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Un jour, Dutroux sortira...

Un jour, il sortira. Lui, le monstre, le violeur d'enfants, le meurtrier, celui qui a provoqué la réforme de la police et de la gendarmerie, celui qui a fait sortir le pays entier dans la rue, criant sa colère, sa tristesse, sa peur, un besoin urgent de changement. La Marche Blanche a eu lieu le 20 octobre 1996. Vingt ans plus tard, dans une émission qui sera diffusée ce soir (à 19h45) sur RTL, Dominique Demoulin et Pascal Vrebos retrouvent les témoins clés du dossier Dutroux.

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Cette émission, c'est plutôt un bilan, vingt ans après. On a pas mal banalisé cette affaire ces dernières années. Elle a parfois été réduite à un simple fait-di­vers: un sale mec qui enlève, viole et tue des gamines, qui avoue et finit en prison. Mais c'était bien au-delà de ca.

Dominique Demoulin

Le juge Jean-Marc Conrotte, dessaisi de l'affaire en cours de route pour avoir assisté à un souper spaghetti de soutien aux victimes de Marc Dutroux; Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie; Xavier Magnée, l'avocat ayant défendu Dutroux lors de son procès en 2004; l'abbé Gaston Schoonbroodt, qui a mené la messe des funérailles de Julie et Mélissa et dont la foi a été ébranlée par l'affaire, etc. Dominique Demoulin revient sur cette terrible prédiction: un jour, Marc Dutroux sortira de prison.

Quand pensez-vous que Dutroux sortira de prison?
Je pense qu'il ne sortira pas. C'est le point de vue de Jean-Denis Lejeune. Il est respectable. L'affaire Dutroux est une affaire qui est exceptionnelle. Si quelqu'un doit rester en prison jusqu'à la fin de ses jours, c'est lui. Il existe des moyens légaux qui sont mis à disposition des magistrats pour empêcher sa sortie.

Par exemple?
Pour sortir de prison, il faut respecter un certain nombre de conditions: il faut avoir un plan de réinsertion, un lieu où aller. Sans ça, sa condamnation à perpétuité court toujours et il y a encore les 10 ans de mise à disposition du gouvernement. On peut le maintenir en prison. Et puis, il ne rajeunit pas...

Mais vous ne pensez pas que quelqu'un se portera garant pour Marc Dutroux comme certains ont pu le faire pour Michelle Martin? Elle non plus, on pensait qu'elle ne sortirait pas...
Ca sera beaucoup plus dur pour Dutroux que pour Martin. Ca n'était déjà pas facile pour elle. Il lui a fallu du temps pour trouver un lieu d'hébergement.

En tout cas, c'est une réflexion qui anime le pays: un jour, Dutroux sortira peut-être de prison. Cette émission, c'est une façon de préparer les gens à cette sortie?
Pas vraiment. On titre sur la libération parce que c'est une phrase prononcée par Jean-Denis Lejeune. Cette émission, c'est plutôt un bilan, vingt ans après. On a pas mal banalisé cette affaire ces dernières années. Elle a parfois été réduite à un simple fait-divers: un sale mec qui enlève, viole et tue des gamines, qui avoue et finit en prison. Mais c'était bien au-delà de ca. Il y a 20 ans, 300.000 personnes étaient dans les rues. La Belgique basculait, la révolte populaire grondait, il s'en est fallu de peu pour que nos institutions ne s'écroulent. Des tas de jeunes n'ont pas vécu ça ou bien ils étaient trop jeunes pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire. C'est important de faire une espèce de bilan. C'est une affaire, je pense, encore très présente dans l'esprit des gens. Ca les touche encore.

Pour Jean-Denis Lejeune, il vaudrait mieux que Dutroux soit mort. "C'est un parasite de la société."
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Pour Jean-Denis Lejeune, il vaudrait mieux que Dutroux soit mort. "C'est un parasite de la société." © RTL
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On souhaitait que l'émission soit aussi un hommage aux parents. Il n'y a jamais eu de déborde­ments de leur part à l'époque, ils n'ont jamais appelé à la peine de mort. Ils ont fait preuve d'une dignité sublime.

