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À voir: quand une ancienne star du X dénonce les dérives du porno de masse 2.0

Conditions de travail déplorables, contenus de plus en plus violents disponibles par tous, monopole d'une multinationale opaque aux pratiques douteuses, piratage en toute impunité: Ovidie, ancienne actrice et réalisatrice X reconvertie en documentaliste, dénonce dans "Pornocracy: les nouvelles multinationales du sexe" la brutalité du porno 2.0. Un film édifiant à voir dans l'émission Reporters sur RTL-TVI ce 18 décembre.

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Michael Miraglia. © RTL-TVI

"Notre démarche n'est pas de diffuser une 'soirée porno sur RTL-TVI' où l'on va montrer les coulisses de tournage comme certains reportages ont déjà pu le faire par le passé. La démarche est ici plus noble", prévient d'emblée Michael Miraglia, animateur de Reporters. "C'est un sujet sur le porno, certes. Mais c'est aussi un sujet sur le développement d'internet et de son impact sur le porno", explique-t-il.

En un peu moins d'une heure et demi, l'ancienne star du X Ovidie démontre sans voyeurisme - et non sans regrets - comment la gratuité et l'accessibilité des images pornographiques sur internet ont bouleversé l'industrie du X. Ces sites gratuits piratant allégrement, la plupart des grands studios se sont ainsi écroulés ou ont dû s'adapter. "On est passé d'une industrie très professionnelle avec des plateaux de tournage, des maquilleurs, des grandes équipes à des petites productions filmées avec des smartphones et des acteurs qui ne le sont pas tous forcément. Il y a un côté très amateur", ajoute Michael Miraglia.

Premier constat assez effrayant: une multinationale, MindGeek, qualifiée par Ovidie de "Monsanto du porno", possède quasiment le monopole du sexe sur le web. YouPorn, Pornhub, RedTube: ce holding basé au Luxembourg est propriétaire de tous les grands "tubes", ces plate-formes qui proposent des millions de vidéos porno à des centaines de millions de visiteurs par jour. YouPorn, la première à être apparue - c'était en 2006 - puis le site tout-puissant PornHub ont changé la façon de consommer la pornographie, amenant aussi un public de plus en plus jeune vers ce type de contenu.

"Le consommateur abreuvé de ces images en veut toujours davantage"
Autre conséquence de cette facilité d'accès au porno sur le web: des scènes de plus en plus trash et violentes. "Il y a encore quelques années, cette industrie faisait appel à des adultes consentants, qui gagnaient de l'argent, et parfois beaucoup. Aujourd'hui, ces acteurs et actrices gagnent non seulement moins mais on leur demande aussi d'en faire plus. Et parfois même de tomber dans l'extrême car le consommateur abreuvé de ces images en veut toujours davantage. Lorsqu'on voit ces actrices aller jusqu'à ces pratiques, on a presque l'impression que c'est normal, que 'c'est leur métier'. C'est leur métier peut-être, mais cela n'est pas normal qu'elles soient amenées à faire ça. Et elles en souffrent clairement. Sauf que devant une caméra - et c'est le principe du porno - elles doivent simuler et provoquer du plaisir et cela perturbe encore plus notre perception", analyse-t-il. 

Une question vient immédiatement à l'esprit après avoir visionné le film d'Ovidie. Pourquoi personne ne limite l'accès de ces sites qui peuvent perturber les plus sensibles, piratent en toute impunité et qui en outre appartiennent à une entreprise qualifiée par certains de mafieuse? Michael Miraglia avance un élément de réponse: "Je pense que tout simplement c'est une question de situation et de localisation des serveurs. Pourquoi des sites de streaming comme hds.to n'ont pas été fermés plus tôt? Parce qu'ils sont situés dans des paradis fiscaux, comme les îles Caïmans par exemple. Je ne pense pas qu'il y ait un manque de volonté. Il s'agit plutôt d'un problème d'ordre juridique. Et ces sites génèrent tellement d'argent qu'ils ont pris toutes les dispositions pour éviter une fermeture." Hds.to, plate-forme très populaire qui proposait quantité de films et de séries récemment effacée du web, a d'ailleurs rapidement réapparu sous une autre adresse.

"On ne verra plus ces vidéos de la même façon" après avoir vu le film
Un adulte consommateur du PornHub et autres RedTube changera-t-il ses habitudes après avoir vu le documentaire? "C'est un vœu pieux d'imaginer qu'un reportage puisse faire changer les habitudes de consommation mais on ne verra plus ces vidéos de la même façon après l'avoir vu", assure  l'animateur et journaliste. "Et rien que ça, c'est déjà une petite victoire", selon Michael Miraglia, qui réfute toute approche moralisatrice. "Vous êtes adulte et vous aimez le porno? Très bien, allez peut-être vers de vraies productions. Car ce n'est pas illégal", rappelle-t-il. "On parle beaucoup d'achats durables. Sans comparer évidemment l'humain et la marchandise, si on peut consommer du porno de façon 'durable', hé bien pourquoi pas?", s'interroge-t-il enfin.

Le film, entrecoupé par les interventions d'un psychologue, d'un sexologue et de l'ancienne actrice porno Oksana sera suivi par un reportage d'une dizaine de minutes intitulé "Du Porno à la Récré" sur la façon dont les jeunes, voire les très jeunes parfois, perçoivent la pornographie.

"Pornocracy: les nouvelles multinationales du sexe" le 18/12 à 22h sur RTL-TVI.