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Al Jazeera en chute libre

La plus grande chaîne arabophone fait face à une crise profonde. Et a perdu des millions de téléspectateurs, qui l'accusent de complaisance à l'égard des Frères musulmans.

Al Jazeera est boudée par les téléspectateurs. En cause, sa couverture de l'après "Printemps arabe" jugée trop islamiste par certains. C'est ce que révèle un article du Vif, qui attribue à ce parti pris la désertion des téléspectateurs. Selon l'hebdomadaire, qui reprend des chiffres avancés par le site marocain Infomédiaire, une enquête d'audience commandée par la chaîne qatarie en février dernier à un cabinet américain spécialisé révèle que le nombre de téléspectateurs quotidien est passé de 43 à 6 millions dans tout le monde arabe.

Si les spécialistes des médias arabes préfèrent être prudents face à de tels chiffres, ils conviennent que "la tendance est bien là. Al Jazeera a perdu son public à partir du moment où il a montré ses limites".  Deux phénomènes sont venus entâcher la réputation de la chaîne arabophone la plus connue dans le monde. Le premier est dû à la fin de son monopole après l'éclosion de nouveaux médias libres au lendemain des printemps arabes. Le second est le résultat de la position de la chaîne, qui s'est systématiquement alignée sur celles des partis islamistes. "Al Jazeera a pris le parti des Frères musulmans de manière outrageuse", indique Yves Gonzalez-Quijano, spécialiste des médias arabes. "C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase".

Anti-Morsi
Un comble pour une chaîne qui avait été le porte-voix des révolutions arabes, en Tunisie et en Egypte, notamment, et qui lui avait permis de gagner en crédibilité, même aux yeux de l'Occident qui saluait son pluralisme et son sens critique. Mais la protestation anti-Morsi a assombri sa réputation. Sa couverture a été considérée par beaucoup comme partisane. "L'indignation a été à la mesure des espoirs placés dans Al Jazeera, remarque Yves Gonzalez-Quijano. Un média qui incarnait un vrai journalisme arabe, pluriel, moderne et objectif. Mais les gens se sont rendu compte que la chaîne était en fin de compte pareille que les autres".

La crise en Syrie qui dure depuis mars 2011 marque le véritable tournant pour la chaîne. Cette dernière, à l'instar du Qatar, soutient l'opposition. Cette intervention va être déterminante. En septembre 2011, le Cheick Al-Thani marque sa prise de fonction au sein de la chaîne en licenciant Wadah Khanfar, directeur de la rédaction depuis 2003. "Les Qataris sont tombés dans une ivresse et une illusion de pouvoir, analyse Yves Gonzalez-Quijano. Ils dirigeaient la Ligue Arabe, les réunions les plus importantes se passaient à Doha. Ils ont oubliés  les réalités de la géopolitique et trop usé d'Al Jazeera au service de leur influence."

Cette perte d'indépendance, qui faisait la spécificité de la chaîne, s'est accompagnée de nombreuses démissions de journalistes en désaccord avec la nouvelle ligne éditoriale. Pour les spécialistes, il est désormais trop tard. La chaîne aura du mal à retrouver sa crédibilité d'antan. "Les propriétaires d'Al Jazeera ont toujours l'illusion que le public arabe se reconnaît dans cette chaîne et qu'ils pourront s'en servir. Mais pour moi c'est terminé. Al Jazeera aura beaucoup de mal à remonter la pente."

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