Dominique Demoulin

Dans l'émission, on évoque la thèse du réseau pédophile. Dutroux était-il isolé ou faisait-il partie d'un large réseau: le sujet divise encore aujourd'hui. Qu'en pensez-vous?
Je pense qu'on a arrêté les personnes concernées par l'enlèvement et le meurtre des enfants. Michel Bourlet dit qu'il aurait fallu aller plus loin... Y a-t-il eu des complices? Sans doute le pense-t-il. Je ne partage pas l'avis de toutes les personnes interviewées. Mais il y a un sentiment de trop peu. A-t-on été jusqu'au bout de cette enquête: certains s'interrogent, à tort ou à raison. Il aurait peut-être fallu des sanctions au niveau de la gendarmerie...

Justement, l'affaire Dutroux, c'est aussi synonyme de guerre entre la gendarmerie et la police. Chacun faisait de la rétention d'information. On peut penser aux attentats de Bruxelles, survenus en mars dernier: les problèmes de communication existent toujours, même si Dutroux a provoqué une réforme générale...
Oui, il y a un parallélisme à faire entre les deux époques. Ca va mieux au niveau de la police même si on se rend compte que tout n'est pas rose. Je ne pense pas qu'il y ait un système policier ou judiciaire parfait. Mais sur les attentats, certains ont aussi gardé des renseignements pour eux: peut-être est-ce un travers humain auquel on ne pourra jamais échapper?

L'émission interroge aussi le juge d'instruction Conrotte, écarté de l'affaire à l'époque pour un souper spaghetti. Il admet "une erreur" mais il l'assume. On peut imaginer une maladresse pareille encore aujourd'hui?
Je ne pense pas qu'il y ait pris parti. Il est allé à ce souper d'une association de soutien aux victimes. Mais il n'a pas eu de contacts avec Laetitia Delhez. Ce sont les apparences de neurtralité qui avaient été violées. C'était un manque de prudence, il n'a pas pensé au retentissement que cela pouvait avoir. Dans une affaire comme celle-là, je pense que personne n'est à l'abri d'un manque de prudence.

Le juge Conrotte dit: "Le diable était déjà dans ce dossier", en faisant référence à la gendarmerie, et il précise qu'il a eu envie de "tout plaquer". Quand on lui demande s'il croit en la justice, il répond: "En mon travail". Une nuance importante. Beaucoup ont arrêté de croire en la justice avec cette affaire...
C'est ça qui a poussé 300.000 personnes dans les rues. Jean-Marc Conrotte peut difficilement défendre la cour de cassation qui l'a dessaissi pour un motif futile. Mais toute la population a remis en question le système judiciaire et policier. La justice est descendue de sa tour d'ivoire. Mais fondamentalement, rien n'a vraiment changé.

En fin d'émission, vous donnez la parole à Xavier Magnée, l'avocat qui défendait Dutroux lors de son procès. Il se dit "mal à l'aise" et "de tout coeur avec les parents".
On souhaitait que l'émission soit aussi un hommage aux parents. Il n'y a jamais eu de débordements de leur part à l'époque, ils n'ont jamais appelé à la peine de mort. Ils ont fait preuve d'une dignité sublime. Si l'émission permet à l'avocat de l'accusé de dire cela, de leur rendre hommage, tant mieux. C'était un souhait général. Je regrette que les Russo n'aient pas souhaité y participer. Ils ont été essentiels. Ils ont porté un message de calme, un regard critique et intelligent, lucide et neuf sur le fonctionnement des institutions.

Le seul parent à prendre la parole est Jean-Denis Lejeune. Quand on lui demande s'il voudrait voir Dutroux mort, il acquiesce, assurant que ça serait "moins de souffrance. "C'est un parasite de la société, un jour il se retrouvera dans la nature." Jean-Denis Lejeune réclame la vraie perpétuité.
Oui, mais il n'appelle pas à la peine de mort. À l'époque, c'était important. Ça aurait pu faire basculer les gens dans une espèce de populisme. Les débordements de haine et de violence, on peut les comprendre mais ne pas les approuver. Les parents ont toujours calmé et apaisé ces débordements.

Le juge Jean-Marc Conrotte admet avoir fait "une erreur" et dit avoir eu envie de "tout plaquer".
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Le juge Jean-Marc Conrotte admet avoir fait "une erreur" et dit avoir eu envie de "tout plaquer". © RTL
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