Plein écran
Capture d'écran © VIER

"Propriétaires à l'aveugle": l'émission qui vous achète une maison sans la voir et sans votre avis

Après "Mariés au premier regard", l'émission où des candidats mandatent les experts d'une chaîne de télévision pour leur trouver un conjoint, voilà le petit frère du concept. Déjà exploitée sur la chaîne flamande Vier, "Blind gekocht" ("Propriétaires à l'aveugle") met en scène des couples qui laissent carte blanche à l'émission pour leur trouver une propriété. Mais attention, l'achat est fait à leur nom et on ne peut plus officiel: ceux qui sont déçus et veulent faire marche arrière devront revendre le bien qui ne leur plaît pas.

Une émission où des candidats acheteurs confient leur budget et leurs souhaits à un agent immobilier et à un architecte d'intérieur, rien de neuf sous le soleil, direz-vous. En effet, mais "Propriétaires à l'aveugle" va une étape plus loin que ce que l'on connaît dans "Chasseurs d'apparts" en France, par exemple. Ici, comme dans le cas de la version flamande "Blind Gekocht" sur VIER, les acheteurs donnent procuration à l'émission pour acheter la maison qui leur correspond - s'ils ont de la chance - le mieux. Le stress est intense car les nouveaux propriétaires ne découvrent leur bien qu'après plusieurs mois d'attente insoutenable, lorsque l'acte est signé, que leurs économies sont englouties et leur emprunt contracté. À côté de ça, se marier à l'aveugle, c'est un engagement de pacotille.

Procuration actée chez le notaire
Techniquement, pour que l'achat pour autrui soit légal, les futurs propriétaires signent une procuration notariée et hypothécaire. Une fois acté chez le notaire, le document empêche les candidats de faire marche arrière: les "experts" ont les pleins pouvoirs et disposent de leur épargne et de leur crédit. Concrètement, ils recherchent et achètent une habitation qui corresponde au mieux aux critères des participants et, le cas échéant, la rénovent. Les acheteurs, souvent des couples, ne savent rien de l'avancée du processus et ne voient aucune image de leur bien jusqu'au jour où les clés leur sont remises. 

"Les couples prennent un risque financier et émotionnel énorme, car tout ce qu'ils possèdent et tous leurs espoirs finissent dans une maison dont ils ne sont pas encore sûrs qu'ils aimeront y habiter", explique la chaîne pour "teaser" son programme. Oser prendre ce genre de décision dans le cadre d'une émission de télévision, c'est "du jamais vu, déroutant et c'est évidemment controversé".

"Tout votre argent pour une maison où vous ne voulez même pas habiter"
Sur VIER, le lancement de "Propriétaires à l'aveugle" tourne en boucle depuis des semaines. On y voit des couples en larmes et notamment une acheteuse effondrée: "Vous recevez les clés d'une maison où vous ne voulez même pas vivre", sanglote-t-elle. Pourquoi tant de bêtise et de haine, se sont aussitôt demandé les observateurs. "Et ça commence le 1er avril?", demandent les uns, "Qui peut être assez dingue pour se lancer là-dedans?", s'interrogent les autres tandis que certains pointent la société de production: "C'est vos émissions que vous achetez à l'aveugle apparemment!".

Lire la suite ci-dessous

Plein écran
"Toutes vos économies, tout ce que vous possédez... Vous recevez les clés d'une maison dans laquelle vous ne voulez même pas habiter", sanglote une participante © VIER

Empathie ou sadisme? Le succès fou du concept

Le format n'est pas né en Flandre, mais au Danemark, par les mêmes concepteurs que "Mariés au premier regard" ("Married at first sight") diffusé sur RTL-TVi tous les mardis, sous le nom très original de "Buying it blind". Tout comme pour les mariages organisés sur base de la compatibilité "scientifique" des partenaires, le concept de l'achat immobilier à l'aveugle a choqué avant de marcher du tonnerre. Empathie ou sadisme? Tout le monde veut voir la panique et parfois la déception des candidats qui ont mis leur avenir en jeu. La version danoise en est déjà au tournage de la deuxième saison et en Australie et aux Pays-Bas, "Propriétaires à l'aveugle" fait un tabac.

