Made in Liège: Sanhela fait honneur à son héritage grâce au wax

Sanhela s’est installée dans la rue du Pont en décembre dernier et propose, dans sa boutique “Antilope”, des créations originales fabriquées en wax. Avec ses pièces uniques, elle revendique une mode colorée, moderne et pour tout le monde.

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© Sarah Moran Garcia
Sanhela s'est directement lancée dans la mode, en tant qu'indépendante, au sortir de l'école.
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Sanhela s'est directement lancée dans la mode, en tant qu'indépendante, au sortir de l'école. © Sarah Moran Garcia

Liège change et se réinvente. Certaines grandes enseignes de prêt-à-porter désertent leurs magasins du centre-ville au profit des centre-commerciaux de la périphérie. Ce qui pose parfois soucis aux petits restaurateurs, comme nous l’expliquaient, en novembre dernier, Audrey et Miko. Mais c’est aussi une belle opportunité pour la mode locale et les créateurs et créatrices “made in Liège”.

Sanhela Teky est l’une de celles-là. La jeune designer de 26 ans a ouvert sa boutique appelée “Antilope”, en décembre, mais est loin d’être une novice. Elle s’est lancé en tant qu’entrepreneuse à 20 ans, au sortir des études, poussée par des parents qui, comme elles, sont indépendants. Cette Liégeoise d’origine togolaise ne confectionne pas ses vêtements avec n'importe quel tissu, elle utilise presque exclusivement le wax. 

L'atelier de Sanhela est au même endroit et elle propose des créations sur mesure.
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L'atelier de Sanhela est au même endroit et elle propose des créations sur mesure. © Sarah Moran Garcia

Artisanat et héritage mis en avant

Ce textile de coton recouvert de cirage fabriqué en Europe et inspiré du batik javanais a été, durant l’époque coloniale, un moyen pour les blancs de commercer avec l’Afrique. Le wax est d’ailleurs particulièrement prisé dans le Berceau de l’Humanité, d’où son surnom de “tissu africain”.  “Pour moi, ça a été comme une évidence. J’ai grandi en Europe et je connais très peu de l’Afrique à part en y étant allée quelques jours en vacances. On m’a souvent que j’étais une bounty*. Avec le wax, c’est ma façon de mettre l’Afrique en avant, sa culture son artisanat, et l’héritage que j’ai reçu”, explique Sanhela.

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Si ça te plaît, si tu te sens bien avec, porte-le !

Locale et ethnique, la boutique et l’atelier “Antilope” profitent de la popularité de la rue Neuvice, particulièrement prisée par les touristes. “Les Allemands et les Hollandais sont particulièrement attiré par la boutique, lorsqu’ils reviennent de la Batte, le dimanche. C’est d’ailleurs pour cela que l'on est ouvert ce jour-là”, commente la créatrice. Si certains viennent pour les pièces uniques, que ce soient les jupes, les pulls doublés, les chemises ou les accessoires, beaucoup de clients reviennent pour le service sur-mesure proposé par Sanhela. 

Dans la boutique, on retrouve aussi des objets de décoration.
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Dans la boutique, on retrouve aussi des objets de décoration. © Sarah Moran Garcia

Ses créations se veulent modernes et pour tout le monde, qu’importe l’origine et la couleur de peau. Des pièces les plus colorées aux plus discrètes, tout est possible. “Il y a des personnes à qui ça va, et d’autres à qui ça ne va pas. C’est comme pour tout. Je dis toujours : si ça te plaît, si tu te sens bien avec, porte-le !”, conclut la jeune créatrice liégeoise.

Le wax fait-il de l’ombre aux “vrais” tissus africains ?

Voici de cela quelques semaines, le styliste camerounais Imane Ayissi faisait parler de lui en devenant le premier créateur sud-saharien à présenter sa collection haute couture à Paris. Et il ne l’a pas fait sans passer un message qui lui tient à cœur : mettre en avant les “vrais” tissus africains plutôt que le wax.

Mode femme ou homme, il y en a pour tout le monde.
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Mode femme ou homme, il y en a pour tout le monde. © Sarah Moran Garcia

Il est vrai que lorsque l’on pense à la mode africaine, on a souvent en tête l’image du boubou en wax. Un tissu qui, rappelons-le, est né en Europe. Nombre de clients et d’internautes ont d’ailleurs interrogé Sanhela à ce propos, ainsi que sur l’avenir de sa boutique ou du tournant que pourraient prendre ses créations. Si elle comprend tout à fait le point de vue du créateur et est d’accord avec lui, elle se montre plus nuancée.

“C’est vrai que le wax est un tissu colonial qui a tendance à étouffer les produits traditionnels comme le kente ou le bogolan, qui sont faits à la main par de petits artisans. Maintenant, le wax reste une partie de l’héritage africain et je pense qu’il ne faut pas le jeter à la poubelle. Il est simplement nécessaire de trouver une manière d’allier les deux ou d’introduire les tissus plus traditionnels dans la mode.”

* Bounty : mot d’argot stéréotypé pour désigner les Noirs qui ont des comportements appartenant supposément aux Blancs. C’est une métaphore, cette sucrerie du même nom étant noire dehors et blanche dedans.

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