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Avec cette étude, "nous disposons des données pour corroborer ce que les femmes nous disent depuis longtemps: que Twitter est un endroit où le racisme, la misogynie et l'homophobie prospèrent essentiellement sans contrôle", a déploré Milena Marin, responsable de la recherche chez Amnesty, dans un communiqué. © afp

Sur Twitter, mieux vaut ne pas être une femme

Selon Amnesty International, une femme se fait harceler toutes les trente secondes sur Twitter.

Parmi les nombreux réseaux sociaux qui ont envahi nos vies depuis maintenant dix ans, Twitter est peut-être celui où la parole est la plus libérée, et par conséquent la plus violente. Ainsi pullulent les commentaires racistes, complotistes et homophobes. Sans oublier la misogynie, dont les femmes se plaignent à l'oiseau bleu depuis des années. Malgré ses efforts, Twitter ne parvient guère à endiguer ce triste phénomène.

Troll Army
Les résultats d'une récente étude d'Amnesty International en collaboration avec Element AI, qu'elle présente comme une entreprise fabricant des logiciels d'intelligence artificielle, révèlent l'ampleur choquante des violences en ligne à l'égard des femmes.

Amnesty International a obtenu ces données en mobilisant une "Troll Patrol", un projet participatif constitué de 6 500 bénévoles qui ont vérifié le contenu de 228.000 tweets envoyés à 778 femmes noires, politiciennes ou journalistes, au Royaume-Uni et aux États-Unis en 2017.

Une femme harcelée toutes les trente secondes
A partir des résultats de cette enquête et des calculs d'Element AI, Amnesty a établi qu'1,1 million de messages "problématiques ou abusifs" avaient été envoyés à ces 778 femmes sur douze mois, soit environ un toutes les trente secondes.

Avec cette étude, "nous disposons des données pour corroborer ce que les femmes nous disent depuis longtemps: que Twitter est un endroit où le racisme, la misogynie et l'homophobie prospèrent essentiellement sans contrôle", a déploré Milena Marin, responsable de la recherche chez Amnesty, dans un communiqué.

Encore pire pour les femmes de couleur
"Nous avons constaté que les femmes de couleur étaient beaucoup plus susceptibles d'être touchées (par ces abus) et que les femmes noires sont ciblées de manière disproportionnée", a-t-elle ajouté. "Les manquements de Twitter à sévir contre ce problème signifient que la plateforme contribue à réduire au silence les voix déjà marginalisées".

Selon l'ONG, les femmes de couleur ont "34% de risque en plus" d'être mentionnées dans un message abusif ou problématique que les femmes blanches. Ce chiffre monte jusqu'à 84% pour les seules femmes noires.

Twitter en fait-il assez?
Amnesty demande au réseau social davantage de transparence sur la manière dont il utilise des logiciels "d'apprentissage automatique pour détecter les abus". Elle rappelle que les "contenus abusifs violent les règles de Twitter".

Sont considérés comme abusifs les tweets incitant à la violence contre des personnes, ou qui les menacent en raison de leur race, leur origine nationale, leur orientation sexuelle, leur sexe, ou leur appartenance religieuse par exemple. Les tweets problématiques, quant à eux, sont ceux qui présentent un contenu "hostile ou blessant", a fortiori s'ils sont répétés.