Il y a fort à parier qu'il en sera de même au Nord de notre pays, où "Mariés au premier regard" ("Blind Getrouwd") est un succès énorme depuis plusieurs années. Il faut dire que dans la version flamande, il est plus facile de s'identifier aux couples et que la dynamique de l'émission est nettement plus agréable: moins tirée en longueur et beaucoup plus drôle. Sans compter que des bébés sont nés des précédentes saisons...

"Ces couples étaient exténués, ils étaient soulagés de mettre leur choix entre les mains de quelqu'un d'autre"
Mais revenons-en à nos moutons: la sauce prendra-t-elle dans ce concept qui va très loin au niveau des enjeux financiers? Dans la "vraie vie", des familles ont explosé pour moins que ça. Selon la chaîne, quelques centaines de téléspectateurs ont réagi à l'appel à candidature lancé l'an dernier. "C'est comme cela que nous avons trouvé les candidats avec les bonnes motivations: des gens qui sont depuis longtemps à la recherche de la maison de leurs rêves, mais ne la trouvent jamais", commente la chaîne qui se positionne en sauveuse. "Cette quête longue de plusieurs années était la cause d'un abattement total chez certains candidats. L'un des couples a visité 90 maisons et ne voyait plus le bout du tunnel, l'autre couple était tombé totalement amoureux d'une maison mais a eu la malchance de se la voir passer sous le nez au dernier moment. Ce n'est pas seulement qu'ils sont exténués, c'est qu'ils souffrent d'une forme de chagrin d'amour. Finalement, remettre la recherche d'une maison entre les mains de nos experts - un agent immobilier et un cabinet d'architecture d'intérieur - a été un véritable soulagement pour eux".

L'expert en immobilier d'Het Laatste Nieuws ne trouve pas que le concept soit si absurde que ça: "Les candidats ne viennent pas de provinces où il est facile de trouver une belle habitation à un prix raisonnable; donc les experts doivent travailler sur un marché très concurrentiel. C'est surtout en zone urbaine que les maisons mises en vente à un prix correct sont adjugées très rapidement. Cela provoque une énorme pression chez les gens qui n'ont que peu de temps libre pour trouver une maison à vendre. Et quand vous jetez enfin votre dévolu sur l'une d'elles et que c'est un autre qui l'obtient, ou que vous la ratez parce que l'emprunt n'est pas réglé à temps, vous êtes très très amer", expose Bjorn Cocquyt.

"Ce n'est pas si absurde que ça: les gens ne voient pas clair en achetant eux-mêmes"
"On a souvent le réflexe de confier la vente de sa maison à quelqu'un d'autre, mais en effet, moins pour en acheter une", poursuit l'expert. "Pourtant, aux USA ou aux Pays-Bas, il est fréquent qu'un agent immobilier se charge de le faire pour quelqu'un qui n'a pas le temps ou qui a besoin d'un regard professionnel. Évidemment, vous pensez immédiatement que les gens vont avoir d'énormes regrets par la suite. Mais en soi, le concept n'est pas si extrême que ça. Simplement car beaucoup de gens ne voient pas clair face à une maison, et qu'une rénovation change tout. Pensez à toutes les émissions où on refait l'intérieur des gens, pour eux ou pour faciliter la vente. C'est le jour et la nuit et soudain, tout le monde veut y vivre. Et puis ici, c'est à des gens qui connaissent toutes les ficelles du métier que vous confiez votre achat. Finalement, les gens ne doivent penser qu'à trois choses: la situation, la situation et la situation de leur habitation", analyse-t-il.

Sans compter que les experts mettent en jeu leur réputation et donc leur business devant tout leur pays. Gageons qu'ils feront tout leur possible pour se faire la meilleure des pubs en se montrant consciencieux et méritants. "Reste que les candidats doivent encore avoir une chose qui ne se contrôle pas: le coup de coeur. Mais dans le pire des cas, une maison correctement rénovée se vend généralement très rapidement", relativise l'expert. Les propriétaires suivants se trouveront peut-être devant leur poste de télévision...