la mélanine, ce pigment brun foncé qui absorbe les rayons UV, en espérant faire pâlir sa peau d'ici un mois comme le promet le fabricant.

L'attrait pour une peau plus blanche est tel que le groupe anglo-néerlandais de cosmétiques Vaseline vient de lancer en Inde une application Facebook permettant aux utilisateurs de pâlir leur visage sur leur profil en ligne (http://apps.facebook.com/vaseline). La campagne publicitaire, incarnée par la star de Bollywood Shahid Kapoor, a pour slogan ce message simple et direct: "Les gens voient d'abord votre visage".

Selon le groupe responsable de la campagne, Omnicom, la réaction des internautes est "phénoménale". "Les hommes croient que pour être beaux, ils doivent être blancs", résume un pharmacien de New Delhi, Shafiqur Rahman, au côté d'un étalage de crèmes, dont les prix varient de 1 à 40 dollars. Selon Radhakrishnan Nair, éditeur d'un magazine pour hommes basé à Bombay, MW, cette obsession de la couleur s'est "accentuée" en raison des campagnes de publicités des groupes cosmétiques, dont certaines ont été accusées de renforcer les stéréotypes liés à la race, à la caste et au sexe.

"Ces publicités jouent directement avec l'esprit des hommes", déplore M. Nair. "Elles leur disent: Si votre peau est claire, vous aurez un bon emploi, une promotion, une femme jolie et fidèle, bref, une vie remplie de succès. Selon T.K. Oommen, professeur de sociologie à l'Université Jawaharlal Nehru de New Delhi, "la croyance populaire veut que si vous avez la peau pâle, vous appartenez à la caste supérieure, celle des brahmanes. Les Aryens venus d'Asie centrale, puis les colons portugais, français et britanniques ont dû contribué à cette perception négative de la peau foncée", explique-t-il.

En 2009, une enquête de l'agence matrimoniale Shaadi.com auprès de 11.577 personnes a révélé que dans trois États du nord de l'Inde plus de la moitié des sondés privilégient la couleur de la peau comme premier critère pour le choix du partenaire. En 2005, le géant indien des cosmétiques Emami a lancé la première crème blanchissante pour hommes, baptisée "Fair and Handsome" ("clair et beau"), 27 ans après la première crème pour femmes. Depuis, une demi-douzaine de concurrents, dont Garnier, L'Oréal et Nivea, lui ont emboîté le pas dans ce pays de plus de 1,1 milliard d'habitants.

D'avril 2009 à mars 2010, le marché masculin des crèmes blanchissantes, évalué à 32 millions de dollars, a gonflé de 25%, soit 8% de plus que les ventes pour femmes, selon une agence de recherche spécialisée dans les études de marché, Nielsen. Les femmes représentent toutefois une part écrasante du marché, avec 415 millions de dollars, selon l'agence.

"Au total, les ventes de ces lotions, tous sexes confondus, ont atteint 447 millions de dollars, un montant record", précise Vijay Udasi, directeur exécutif chez Nielsen. Jusqu'à présent, l'Association indienne des dermatologistes (IADVL) ne s'est pas saisie des risques potentiels liés à l'utilisation des crèmes blanchissantes.

"Les crèmes blanchissantes posent quelques risques pour la santé, mais nous n'y sommes pas opposés, car elles sont utilisées depuis plusieurs années", tranche le secrétaire général de l'IADVL, le Dr Ramesh Bhat, qui utilise lui-même des agents blanchissants depuis une vingtaine d'années. (afp/chds)

  1. Quatre Belges sur dix ne sécurisent pas l'accès à leur smartphone

    Quatre Belges sur dix ne sécurisent pas l'accès à leur smartphone

    Jusqu'à 43% des Belges ne sécurisent pas l'accès à leur smartphone avec un code ou une empreinte digitale. Et lorsque des mots de passe sont utilisés, 38% disent utiliser systématiquement les mêmes, selon des chiffres publiés jeudi par SpotIT, une société belge experte pour la sécurité des réseaux. Si trois quarts des sondés (76%) sécurisent leur maison contre le cambriolage, ils sont à peine 35% à se protéger en ligne, illustre l'étude.