Christy Turlington pose pour la collection printemps 2020, de sa marque de jeans.
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Christy Turlington pose pour la collection printemps 2020, de sa marque de jeans. © Photo News

100 mannequins de Victoria's Secret dénoncent la misogynie et le harcèlement

Pendant des années, la marque Victoria’s Secret a été associée à la féminité sensuelle, avec des catalogues et des défilés extrêmement populaires. Pour les mannequins, accéder au rang de celles qu’on appelle les “anges” garantissait immédiatement l’accès à la célébrité. Mais dans les coulisses de l’entreprise, des hommes puissants entretenaient une culture de misogynie, de mauvais traitements et de harcèlement sexuel. Le New York Times a révélé cette semaine un rapport accablant basé sur les témoignages de trente cadres, employés et mannequins, actuels et anciens, ainsi que des documents confidentiels et des dossiers judiciaires. En outre, 100 mannequins ont signé une lettre ouverte demandant aux dirigeants de Victoria’s Secret d’agir.

Dans cette affaire, Ed Razek, 71 ans, est le principal visé. C’est l’un des principaux dirigeants de l’entreprise et il a été déjà plusieurs fois inculpé pour agression sexuelle. Il a tenté maintes fois d’embrasser des mannequins et leur a demandé de s’assoir sur ses genoux. Une femme l’accuse d’avoir posé sa main sur le sexe d’un autre mannequin. Il aurait aussi conseillé à Bella Hadid d’oublier sa culotte lors d’un défilé

Le mannequin Bella Hadid.
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Le mannequin Bella Hadid. © Photo News

Le pouvoir

En charge du recrutement, Ed Razek aimait rappeler aux mannequins qu'il avait leur avenir entre les mains. Le milliardaire Leslie Wexner, fondateur et PDG de la société mère L Brands, a été mis en garde contre le comportement inapproprié de ce cadre supérieur, mais il n’est jamais intervenu. Celles qui ont osé porter plainte en ont subi les conséquences. Andi Muise, qui a refusé des avances et alerté les autorités, n’a plus jamais défilé pour la marque. 

Ed Razek et les "anges" de Victoria's Secret
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Ed Razek et les "anges" de Victoria's Secret © BRUNO PRESS

Mettre fin à la misogynie

Aujourd’hui, cent mannequins ont signé une lettre ouverte adressée au PDG de Victoria’s Secret pour lui demander d’agir contre la “culture de misogynie et d’abus” de l’entreprise. Parmi les signataires de la lettre figurent des stars telles que Christy Turlington, Iskra Lawrence, Edie Campbell, Amber Valletta et Felicity Hayward.

La Model Alliance, une association à but non lucratif qui défend la protection des mannequins, a lancé la campagne il y a cinq mois en proposant à l’entreprise de “prendre des mesures concrètes pour changer”. À l’époque, une rencontre avec la directrice de communication de la société avait eu lieu, mais l’association avait compris que les plaintes n’étaient pas prises au sérieux. Selon elle, le nouveau rapport indique que la “culture de la misogynie, de l’intimidation et du harcèlement” est “encore plus flagrante et plus enracinée qu’on ne l’avait cru jusqu’à présent”.

Image négative

La marque tente désespérément de redresser ses ventes et de redorer son image mais les témoignages dressent un tableau choquant de son entreprise. La maison a déjà dû faire face à une vague de critiques quand le public a pointé du doigt le manque de diversité parmi les mannequins et leur maigreur. Pour se défendre, un mannequin transgenre avait été engagé durant l’été 2019

En 2019, la presse a découvert que Leslie Wexner, fondateur de la société, avait des liens étroits avec le délinquant sexuel Jeffrey Epstein. En échange de gérer les actifs de l’homme d’affaires, le milliardaire recevait le droit de piéger des mannequins en se faisant passer pour un recruteur. Leslie Wexner a depuis exprimé ses regrets pour cette collaboration. À 82 ans, il réfléchirait désormais à revendre sa société, d’autant plus qu’il fait l’objet d’une surveillance accrue depuis l’affaire Epstein. 

En novembre, la société a annulé son défilé pour se donner le temps de “reconsidérer ses valeurs et ses normes”.

Leslie Wexner, le président de la société de lingerie, en septembre 2014.
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Leslie Wexner, le président de la société de lingerie, en septembre 2014. © AP

“Totalement faux!” 

Ed Razek considère que le rapport publié dans le New York Times est “totalement faux”. Il déclare: “Les allégations contenues dans ce rapport sont mal interprétées ou prises hors contexte. J’ai eu la chance de travailler avec d’innombrables mannequins de classe mondiale et des professionnels talentueux et je suis très fier du respect mutuel que nous avons les uns pour les autres”. En octobre, l’homme a malgré tout démissionné de sa fonction de directeur et de chef du marketing de la société mère L Brands. Il a annoncé à ses employés qu’il souhaitait “prendre sa retraite”. 

Le conseil d’administration de l’entreprise fait de son côté des efforts pour garantir un lieu de travail plus sûr chez Victoria’s Secret et adopter une “politique plus solide contre le harcèlement”. Dans une déclaration, il ajoute: “Nous regrettons tous les cas où nous n’avons pas atteint cet objectif et nous sommes pleinement engagés dans une démarche d’amélioration continue et de pleine responsabilité”.

Un défilé de la marque Victoria’s Secret
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Un défilé de la marque Victoria’s Secret © EPA