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Julie Graziani © LCI

“Si on est au smic, faut pas divorcer”: qui est Julie Graziani?

En critiquant ouvertement les choix de vie d’une mère isolée, la chroniqueuse Julie Graziani a déclenché une vive polémique en France. Des propos radicaux tenus sur LCI lors de l’émission “24H Pujadas”. Mais qui est-elle et quel est son parcours?

La tirade de Julie Graziani circule en boucle sur les réseaux sociaux depuis trois jours. Invitée à réagir en direct sur la situation financière très compliquée d’une mère de deux enfants, isolée et au smic, la chroniqueuse n’y va pas par quatre chemins: “Qu’est-ce qu’elle a fait pour se retrouver au smic? Est-ce qu’elle a bien travaillé à l’école? Est-ce qu’elle a suivi des études? Et puis si on est au smic, il ne faut peut-être pas divorcer non plus”, critique-t-elle. 

“Riche, on peut divorcer. Pauvre, il faut subir?”

Si le manque de compassion saute aux yeux, c’est surtout la question du “mariage forcé” qui a déclenché le mouvement de colère. Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a vivement dénoncé cette prise de position douteuse: “Quel est le message quand on blâme une femme de ne gagner que le SMIC puis qu’on lui reproche publiquement d’avoir divorcé? Riche, on peut divorcer. Pauvre il faut subir? Sous couvert d’opinion, un violent mépris des mères isolées!”

Julie Graziani enfonce le clou

Pire, non contente du tollé provoqué, Julie Graziani a enfoncé le clou sur Twitter quelques heures plus tard: “Chacun est responsable de ses parcours de vie. Tu as fait le mauvais choix de boulot, tu as fait le mauvais choix de mec, tu assumes. Ce n’est pas à l’État d’arranger tes problèmes”, assène-t-elle sans détour.

Qui est Julie Graziani?

Diplôme de L’École des hautes études commerciales de Paris (HEC) et agrégée de lettres modernes, Julie Graziani, 41 ans, est mère de trois enfants, milite contre l’avortement et a soutenu le mouvement de la Manif pour tous. Elle a cofondé L’Avant-Garde, un mouvement politique de droite conservatrice et d’inspiration chrétienne. Elle était également jusqu’à ce matin éditorialiste du magazine conservateur L’Incorrect... qui vient de mettre fin à cette collaboration, relate France info: “Après un délai de réflexion raisonnable, lui laissant à la fois le temps de revenir à la raison et de s’échapper hors la meute médiatique dans la dignité, la rédaction a décidé qu’en aucun cas Julie Graziani ne pouvait plus la représenter, à la télévision ni ailleurs, sur les réseaux sociaux ou dans quelques médias”, écrit Jacques de Guillebon, le directeur de la rédaction

“Une véritable stratégie”

Sur le plateau de Clique, Clément Viktorovitch va plus loin et analyse minutieusement le discours de Julie Graziani. “La radicalité, c’est justement ce qui la caractérise”, pointe-t-il, exemples à l’appui: elle se prononce contre l’avortement, qu’elle qualifie parfois de “racisme chromosomique” (dépistage de la trisomie 21), et pour l’abolition du droit de grève dans la fonction publique. “On est face à une véritable stratégie”, observe le professeur de rhétorique. Il évoque le concept de la “fenêtre d’Overton” qui désigne l’ensemble des idées, opinions ou pratiques considérées comme acceptables dans l’opinion publique: “Il y a un ensemble d’opinions qu’on peut assumer dans les médias, en public, sans être immédiatement disqualifié. Cette fenêtre, on peut l’élargir. Et ce faisant, une idée qui semblait auparavant radicale, extrémiste, excessive, peut soudain sembler modérée au regard d’une autre idée nouvelle, plus radicale encore”, note-t-il. 

Conquête du pouvoir

Il rappelle qu’au moment des faits, Julie Graziani était éditorialiste au magazine L’Incorrect fondé par des proches de Marion Maréchal-Le Pen. Or, la petite-fille du fondateur du FN a “conceptualisé l’idée de combat culturel, l’idée qu’il faut d’abord influencer l’opinion publique avant de pouvoir ensuite gagner des élections”, précise-t-il. La stratégie consiste dès lors à “utiliser des francs-tireurs pour déverser des opinions les plus outrancières possibles, pour élargir la fenêtre d’Overton: “Par comparaison, les positions de certains responsables politiques, comme Marine Le Pen ou Marion Maréchal-Le Pen, naguère jugées choquantes, paraissent tout à coup raisonnables”. “Il ne s’agit pas d’un dérapage mais d’une stratégie coordonnée de conquête de pouvoir”, conclut-il. 

Son analyse à découvrir ci-dessous.