Plein écran
Michael Douglas, mardi, au 59e Festival de Télévision de Monte-Carlo © Photo News

Michael Douglas: “Notre président m'inquiète”

Cinquante ans après “Les rues de San Francisco”, la série qui a marqué le début de sa carrière d’acteur, Michael Douglas (74 ans) est de retour sur le petit écran avec “La méthode Kominsky”. Nous avons rencontré la star internationale au 59e Festival de Télévision de Monte-Carlo où il a été récompensé pour l’ensemble de son œuvre.

“Je connais le prince Albert II depuis très longtemps”, confie Michael Douglas en marge de la cérémonie des Nymphes d’Or. “Après tout, du sang américain coule dans ses veines et il a étudié aux États-Unis. Il est très proche de mon frère, Joel, avec qui il avait l’habitude de jouer au bowling.” C’est cette amitié, entre autres, qui a poussé le comédien, qui n’avait plus posé un pied sur le Rocher depuis six ans, a accepté l’invitation du 59e Festival de Télévision de Monte-Carlo. Interview.

Michael, vous avez reçu une Nymphe de Crystal pour récompenser l’ensemble de votre carrière. Quels sont, selon vous, les projets qui ont le plus contribué à votre succès?

“Il y a eu “Chute libre”, “A la poursuite du diamant vert”, “The Game”. Après “Basic Instinct”, on m’abordait en rue pour me dire: “C’est toi le boss!”. Les gens ont aussi aimé le personnage de Gordon Gekko, dans “Wall Street”. Ils me disaient: “Vous m’avez donné envie de travailler à Wall Street”. Son passage en prison ne semble pas avoir gêné le public (rires). Puis, il y a eu “Ma vie avec Liberace”...

Que vous avez tourné après vous être battu contre un cancer de la gorge...

“Oui... Je voulais travailler avec Matt Damon et Steven Soderbergh mais, à l’époque, ils m’ont fait croire que leurs agendas respectifs ne leur permettraient pas de s’attaquer au mythe de cette icône gay. J’ai cru que c’était foutu, que le film ne verrait pas le jour et j’ai été très déçu. J’avais perdu quarante kilos à cause de mon traitement contre le cancer. Je n’étais pas prêt, je n’aurais pas été crédible dans le rôle de Liberace. Me dire qu’ils n’étaient pas disponibles, c’était une façon polie de me faire passer un message: “On veut juste te laisser le temps de retrouver la forme.”

Citation

“J'ai toujours aimé prendre des risques, me mettre en danger.”

Comment choisissez-vous vos rôles?

“J’ai toujours aimé prendre des risques, me mettre en danger. Gamin, j’étais du genre à sauter de la plus haute falaise. J’ai toujours préféré avoir un petit rôle dans un grand film, plutôt qu’un grand rôle dans un navet. Et, quand je regarde ma filmographie, je suis plutôt fier. L’un des défis qui m’anime particulièrement, c’est de parvenir à conquérir le cœur du public avec des personnages qui, au départ, étaient plutôt détestables. Mais bon, comme le disait mon père (Kirk Douglas, Ndlr): “Le plus important, c’est de faire de son mieux, le reste, on s’en fout.” C’est le conseil que je donne à mes fils, Cameron et Dylan, qui veulent aussi devenir acteurs.” 

Après “Les rues de San Francisco”, vous êtes de retour au casting d’une nouvelle série: “La méthode Kominsky”. Qu’est-ce qui a changé en cinquante ans?

“A l’époque, il n’existait que deux ou trois chaînes de télévision. Et, contrairement à aujourd’hui, les acteurs ne voulaient pas faire de télévision. Tout le monde y avait accès, c’était gratuit, alors qu’il fallait payer pour voir un film au cinéma. Avec l’avènement des plateformes de streaming, la donne a changé. Ces plateformes fédèrent des abonnés et ne sont plus tributaires des audiences, de la publicité, ce qui offre plus de liberté aux réalisateurs.”

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle?

“Parce que j’ai fait très peu de comédie dans ma carrière. Donc, c’était un nouveau challenge. Et j’ai retrouvé d’anciens copains comme Danny DeVito, qui a été mon colocataire quand nous vivions tous les deux à New York. Il est urologue dans la série et me fait subir un examen de la prostate... Cette scène était assez drôle. Moi, je joue un acteur raté qui s’est reconverti en coach pour comédiens.”

Ce qui est loin d’être vos cas dans la réalité...

“Pourtant, au début de ma carrière, j’ai traversé des moments difficiles. J’ai mis du temps à me définir autrement que le “fils de Kirk Douglas”. A cause de cette étiquette, on m’attendait au tournant. Mais, j’ai appris de mes échecs. Ils m’ont donné l’envie de faire toujours mieux.”

Que retenez-vous des tournages des “Rues de San Francisco”?

“J’y ai tout appris: la discipline, le travail de scénariste. Chaque épisode demandait 26 heures de travail. On tournait six jours par semaine. Quand j’ai quitté la série après quatre ans pour produire “Vol au-dessus d’un nid de coucou”, on m’a dit que j’étais fou d’abandonner un projet qui fonctionnait aussi bien.”

Qu’est-ce qui vous rend heureux aujourd’hui?

“Ma femme (Catherine Zeta-Jones, Ndlr), qui est incroyable. Ma fille, Carys, qui a 16 ans et vit encore avec nous. Et le golf, même si ça peut paraître un peu cliché. Dès que je suis sur un parcours, j’éprouve la même sensation que lorsque je faisais l’école buissonnière.”

Et qu’est-ce qui vous fait peur?

“Notre président. Il est tellement imprévisible. Je suis un démocrate convaincu. Pour les prochaines élections, je vais soutenir Joe Biden.”

Plein écran
Avec le prince Albert II de Monaco © Photo News