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Pourquoi travailler devant un ordinateur est-il aussi épuisant?

Comment peut-on passer sa journée assis face à l'ordinateur, à taper au clavier, et rentrer chez soi à ce point épuisé, sans avoir pourtant effectué le moindre effort physique? Vox tente de répondre à cette question existentielle de la société contemporaine...

"L'un des grands mystères de la vie adulte", confie d'emblée Brian Resnick dans un article consacré à ce phénomène étrange. En effet, alors qu'a priori le "travail de bureau" ne sollicite que les muscles de la main, force est de constater qu'à la fin de la journée, la fatigue du préposé a peu de chose à envier à celui de l'ouvrier manutentionnaire à la tâche pourtant plus laborieuse.

Au contraire, elle s'avère peut-être même plus pénible car elle n'est pas physique mais mentale. Deux hypothèses émergent pour tenter d'expliquer les sources de cette fatigue cérébrale.

L'épuisement de l'ego
La première aborde la cause de "l'épuisement des ressources". Pour travailler, l'employé de bureau puise dans sa réserve d'énergie mentale, aux quantités évidemment limitées. On peut appeler ça la "volonté" ou la "discipline" que l'on s'impose pour atteindre un objectif, mener à bien un projet. Quand ce réservoir se vide, la fatigue apparaît, comme un moteur confronté à une panne sèche. C'est l'épuisement de l'ego.

Si l'analyse semble plausible d'un point de vue profane, la communauté scientique affiche quant à elle son scepticisme. En effet, les recherches psychologiques en la matière ne parviennent pas à appuyer cette thèse. 

Le manque de motivation
Seconde hypothèse, le manque de motivation. Quand l'employé de bureau lutte pour maintenir sa concentration et finit par perdre l'intérêt pour l'objet de son attention. L'envie se dissipe et la distraction prend le dessus. Le principal concerné dérive soudain sur la Toile, dans une navigation aléatoire qui traverse Facebook, Twitter, Instagram. 

Activité épuisante/stimulante
Une récente étude britannique
s'est penchée sur le sentiment de fatigue d'un large échantillon d'infirmières pour tenter d'en déterminer les causes exactes. S'il est bel et bien prouvé que celles qui travaillaient le plus éprouvaient la fatigue la plus intense, aucune corrélation n'a été constatée entre le travail physique et la fatigue. "Chez certains sujets, l'activité physique est épuisante. Chez d'autres, elle est stimulante", observe en effet Derek Johnston de l'Université d'Aberdeen (Écosse). 

Fatigue subjective
En revanche, les infirmières qui affirmaient se sentir moins fatiguées affichaient de meilleures performances professionnelles. Un "sentiment" de fatigue différent qui pourrait avoir stimulé leur motivation et leur impression d'énergie. Soit une fatigue finalement assez subjective en fonction du point de vue mental. 

Tentations et fatigue
Même constat au Canada. Michael Inzlicht, psychologue à l'Université de Toronto, a suivi pendant une semaine un échantillon d'étudiants. Il a analysé l'effet de la tentation sur ce sentiment de fatigue: "Le plus surprenant pour nous, c'est que le plus grand déclencheur de fatigue n'était pas l'effort en soi mais la tentation", observe le chercheur. Ainsi, quand le préposé tape au clavier, il est tenté à faire autre chose, à ouvrir un nouvel onglet, à vérifier son fil d'actualité, etc. Autant de "pièges" qui attisent la tentation, entraînent la démotivation et, par conséquent, la fatigue. 

Combat mental quotidien
Selon le psychologue canadien, l'organisme lutte chaque jour sur plusieurs front pour sa assurer sa survie: "Se nourrir, trouver un(e) partenaire, dormir, s'épanouir, des objectifs multiples qui entrent régulièrement en concurrence. Un mécanisme intervient alors pour clôre ce combat mental pour chuchoter à l'oreille 'Hé, arrête ça et fais plutôt autre chose'". Ce mécanisme, c'est la fatigue, suggère-t-il. 

Un début d'explication du mystère de la fatigue mentale. Un phénomène globale en cette époque "connectée" et riche en distractions qui mériterait que la recherche lui consacre une étude plus poussée.