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Alex Vizorek était dans De Slimste Mens ter Wereld mercredi soir. © VIER

Alex Vizorek a passé la frontière linguistique pour participer à De Slimste Mens ter Wereld: “Je suis fier”

InterviewAlex Vizorek est l’un des humoristes belges les plus connus de France grâce à ses passages chez Ardisson et son succès sur France Inter (avec les émissions Si tu écoutes, j’annule tout devenue par la suite, Par Jupiter!). On ne l’oublie pas pour autant en Belgique (et vice-versa): il présentait la cérémonie des Magritte plus tôt dans l’année et il cartonne avec Alex Vizorek est une œuvre d’art. Ce spectacle prendra fin à Bruxelles le 12 janvier prochain avant de laisser place à un nouveau one-man-show prévu pour avril. “Je ne sais pas encore ce que je vais raconter mais j’ai très envie d’y aller”, nous confie le principal intéressé.  Cette semaine, Alex Vizorek s’est fait remarquer... en Flandre! Il est le premier humoriste francophone à avoir été invité dans l’émission flamande De Slimste Mens ter Wereld. L’émission a été diffusée ce mercredi soir sur la chaîne VIER. On a appelé Alex pour savoir comment il avait vécu cette traversée de la frontière linguistique.

Ce n’est pas forcément ce dont on parle le plus du côté francophone du pays, mais vous n’êtes pas totalement inconnu en Flandre…

J’avais déjà été testé pour De Slimste Mens ter Wereld. Mais j’étais assez inconnu et mon néerlandais n’était pas assez affuté, ce n’était pas évident. Aujourd’hui, je suis un peu moins inconnu en Flandre : j’ai une chronique sur Radio 1 qui s’appelle Coucou de France. Ils m’avaient appelé pour raconter comment se passait la présidentielle française à l’époque. Ça a bien fonctionné et ils m’ont demandé si je pensais qu’il y avait assez d’actualité en France pour qu’on en parle. C’est le cas, donc me voilà tous les lundis. Je mets des extraits sonores en français que je traduis, ça les amuse un peu.

Vous êtes fier d’avoir participé à l’émission mercredi ? Ça s’est passé comment ?

Très bien, j’étais fier qu’on m’invite. Les artistes sont ceux qui devraient faire le pont entre les deux parties du pays. C’est presque normal que les politiques essaient de diviser, ils gardent leur petit pré carré, c’est leur logique personnelle. Mais nous les artistes, on a tendance à être Belgicains, à prôner la main tendue des deux côtés. On ne va pas beaucoup en Flandre et on n’y est pas beaucoup invité. C’était la première fois que je pouvais aller dans une grosse émission de variété flamande. Je ne maitrise pas parfaitement le néerlandais mais je suis très compréhensible. Sur 18 saisons, ils avaient déjà invité quelques politiques francophones, Christophe Deborsu, qui est journaliste, mais jamais d’humoriste. Je suis content d’être le premier même si j’ai été très vite éliminé. L’important était de donner une bonne image du francophone parce que malheureusement, pas mal de gens votent pour des partis qui excluent leur voisin alors qu’ils ne le connaissent pas. C’est normal: les partis flamands leur disent qu’ils donnent de l’argent à la Wallonie. Ils ne sont peut-être pas contre l’idée mais ils ne savent pas qui est ce Wallon. Je n’ai pas voulu faire un acte politique mais j’ai juste eu envie de donner une chouette image. Et puis, qui sait ? Peut-être que des flamands bilingues viendront me voir en spectacle.

Est-ce qu’au Nord et au Sud, on rigole des mêmes choses ?

On rigole des mêmes choses, oui. La veille de l’émission, j’ai passé toute la soirée avec une humoriste flamande. Je lui ai demandé quel politicien faisait marrer les gens, j’ai appris que Ninove était un repère d’extrême droite. Quand j’ai fait une blague sur Ninove, ça a bien marché. Je me suis renseigné comme je peux le faire quand je vais jouer en Bretagne, j’arrive dans l'après-midi, je discute avec les gens de là-bas. Le plus difficile, ce n’est pas l’humour en tant que tel, c’est la fluidité linguistique, le vocabulaire, les tournures de phrase. Mais tu peux en jouer…

Vous parlez bien néerlandais parce que vous avez été à l’école en néerlandais. Quels sont vos conseils pour que le Wallon prenne plaisir, enfin, à apprendre la langue de son voisin ?

J’ai fait mes gardiennes et mes trois premières primaires en néerlandais à Lembeek. J’allais au foot aussi à Lembeek. J’ai le flamand d’un gamin de dix ans, quoi. Pour être parfait bilingue, je dirais : faites l’amour entre gens de différentes langues, faites des enfants et parlez leur chacun dans votre langue. Mais si c’est trop tard, il y a encore moyen de faire aimer l’autre langue aux enfants. Il faut arrêter de leur mettre dans la tête que c’est une vilaine langue et qu’elle ne sert à rien. Apprendre quelque chose, ça sert toujours, c est une porte énorme vers les langues germaniques. Avec le néerlandais, on trouve beaucoup plus facilement un travail en Belgique. Quand on voit les footballeurs de l’équipe nationale, ils sont tous bilingues. On croit que c’est une vilaine langue parce qu’on ne la comprend pas. Mais pourquoi le suédois et le flamand semblent moches alors qu’on trouve l’italien joli ? Parce qu’en italien, même si on ne parle la langue, on comprend quelques mots… Il faut arrêter d’avoir des préjugés et ça va dans les deux sens. Les Flamands, ils aiment bien parler français mais à des Français, pas à des Wallons. Quand ils parlent français à des Wallons, ils se disent qu’on pourrait faire un effort. C’est dommage.